Culture et environnement : le Maroc plante, l'Afrique pille

Marrakech plante 5000 arbres pendant que le Kenya juge un trafiquant de fourmis. Deux visages d'un même combat africain pour la nature et la culture.

Culture et environnement : le Maroc plante, l'Afrique pille
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 19 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:21

Marrakech met 5 000 arbres fruitiers en terre. À Nairobi, un Chinois est condamné pour avoir tenté d'exporter des fourmis géantes dans des tubes à essai. À Al-Minya, des archéologues espagnols exhument une tombe romaine couverte d'or. Trois scènes, un même continent — et la même question lancinante : qui décide de ce qui mérite d'être protégé, et qui en tire profit ?

Marrakech plante, mais pour qui pousseront ces arbres ?

La Direction régionale de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a lancé vendredi à Marrakech une campagne de plantation de 5 000 arbres fruitiers dans les établissements de jeunesse de la région Marrakech-Safi. L'opération est financée par la Big Heart Foundation via la High Atlas Foundation, dans le cadre du programme « Racines montantes ». Joli nom, vrai geste.

L'initiative coche les bonnes cases : développement durable, engagement des jeunes, valorisation des espaces verts. Mais derrière le communiqué, une réalité moins photogénique. La région Marrakech-Safi figure parmi les plus touchées par le stress hydrique du pays. Planter des arbres fruitiers — qui demandent de l'eau, de la durée, de l'entretien — dans des établissements de jeunesse souvent sous-financés, c'est miser sur la continuité de l'effort. Et c'est précisément là que le bât blesse au Maroc : on plante beaucoup, on entretient peu. Les chantiers verts s'enchaînent, les communiqués s'empilent, les arbres meurent en silence l'été suivant.

La vraie question n'est pas « combien d'arbres ? » mais « combien dans cinq ans ? ». La High Atlas Foundation, elle, suit ses plantations sur la durée. Espérons que cette campagne hérite de la même rigueur.

Au Kenya, les fourmis valent de l'or

Pendant que le Maroc plante, le reste de l'Afrique se fait piller en silence. Courrier international relaie une affaire qui en dit long : un ressortissant chinois vient d'être condamné au Kenya pour trafic de fourmis géantes vivantes, transportées dans des tubes à essai depuis l'aéroport Jomo-Kenyatta de Nairobi. Pas d'ivoire, pas de cornes de rhinocéros — des fourmis. Des insectes.

Le marché noir de la faune africaine s'est diversifié. Les espèces emblématiques sont surveillées, médiatisées, protégées par des conventions internationales. Les invertébrés, eux, glissent entre les mailles. Les législations nationales ne les considèrent souvent pas comme des espèces protégées, alors que la demande des collectionneurs asiatiques explose. Une fourmi reine de certaines espèces se négocie à plusieurs centaines d'euros sur les marchés clandestins.

Le Maroc, riche d'une biodiversité méconnue — notamment ses scorpions endémiques et ses reptiles —, devrait y voir un signal. Le braconnage de demain ne portera pas sur les grands mammifères. Il portera sur ce que personne ne pense à compter.

Une tombe romaine en Égypte, et nos propres trésors ?

Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a annoncé la découverte, par une mission espagnole de l'Université de Barcelone, d'une tombe romaine à Al-Bahnasa, dans le gouvernorat d'Al-Minya. Momies enveloppées de tissus géométriques, sarcophages en bois, langues funéraires en or et en cuivre : la prise est spectaculaire.

L'Égypte a fait de son patrimoine un actif stratégique — financement public, partenariats internationaux, communication mondiale à chaque découverte. Le Maroc, lui, possède Volubilis, Lixus, Chellah, des sites puniques, romains, mérinides d'une richesse comparable. Mais combien de missions archéologiques actives sur le sol marocain ? Combien de découvertes annoncées avec la même solennité ? Le patrimoine ne se conserve pas par l'incantation. Il se finance, se fouille, se publie.

GMT+1 : l'horloge qui réveille les enfants dans le noir

Selon une étude de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), plus de 60 % des parents marocains s'inquiètent de la sécurité de leurs enfants contraints de rejoindre l'école dans l'obscurité, et plus de 65 % des élèves interrogés jugent leur sommeil dégradé par le maintien de l'heure GMT+1. La polémique revient à chaque rentrée, repart au printemps, et l'horaire ne bouge pas.

L'argument officiel — économies d'énergie, alignement sur les partenaires européens — pèse face à des données sanitaires et éducatives qui s'accumulent. La question n'est plus technique, elle est politique : qui porte ce dossier, et quand sera-t-il enfin tranché autrement que par le silence ?

Ce qu'il faut retenir

Planter sans entretenir, c'est faire de la communication. Protéger les éléphants en oubliant les fourmis, c'est combattre la guerre d'hier. Admirer les momies égyptiennes sans fouiller nos propres sites, c'est confondre patrimoine et folklore. Et maintenir une heure légale contre l'avis des familles, c'est gouverner contre les évidences. Quatre dossiers, une même leçon : l'intention ne vaut rien sans la durée.