Maroc : tourisme en hausse, sécurité routière et diplomatie francophone, les innovations discrètes
Le Maroc enregistre une progression de 8% des nuitées touristiques à fin juillet 2026, tandis que la DGSN révèle 2 447 accidents urbains en une semaine. Retour sur trois dynamiques qui transforment le pays sans faire de bruit.
Tourisme : une reprise qui dépasse les attentes
Le secteur touristique marocain confirme sa vitalité. Selon l’Observatoire du tourisme, les établissements d’hébergement touristique classés (EHTC) ont enregistré près de 25,9 millions de nuitées à fin juillet 2026, soit une progression de 8 % par rapport à la même période en 2025. Le taux d’occupation s’établit à 56 %, en hausse d’un point, avec des performances particulièrement notables dans plusieurs destinations phares.
Ouarzazate (+23 %), Rabat (+16 %), Agadir (+11 %), Casablanca (+10 %), Marrakech (+10 %) et Tanger (+10 %) tirent cette dynamique. Cette croissance, plus marquée que les prévisions initiales, s’inscrit dans un contexte de reprise post-pandémique et de diversification de l’offre touristique. Le Maroc mise désormais sur des segments comme l’écotourisme, le tourisme culturel et les voyages d’affaires, tout en renforçant ses infrastructures aéroportuaires et hôtelières.
Pourtant, cette embellie ne doit pas occulter les défis structurels du secteur. La concentration des flux sur quelques villes, la saisonnalité persistante et la dépendance aux marchés européens restent des enjeux majeurs. Les professionnels du tourisme appellent à une stratégie plus ambitieuse pour attirer des visiteurs en basse saison et développer des destinations secondaires, comme le souligne un récent rapport de la Confédération nationale du tourisme.
Sécurité routière : un bilan alarmant et des solutions en débat
La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a publié un bilan préoccupant pour la semaine du 21 au 27 septembre 2026 : 2 447 accidents de la circulation en milieu urbain ont causé la mort de 14 personnes et blessé 3 423 autres, dont 121 grièvement. Ces chiffres, bien que légèrement inférieurs à ceux de l’année précédente, confirment une tendance inquiétante : la route reste un fléau au Maroc.
Les causes principales de ces accidents, selon la DGSN, sont l’inadvertance des conducteurs (34 %), le non-respect de la priorité (18 %), l’excès de vitesse (15 %) et l’inattention des piétons (12 %). Ces comportements, souvent liés à un manque de sensibilisation ou à des infrastructures inadaptées, soulèvent des questions sur l’efficacité des politiques publiques en matière de sécurité routière.
Le gouvernement a lancé en 2025 un plan national pour réduire de 50 % le nombre de morts sur les routes d’ici 2030. Ce plan inclut des mesures comme le renforcement des contrôles radar, la modernisation du parc automobile et des campagnes de sensibilisation ciblées. Cependant, les résultats tardent à se matérialiser. Les associations de victimes et les experts pointent du doigt un manque de coordination entre les différents acteurs (ministères, collectivités locales, société civile) et une application insuffisante des sanctions.
Un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) publié en juin 2026 recommande par ailleurs d’investir davantage dans les transports publics et les modes de déplacement doux (vélos, trottinettes) pour désengorger les routes et réduire les risques. Une piste qui pourrait s’avérer cruciale dans les grandes villes comme Casablanca ou Rabat, où la congestion automobile est un problème récurrent.
Diplomatie francophone : le Maroc renforce son leadership à Genève
Le Maroc a été réélu à l’unanimité à la présidence du Groupe des Ambassadeurs Francophones (GAF) à Genève pour la période 2026-2027. Cette reconduction, annoncée mardi 30 septembre, confirme le rôle central du Royaume dans la promotion de la francophonie au sein des organisations internationales.
Omar Zniber, ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies à Genève, a salué cette confiance renouvelée et souligné les priorités du GAF pour les deux prochaines années : l’égalité des genres, la diversité linguistique et les enjeux numériques. « Le GAF mène un travail important qui reflète ses aspirations, notamment pour ce qui a trait à l’égalité des genres et à la promotion du français comme langue de travail dans les instances internationales », a-t-il déclaré.
Cette réélection s’inscrit dans une stratégie plus large du Maroc pour renforcer son influence diplomatique, notamment en Afrique et dans les pays francophones. Le Royaume mise sur des partenariats multilatéraux pour défendre ses positions sur des dossiers sensibles, comme la question du Sahara occidental, tout en promouvant une vision inclusive de la francophonie.
Pourtant, ce leadership n’est pas sans défis. La concurrence accrue des autres langues (anglais, espagnol, arabe) dans les enceintes internationales, ainsi que les tensions géopolitiques, obligent le Maroc à innover dans sa diplomatie. Le pays a récemment lancé des initiatives pour former des diplomates africains et renforcer la coopération Sud-Sud, une approche qui pourrait redéfinir les équilibres au sein de la francophonie.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc avance sur plusieurs fronts, souvent sans tambour ni trompette. Le tourisme, secteur clé de l’économie nationale, affiche une croissance solide, mais doit encore relever des défis structurels pour pérenniser cette dynamique. La sécurité routière, en revanche, reste un sujet de préoccupation majeure, avec des chiffres qui rappellent l’urgence d’agir. Enfin, la réélection du Maroc à la tête du GAF à Genève témoigne de son influence grandissante dans les instances internationales, tout en soulignant les enjeux d’une francophonie en mutation.
Ces trois dynamiques, bien que distinctes, illustrent une réalité commune : le Maroc innove et se transforme, mais doit encore consolider ses acquis pour répondre aux attentes de sa population et de ses partenaires internationaux.