Société marocaine : Marrakech étouffe sous l'incurie locale
Société au Maroc : à Marrakech, fontaines transformées en piscines et tourisme sauvage révèlent un même mal — l'absence de l'État local face à l'urgence.
Revue de presse du 25 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:18
À Marrakech, une chaleur précoce de mi-avril a poussé des enfants à plonger dans les fontaines publiques. Quelques jours plus tard, des professionnels du tourisme dénoncent l'envahissement de la profession par des amateurs sans qualification. Et dans une résidence de la route de Souihla, plus de 200 habitants signent une pétition contre leur propre syndic. Trois faits divers, une seule grille de lecture : à l'échelle locale, la régulation s'est évaporée.
Pourquoi les fontaines de Marrakech deviennent-elles des piscines pour enfants ?
Le décor est presque cliché. Avenue Abdelkrim Khattabi, devant le McDonald's, la fontaine municipale s'est muée en pataugeoire improvisée. Selon Kech24, le phénomène n'est pas nouveau, mais il revient en force avec une vague de chaleur arrivée plus tôt que d'habitude — la Direction générale de la météorologie annonce d'ailleurs un samedi 25 avril « assez chaud sur le Sud-Est et l'extrême Sud du Royaume ».
Le média local rappelle un détail rarement mis en avant : ces bassins fonctionnent en circuit fermé, l'eau y est recyclée et non renouvelée. Autrement dit, des enfants se baignent dans une eau stagnante, à l'hygiène incertaine, en plein espace public.
Les avertissements existent. Les parents passent à côté. Les services municipaux, eux, semblent s'être habitués au spectacle. La question n'est pas tant celle de la responsabilité parentale — réelle — que celle d'une ville qui n'offre aucune alternative gratuite et accessible aux familles modestes, et qui laisse pourrir une situation potentiellement sanitaire.
Tourisme : pourquoi les agences dénoncent-elles le « blaike » ?
Même ville, autre symptôme. Brada Selouan Afandi, président de l'Association régionale des agences de voyages de Marrakech-Safi, alerte Kech24 sur l'explosion du phénomène dit du « blaike » — des opérateurs informels qui organisent des excursions touristiques sans licence, sans assurance, sans cadre.
Le responsable affirme que sa profession a déposé « plusieurs plaintes », sans que cela ne suscite, selon ses mots, la moindre réaction concrète. Le diagnostic qu'il pose mérite d'être pris au sérieux : l'absence de fermeté dans l'application de la loi a ouvert la porte à n'importe qui. Des personnes étrangères au métier exercent désormais une activité touristique de manière anarchique.
Le paradoxe est cinglant. Marrakech se rêve capitale d'un Mondial 2030 capable de souffler la finale à Madrid — c'est, selon Hespress, l'analyse d'une partie de la presse espagnole qui voit le Royaume avancer ses pions. Mais la ville peine à faire respecter les règles élémentaires du métier qu'elle exporte mondialement. Difficile de prétendre au sommet du tourisme international quand on ne maîtrise pas l'informel à domicile.
Copropriétés : la loi 18.00 reste-t-elle lettre morte ?
Troisième scène, même ville encore. À la résidence Nakhil Targa, route de Souihla, le climat est électrique. Selon Kech24, plus de 200 habitants ont signé des pétitions accusant le bureau actuel du syndic de copropriété d'irrégularités dans la gestion et de contournement des dispositions de la loi 18.00, le texte qui encadre la copropriété au Maroc.
Le média local rapporte des accusations — pas des condamnations. La présomption d'innocence vaut aussi pour les syndics. Mais le cas Nakhil Targa est emblématique d'un problème structurel que les juristes connaissent bien : la loi 18.00 existe sur le papier, son application réelle dépend largement de la mobilisation des copropriétaires eux-mêmes, faute de mécanisme de contrôle public efficace.
Le contentieux ne concerne pas qu'une résidence. Il interroge la capacité du droit à protéger les habitants des nouveaux ensembles résidentiels qui poussent partout autour de Marrakech, vendus comme du standing et gérés parfois comme des boîtes opaques.
Ce qu'il faut retenir
Trois affaires, un même fil rouge. À Marrakech, la régulation locale — sanitaire, professionnelle, juridique — fonctionne par à-coups, quand elle fonctionne. Les acteurs concernés alertent, déposent plainte, signent des pétitions. Et attendent. La ville se prépare à recevoir le monde en 2030 ; elle aurait peut-être intérêt à commencer par s'occuper d'elle-même. Le luxe d'un événement planétaire suppose d'abord que les fontaines ne soient pas des piscines, que les guides aient un agrément, et que les copropriétés respectent leur propre loi.