Mélenchon, Fujimori, drones iraniens : la France dans le monde qui se fissure

Meeting à Saint-Denis, héritage fujimoriste au Pérou, drones iraniens dans le détroit d'Ormuz : la France regarde un monde qui se recompose sans elle.

Mélenchon, Fujimori, drones iraniens : la France dans le monde qui se fissure
Photo de Marjan Blan sur Unsplash

La France se réveille ce dimanche 7 juin 2026 avec un goût amer : celui d’un pays qui observe, impuissant, les lignes de faille du monde se redessiner sans lui. À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon lance sa campagne présidentielle en misant sur la "nouvelle France" des banlieues. À Lima, Keiko Fujimori, héritière d’un autocrate, promet un retour à l’ordre néolibéral. Et dans le détroit d’Ormuz, les drones iraniens défient les États-Unis, rappelant que les conflits du Moyen-Orient n’ont pas fini de déborder. Trois scènes, trois continents, une même question : où est la voix de la France dans ce chaos organisé ?


Mélenchon à Saint-Denis : la présidentielle 2027 se joue dans les marges

Jean-Luc Mélenchon tient son premier meeting de campagne à Saint-Denis, et le choix du lieu n’a rien d’anodin. La Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine, est devenu le laboratoire de sa "nouvelle France" – un concept qui désigne, sans fard, les classes populaires et les enfants de l’immigration. Depuis 2018, Mélenchon y cultive une base militante, s’appuyant sur des élus comme Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, ou Aly Diouara, premier édile noir de Bobigny.

Le calcul est simple : si Mélenchon parvient à mobiliser ces électeurs, il peut espérer atteindre le second tour. Mais le pari est risqué. La "nouvelle France" qu’il célèbre est aussi celle qui subit de plein fouet les défaillances de l’État – écoles en sous-effectif, logements insalubres, services publics en lambeaux. En faisant de Saint-Denis son étendard, Mélenchon expose aussi les limites de son propre discours : comment incarner l’espoir quand on gouverne des territoires où l’État a déjà échoué ?

Derrière les slogans, une réalité crue : la présidentielle 2027 se jouera dans ces marges que la République a trop longtemps ignorées. Mais pour l’emporter, Mélenchon devra convaincre qu’il n’est pas seulement le candidat des banlieues, mais celui d’une France entière en quête de sens.


Pérou : Fujimori, ou l’autoritarisme en costume néolibéral

À 10 000 kilomètres de Saint-Denis, un autre héritage politique se joue ce dimanche. Au Pérou, Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori, affronte au second tour Roberto Sanchez, candidat de gauche. Son programme ? Un mélange toxique de nostalgie autoritaire et de libéralisme économique. "Retour à l’ordre", promet-elle à ses électeurs, tout en rassurant les milieux d’affaires : le modèle néolibéral, instauré par son père dans les années 1990, restera intact.

Le fujimorisme est un cas d’école. Il montre comment une dynastie politique peut survivre en recyclant les peurs – peur du chaos, peur de la gauche, peur de l’instabilité – tout en s’appuyant sur un réseau clientéliste bien huilé. Les cantines populaires de Lima, comme celle de Madres Unidas, sont truffées d’affiches pro-Fujimori. Pas par adhésion idéologique, mais parce que, dans un pays où l’État est absent, le clientélisme est souvent la seule forme de protection sociale.

La France, qui a longtemps vu l’Amérique latine comme un laboratoire de ses propres combats (la gauche radicale, les droits de l’homme), semble aujourd’hui désintéressée. Pourtant, le Pérou est un miroir tendu à l’Europe : celui d’une démocratie qui se vide de sa substance, où les urnes ne servent plus qu’à légitimer des régimes hybrides, mi-autoritaires, mi-libéraux.


Drones iraniens dans le détroit d’Ormuz : le Moyen-Orient au bord de l’embrasement

Pendant ce temps, à l’autre bout du monde, les États-Unis abattent deux drones iraniens dans le détroit d’Ormuz. Officiellement, Washington justifie ces frappes par la "menace sur le trafic maritime". Officieusement, c’est une nouvelle escalade dans une guerre froide qui n’ose pas dire son nom.

Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban, en vigueur depuis avril, tient à peine. Le Hezbollah et Tsahal continuent de s’affronter par procuration, tandis que l’Iran étend son influence en Syrie, où ses milices protègent… les derniers bastions du narcotrafic. Comme le souligne l’historien Jean-Pierre Filiu, Israël ferme les yeux sur les laboratoires de captagon (une amphétamine de synthèse) au sud de la Syrie, tant que ces derniers servent de levier contre la Jordanie, accusée de laisser passer des armes vers la Cisjordanie.

La France, qui a longtemps joué les médiateurs au Liban, est aujourd’hui aux abonnés absents. Emmanuel Macron a bien tenté un remaniement diplomatique en mai, mais sans résultat tangible. Pendant ce temps, les États-Unis et l’Iran s’affrontent par drones interposés, et la région s’enfonce dans une guerre d’usure où plus personne ne maîtrise les règles.


Ce qu’il faut retenir : la France regarde, mais n’agit plus

Trois scènes, trois continents, une même réalité : la France n’est plus un acteur, mais un spectateur. À Saint-Denis, Mélenchon mise sur les oubliés de la République, mais son discours reste prisonnier des fractures qu’il dénonce. Au Pérou, Fujimori incarne la victoire d’un autoritarisme décomplexé, tandis que l’Europe détourne les yeux. Et au Moyen-Orient, les drones iraniens rappellent que les conflits du XXIe siècle se gagnent désormais par procuration, sans médiateurs.

La présidentielle 2027 pourrait être l’occasion de rompre avec cette passivité. Mais pour cela, il faudra plus qu’un meeting à Saint-Denis. Il faudra une vision – et la volonté de la défendre, y compris quand le monde semble se fissurer.