Maroc : entre urgence humanitaire yéménite et relance touristique, les équilibres du 19 septembre
Crise humanitaire au Yémen, rebond touristique à Marrakech et tensions électorales : les enjeux culturels et environnementaux qui façonnent le Maroc ce samedi.
Une crise humanitaire yéménite aux portes du Maroc
Le Yémen s’enfonce dans une urgence humanitaire d’une ampleur rare. En l’espace de deux semaines, plus de 112 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison de l’intensification des combats sur la côte ouest et dans le gouvernorat de Taïz, selon les agences des Nations Unies. Près de 3 000 réfugiés ont également fui vers Djibouti, traversant le golfe d’Aden dans des conditions précaires. Les axes routiers sont coupés, les réseaux de communication interrompus, et l’accès aux zones de combat strictement restreint, alerte l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Cette escalade intervient dans un contexte déjà critique. Les stocks humanitaires sont au bord de la rupture, et les agences onusiennes peinent à répondre aux besoins croissants. Le Maroc, qui entretient des relations diplomatiques avec plusieurs acteurs régionaux, pourrait se retrouver indirectement concerné par les répercussions de cette crise, notamment en matière de stabilité régionale et de flux migratoires.
Marrakech, vitrine d’un tourisme en pleine reprise
À l’autre bout du spectre, Marrakech affiche des signes de vitalité économique. Les établissements d’hébergement touristique classés (EHTC) de la ville ont enregistré 8,27 millions de nuitées à fin juillet 2026, en hausse de 10 % par rapport à la même période en 2025. La Cité Ocre représente désormais 32 % des nuitées réalisées à l’échelle nationale, avec un taux d’occupation moyen de 70 %, en progression d’un point.
Juillet 2026 a été particulièrement dynamique, avec plus de 1,1 million de nuitées, soit une croissance de 11 % par rapport à juillet 2025. Ce rebond s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de l’offre touristique marocaine, qui mise sur des événements culturels et des infrastructures haut de gamme pour attirer une clientèle internationale. La performance de Marrakech contraste avec les défis persistants du secteur, notamment en matière de connectivité aérienne et de compétitivité face à d’autres destinations méditerranéennes.
Pêche côtière : Al Hoceima face à un déclin préoccupant
Le port d’Al Hoceima enregistre une baisse significative de ses débarquements de produits de la pêche côtière et artisanale. À fin août 2026, les captures ont reculé de 13 % en volume, passant de 1 699 tonnes à 1 526 tonnes, tandis que leur valeur marchande a chuté de 15 %, selon l’Office national des pêches (ONP). Les poissons pélagiques, en particulier, ont connu une baisse de 25 % en volume, bien que les débarquements de poissons blancs aient légèrement augmenté (+8 %).
Cette tendance soulève des questions sur la durabilité des ressources halieutiques dans la région, ainsi que sur les conditions de travail des pêcheurs locaux. Le déclin des captures pourrait également avoir des répercussions sur les communautés côtières, déjà fragilisées par les changements climatiques et la concurrence des flottes industrielles.
Législatives 2026 : le "vote sanction" en débat
À quatre jours des élections législatives du 23 septembre, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) mise sur un "vote sanction" pour mobiliser les électeurs. Son secrétaire général, Mohammed Nabil Benabdallah, a appelé à transformer le mécontentement en participation électorale, évoquant une ambition pouvant aller jusqu’à une cinquantaine de sièges. "Votez, votez, votez", a-t-il lancé, soulignant que l’abstention ne ferait que renforcer les rapports de force existants.
Cette stratégie reflète une polarisation croissante de la campagne, où les partis tentent de capter un électorat désillusionné par les promesses non tenues et les défis socio-économiques. Le PPS pose ses conditions à une éventuelle participation au prochain gouvernement, mais son discours s’inscrit dans un paysage politique marqué par une défiance généralisée envers les institutions. Une étude récente du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD) alerte d’ailleurs sur l’affaiblissement des mécanismes traditionnels de médiation politique, qui peinent à faire remonter les attentes des citoyens vers les centres de décision.
Ce qu’il faut retenir : entre urgence humanitaire régionale, dynamisme touristique et tensions politiques, le Maroc navigue entre des enjeux contrastés. La crise yéménite rappelle les fragilités géopolitiques de la région, tandis que la reprise à Marrakech offre une lueur d’espoir pour une économie en quête de relance. Sur le plan intérieur, les élections législatives s’annoncent comme un test pour la confiance des citoyens dans leurs institutions.