Maroc U17 : une victoire éclatante avant le Mondial, les enjeux du football jeune
L’équipe marocaine U17 écrase le Gabon (6-0) en match amical, révélant sa force offensive avant la Coupe du monde au Qatar. Analyse des enjeux sportifs et politiques.
Le football marocain continue de marquer des points sur la scène internationale, cette fois par l’intermédiaire de sa génération montante. Mardi, les Lionceaux de l’Atlas ont écrasé le Gabon (6-0) lors d’un match amical au Complexe Mohammed VI de Salé, offrant un aperçu prometteur de leur potentiel à quelques semaines du Mondial U17 au Qatar. Cette performance, la plus large de l’équipe depuis le début de sa préparation, soulève des questions sur l’avenir du football jeune au Maroc, mais aussi sur les défis qui l’attendent dans une compétition où les attentes seront élevées.
Une démonstration offensive avant le Mondial
Avec six buts inscrits en 90 minutes, dont un doublé de Wahib El Antary, les jeunes Marocains ont affiché une maîtrise technique et une cohésion collective qui contrastent avec les difficultés rencontrées par leurs aînés lors des dernières compétitions internationales. Selon les observateurs présents à Salé, cette victoire reflète les progrès réalisés depuis la mise en place d’un nouveau cycle de formation sous la direction d’Ahmed Kantari, ancien international et sélectionneur depuis 2025.
Le match, organisé dans le cadre d’une série de rencontres amicales, avait pour objectif de tester les automatismes offensifs de l’équipe. Le résultat dépasse les espérances : les buts, marqués par cinq joueurs différents, illustrent une diversité de solutions devant le but, un atout rare pour une sélection de cet âge. "C’est une équipe qui joue sans complexe, avec une vraie identité de jeu", confie un membre du staff technique, sous couvert d’anonymat. "On sent que les joueurs ont intégré les consignes tactiques, mais aussi qu’ils prennent du plaisir sur le terrain."
Pourtant, cette performance ne doit pas occulter les défis qui attendent les Lionceaux au Qatar. Le Mondial U17, qui se déroulera du 19 novembre au 13 décembre, réunira les meilleures équipes du globe, avec des nations comme le Brésil, l’Argentine ou la France, traditionnellement redoutables dans cette catégorie. "Le Gabon n’est pas le Brésil", tempère un analyste sportif marocain. "Mais cette victoire donne de la confiance. Le vrai test viendra contre des équipes plus organisées défensivement."
Un enjeu sportif et politique
Au-delà des résultats, la préparation de l’équipe U17 s’inscrit dans une stratégie plus large du football marocain, qui mise sur la formation pour consolider sa place parmi les grandes nations du ballon rond. Depuis l’épopée des Lions de l’Atlas lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar – où le Maroc était devenu la première équipe africaine à atteindre les demi-finales –, les attentes sont immenses. La Fédération royale marocaine de football (FRMF) a accéléré ses investissements dans les centres de formation, avec l’objectif de produire des talents capables de performer à haut niveau dès leur plus jeune âge.
Cette victoire intervient aussi dans un contexte politique sensible. Le football, au Maroc, est bien plus qu’un sport : il est un outil de diplomatie et de rayonnement international. La qualification pour le Mondial U17, obtenue après une campagne réussie lors des éliminatoires africains, a été saluée par les autorités comme une preuve de la vitalité du sport marocain. "Le football est un vecteur d’unité nationale et de fierté", avait déclaré le ministre de la Jeunesse et des Sports lors de l’annonce de la qualification. "Ces jeunes joueurs portent les espoirs de tout un pays."
Pourtant, les critiques ne manquent pas. Certains observateurs pointent du doigt les disparités entre les clubs professionnels, où les infrastructures et les moyens varient considérablement, et les centres de formation, où les jeunes talents peinent parfois à trouver des débouchés. "On forme des joueurs, mais est-ce qu’on leur donne les moyens de percer ?", s’interroge un ancien joueur devenu consultant. "Beaucoup de talents se perdent parce qu’ils n’ont pas les bonnes opportunités en Botola Pro ou à l’étranger."
Les défis de la professionnalisation
La question de la professionnalisation des jeunes joueurs est au cœur des débats. Si le Maroc a produit des talents comme Achraf Hakimi, Yassine Bounou ou, plus récemment, Yassir Zabiri – passé par le Racing Santander en Liga espagnole –, le chemin reste semé d’embûches pour les moins médiatisés. Les clubs marocains, confrontés à des difficultés financières, peinent à offrir des contrats attractifs, tandis que les académies privées, souvent coûteuses, restent inaccessibles à une grande partie de la jeunesse.
La FRMF a lancé en 2025 un plan ambitieux pour structurer la formation, avec la création de pôles régionaux et un partenariat renforcé avec des clubs européens. "L’objectif est de créer un écosystème où chaque jeune talent peut s’épanouir, que ce soit au Maroc ou à l’étranger", explique un responsable de la fédération. "Mais cela prend du temps, et les résultats ne seront pas immédiats."
Dans l’immédiat, les regards se tournent vers le Qatar, où les Lionceaux de l’Atlas tenteront de rééditer l’exploit de leurs aînés. Une performance honorable, voire une qualification pour les phases finales, serait un signal fort pour le football marocain. "Ces jeunes ont du talent, mais ils ont aussi besoin de soutien", résume un journaliste sportif. "Le Mondial U17, c’est leur chance de montrer qu’ils existent. Et peut-être, un jour, de rejoindre les Lions de l’Atlas."