Économie : le grand patronat déroule le tapis rouge au RN
Économie et politique : le Medef reçoit Bardella, la tokénisation gagne la Bourse, le kérosène s'envole. Le capital se réorganise, vite.
Revue de presse du 20 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:16
Il y a dix ans, un dirigeant du CAC 40 aperçu à une table du Rassemblement national faisait scandale. Aujourd'hui, le président du Medef déjeune avec Jordan Bardella et personne ne cille. La normalisation du RN par le capital n'est plus un épouvantail agité par la gauche : c'est un agenda partagé, qui avance à découvert.
Pourquoi le Medef s'affiche-t-il avec Bardella ?
Selon Le Monde, le bureau exécutif du Medef devait déjeuner lundi 20 avril avec Jordan Bardella. Libération parle d'un « rond de serviette » obtenu par le chef du RN dans l'organisation patronale. La scène n'est plus isolée : le quotidien décrit des rendez-vous « de plus en plus courants » entre dirigeants du CAC 40 et direction du parti d'extrême droite, chacun y trouvant son compte — le patronat pèse sur le programme économique d'un favori de 2027, le RN nettoie son image.
Le calcul est froid. Bardella est en tête des sondages pour la présidentielle, le parti grignote le territoire — cinq intercommunalités conquises depuis les municipales de mars, selon Le Monde, après plusieurs dizaines de communes. Ignorer ce bloc devient un coût politique pour le grand capital. Le recevoir, c'est verrouiller les lignes rouges : fiscalité des entreprises, code du travail, immigration économique.
Restent les questions que ces déjeuners évitent soigneusement. Qu'adviendra-t-il de l'indépendance des institutions, des médias, de la justice ? Les dirigeants du CAC 40 négocient un programme fiscal avec un parti dont le logiciel institutionnel reste flou. Ils appellent ça du pragmatisme. D'autres y verront une faute politique qui se paiera cher.
La tokénisation à la Bourse : révolution ou mirage ?
Pendant que le patronat s'occupe de son image, la Bourse, elle, change de technologie. Le Monde documente l'accélération de la « tokénisation » sur les marchés financiers : un procédé emprunté à l'univers des cryptoactifs qui promet des transactions plus rapides, ouvertes vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
L'enjeu n'est pas anodin. Le token, ce « jeton numérique » qui a structuré l'économie crypto, s'invite désormais dans les circuits réglementés. Il remet en cause les horaires d'ouverture des places boursières, les chambres de compensation, les intermédiaires. Autrement dit : les rentes. Quand Wall Street et les régulateurs européens se mettent à parler la même langue que les crypto-anarchistes, ce n'est plus une mode — c'est une bascule. Reste à voir qui encaissera les gains de productivité, et qui paiera les risques.
Kérosène : la facture d'Ormuz commence à tomber
Le troisième front est plus prosaïque mais tout aussi politique. Des centaines de vols sont annulés pour le mois de mai, rapporte Le Monde. En cause : l'envolée du prix du carburant d'aviation, conséquence directe de la fermeture du détroit d'Ormuz et des problèmes d'approvisionnement qui s'ensuivent. Certains aéroports redoutent la panne sèche.
La géopolitique du Golfe se paie à la pompe et au guichet d'embarquement. Le transport aérien, qui a passé trois ans à promettre la décarbonation, découvre sa dépendance brute à un goulet d'étranglement maritime. Les compagnies arbitrent déjà : annulations en cascade, hausse des billets, trous dans les réseaux régionaux. L'été 2026 promet d'être rude pour les voyageurs — et pour les compagnies les moins capitalisées.
La presse écrite saigne, les plateformes encaissent
Depuis décembre 2025, selon Le Monde, près d'un millier de suppressions d'emplois ont été annoncées dans la presse magazine et régionale. L'audience et la publicité sont « vampirisées » par les géants du Web. Le mot n'est pas trop fort : des rédactions entières menacent de disparaître, et avec elles la capacité à couvrir un territoire, un tissu économique local, un débat démocratique.
Ironie du calendrier : Elon Musk est convoqué lundi en audition libre par le parquet de Paris, dans l'enquête française sur les dérives de X — notamment les deepfakes sexuels. Le milliardaire dénonce « une attaque politique ». Pendant que la presse régionale licencie, les plateformes qui siphonnent son audience jouent les persécutées.
Ce qu'il faut retenir
Le Medef ouvre sa porte à Bardella, la Bourse adopte les outils du crypto, le kérosène flambe avec Ormuz, la presse écrite meurt à petit feu pendant que X se pose en victime. Quatre dossiers, une même logique : les rapports de force économiques se recomposent vite, et souvent sans débat public. Les arbitrages tombent dans des salles à manger feutrées — à nous de regarder qui y entre.