Culture et environnement : Marrakech suffoque, l'art respire
Culture et environnement au Maroc : Marrakech suffoque sous une chaleur précoce, Tchernobyl revient hanter quarante ans après, l'art tient bon.
Revue de presse du 25 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:23
Une semaine où le thermomètre prend de l'avance, où l'Ukraine ravive un anniversaire qu'on aurait préféré oublier, et où une poétesse de Mohammedia signe un livre avec un peintre. Trois actualités qui n'ont rien en commun, sauf l'essentiel : la manière dont une société habite son environnement et sa culture.
Pourquoi Marrakech laisse-t-elle ses enfants se baigner dans ses fontaines ?
La Direction générale de la météorologie annonce ce samedi 25 avril des températures grimpant jusqu'à 16-20°C dans les plaines Nord et Centres et le Sud-Est, avec une hausse marquée sur le Nord-Ouest du Royaume. Rien d'extraordinaire pour la saison, sauf que la chaleur s'est installée plus tôt qu'à l'accoutumée. Mi-avril, Marrakech enregistrait déjà des pics qui ont poussé les enfants à transformer les fontaines de la ville en piscines improvisées.
Le site Kech24 décrit le phénomène avenue Abdelkrim Khattabi, face au McDonald's : des gamins plongent dans des bassins dont l'eau, recyclée en circuit fermé, est rarement renouvelée. Les avertissements aux familles existent, ils restent sans effet. La cause n'est pas l'inconscience parentale, c'est un service public absent : pas de piscines accessibles, pas d'aires fraîches, pas d'alternative pour des enfants de quartiers populaires qui n'ont pas vocation à passer le week-end à La Mamounia.
L'image dérange parce qu'elle dit le vrai. Marrakech a livré son centre au tourisme et oublié ceux qui y vivent. La chaleur, qui devient chaque année plus précoce, fait grimper la facture de cet oubli.
Que reste-t-il de Tchernobyl, quarante ans après ?
Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl explosait et projetait dans l'atmosphère ce qui deviendrait la pire catastrophe nucléaire civile du XXe siècle. Quarante ans plus tard, un journaliste de New Scientist y est retourné — Courrier international relaie son reportage. Le bilan n'a rien de rassurant : l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 a brutalement interrompu les efforts de décontamination de la zone d'exclusion.
L'anniversaire tombe demain. Il vaut la peine d'être marqué, surtout depuis le Maroc, qui débat épisodiquement de son propre programme nucléaire civil. Tchernobyl rappelle ce que les promoteurs de l'atome préfèrent passer sous silence : une catastrophe ne s'arrête pas en quarante ans. Elle se prolonge en pollution durable, en économies dévastées, en territoires devenus inhabitables. Et quand la guerre s'invite par-dessus, les protocoles de sûreté qu'on croyait définitifs deviennent du papier mouillé.
Pas une raison pour clore le débat énergétique. Une raison pour ne pas le mener naïvement.
Quand la poésie marocaine rencontre la peinture
Au milieu de cette actualité lourde, une rencontre. À l'ESPPEC de Mohammedia s'est tenue ce mois d'avril la cérémonie de présentation d'Ombres et Lumières – Des mots et des toiles, ouvrage paru aux éditions Marsam et co-signé par la poétesse Zohra Lhioui et le peintre Mohammed Jadir. Selon Hespress, la présentation a été assurée par Yves Wauthier-Freymann.
L'objet refuse les cases : ni recueil de poésie illustré, ni catalogue commenté. Lhioui, professeure de l'enseignement supérieur, et Jadir font dialoguer deux disciplines qui se regardent rarement de si près au Maroc, où la production culturelle peine à sortir des sentiers institutionnels.
Le geste compte parce qu'il vient des marges de l'industrie culturelle marocaine. Pas un grand musée, pas une foire internationale : une école d'ingénieurs à Mohammedia, un éditeur indépendant, deux artistes qui décident de travailler ensemble. C'est exactement le type d'initiative qui survit en dépit de l'absence d'une politique culturelle structurée — pas grâce à elle.
Et la Grèce ferme ses plages
Détail qui mérite un coup d'œil depuis Casablanca, Agadir ou Saïdia : le gouvernement grec a porté ce vendredi 24 avril à plus de 250 le nombre de plages où la faune, la flore et le calme priment sur les transats. Près de 38 millions de visiteurs en 2025 : Athènes commence à reconnaître que le surtourisme tue ce qu'il prétend célébrer. Le Maroc, qui vise les 26 millions de touristes en 2030 et dont le littoral subit déjà une bétonisation accélérée, ferait bien de regarder cette décision avant qu'il ne soit trop tard.
Ce qu'il faut retenir
La canicule précoce qui s'installe au Maroc n'est plus une anomalie, c'est la nouvelle normalité — et l'aménagement urbain marocain n'est pas prêt. Tchernobyl, quarante ans après, prouve que les catastrophes environnementales ont une mémoire plus longue que la nôtre. Au milieu, une poétesse et un peintre rappellent que la culture marocaine continue de produire, même quand personne ne la finance vraiment. Et la Grèce, en fermant ses plages, suggère que protéger un territoire n'est pas l'ennemi du développement : c'en est la condition.