Maroc : tourisme en hausse, pêche en déclin et engrais stratégiques, les signaux du 19 septembre
À Marrakech, les nuitées touristiques progressent de 10 % sur un an, tandis que la pêche côtière recule à Al Hoceïma. OCP sécurise 3,8 millions de tonnes d’engrais pour le Brésil, renforçant son rôle clé dans la sécurité alimentaire mondiale.
Marrakech confirme sa dynamique touristique malgré un contexte régional tendu
Le secteur touristique marocain affiche une résilience notable à l’approche de la fin de l’été. Selon les dernières données de l’Observatoire du tourisme, Marrakech a enregistré 8,27 millions de nuitées dans ses établissements d’hébergement touristique classés (EHTC) entre janvier et juillet 2026, soit une progression de 10 % par rapport à la même période en 2025. La ville représente désormais 32 % des nuitées nationales, avec un taux d’occupation moyen de 70 %, en hausse d’un point sur un an. Juillet 2026 a particulièrement bien performé, avec 1,1 million de nuitées (+11 %) et un taux d’occupation de 63 %, confirmant l’attractivité persistante de la destination malgré les défis économiques et géopolitiques régionaux.
Cette croissance s’inscrit dans un contexte où le Maroc mise sur une diversification de son offre touristique, notamment à travers des événements culturels et des investissements dans les infrastructures. L’arrivée récente d’artistes internationaux comme Banksy, bien que non directement liée au tourisme de masse, participe à l’image d’un Maroc ouvert et dynamique. Cependant, les professionnels du secteur restent prudents : la hausse des coûts énergétiques et les tensions dans certaines zones frontalières pourraient peser sur la fréquentation à moyen terme.
Al Hoceïma : un secteur de la pêche en difficulté, symptôme de pressions multiples
Le port d’Al Hoceïma a enregistré une baisse de 13 % des débarquements de produits de la pêche côtière et artisanale à fin août 2026, avec seulement 1 526 tonnes contre 1 699 tonnes l’année précédente. La valeur marchande de ces captures a chuté de 15 %, passant de 99,85 millions de dirhams (MDH) à 84,67 MDH. Cette tendance, observée depuis plusieurs mois, reflète des défis structurels pour le secteur : surpêche, changement climatique, et concurrence des importations à bas coût.
Les poissons pélagiques, essentiels pour l’économie locale, sont particulièrement touchés, avec une baisse de 25 % des quantités débarquées (206 tonnes contre 274 tonnes en 2025). Les poissons blancs, en revanche, résistent mieux (+8 % en volume), mais leur valeur reste volatile. L’Office national des pêches (ONP) souligne que ces chiffres s’inscrivent dans une tendance nationale, où les ports de Dakhla et Agadir enregistrent également des reculs, bien que moins marqués.
Cette situation pose la question de la soutenabilité du modèle de pêche marocain, alors que le pays cherche à moderniser le secteur tout en préservant les emplois locaux. Les discussions sur une réforme des quotas et des subventions, attendues dans les prochains mois, pourraient être accélérées par ces résultats décevants.
OCP Nutricrops renforce son partenariat avec le Brésil et sécurise l’approvisionnement en engrais
Le géant marocain OCP Nutricrops a signé un mémorandum d’entente avec le ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage, garantissant la livraison de 3,8 millions de tonnes d’engrais pour la période 2026-2027. Cette annonce, faite lors d’une visite officielle d’une délégation brésilienne au complexe industriel de Jorf Lasfar, marque une nouvelle étape dans la coopération agricole entre les deux pays. Le Brésil, premier importateur mondial d’engrais, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des prix.
OCP, déjà un acteur majeur sur le marché africain, consolide ainsi sa position sur le continent américain, où la demande en intrants agricoles est en forte croissance. Le mémorandum prévoit également une collaboration autour de l’innovation agricole, de la nutrition des plantes et de la santé des sols, des enjeux cruciaux pour le Brésil, dont l’agriculture intensive est souvent critiquée pour son impact environnemental.
Pour le Maroc, ce partenariat représente une opportunité stratégique. Le pays, qui détient 70 % des réserves mondiales de phosphates, mise sur la transformation locale de cette ressource pour créer de la valeur ajoutée. La sécurisation de débouchés à long terme, notamment en Amérique latine, est un pilier de cette stratégie. Cependant, les défis logistiques et les coûts de transport restent des obstacles majeurs, dans un contexte où les prix des engrais restent élevés malgré une légère décrue depuis 2023.
Ce qu’il faut retenir
- Le tourisme, un secteur clé en progression : Marrakech confirme son statut de locomotive du secteur, avec une croissance à deux chiffres des nuitées. Cette performance, bien que encourageante, devra être confirmée dans un contexte économique incertain, marqué par la hausse des coûts et les tensions régionales.
- La pêche, un secteur en souffrance : Les chiffres d’Al Hoceïma illustrent les difficultés d’un secteur confronté à des défis environnementaux et économiques. La réforme des quotas et des subventions, attendue dans les prochains mois, sera un test pour la capacité du Maroc à concilier préservation des ressources et maintien de l’emploi.
- OCP, un acteur géopolitique : Le partenariat avec le Brésil renforce le rôle du Maroc dans la sécurité alimentaire mondiale. Dans un contexte de tensions sur les marchés des engrais, cette collaboration pourrait servir de modèle pour d’autres pays dépendants des importations.
- Des signaux contrastés pour l’économie marocaine : Alors que certains secteurs (tourisme, agriculture) affichent des performances solides, d’autres (pêche, industrie) montrent des signes de fragilité. Ces dynamiques divergentes soulignent la nécessité d’une diversification accrue et d’une adaptation aux chocs externes.