Maroc : théâtre, pollution éternelle et mobilité urbaine, les défis du 16 septembre
Entre réinterprétation d'un classique du théâtre marocain, alerte de l'ONU sur les "polluants éternels" et saturation des trottoirs à Marrakech, l'actualité culturelle et environnementale du jour.
Quand "El Harraz" revisite la mémoire théâtrale marocaine
Le Théâtre national Mohammed V de Rabat accueillera le 25 septembre une nouvelle mise en scène de "El Harraz", pièce emblématique du répertoire marocain écrite par Abdeslam Chraïbi et initialement portée à la scène par Tayeb Saddiki. Cette reprise, dirigée par Amine Nassour dans le cadre de la 35e promotion de l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC), s’inscrit dans une démarche de réappropriation critique du patrimoine théâtral national.
Les créateurs de ce projet soulignent leur volonté de dépasser la simple restitution patrimoniale pour interroger la pertinence contemporaine d’un texte qui, depuis sa création, explore les tensions entre tradition et modernité. "El Harraz" – littéralement "Le Gardien" – aborde des thèmes comme l’autorité, la résistance et les mutations sociales, des enjeux qui résonnent avec les débats actuels sur la réforme du Code de la famille ou les dynamiques urbaines. La pièce, souvent considérée comme un miroir des contradictions de la société marocaine, offre ainsi une occasion de revisiter l’héritage de Saddiki, figure majeure du théâtre arabe, à travers un prisme résolument actuel.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de revitalisation des scènes culturelles marocaines, alors que le secteur peine encore à se remettre des impacts de la pandémie. Elle pose aussi la question de la transmission : comment faire vivre un répertoire sans le momifier ? La réponse d’Amine Nassour et de ses étudiants semble résider dans une approche qui mêle respect du texte original et audace scénique, un équilibre délicat dans un pays où le théâtre reste un espace de débat autant qu’un art.
Les "polluants éternels" : une menace globale pointée par l’ONU
La 63e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève a été le théâtre d’une alerte sans précédent sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), ces composés chimiques de synthèse surnommés "polluants éternels" en raison de leur persistance extrême dans l’environnement. Dans un rapport présenté par la Rapporteuse spéciale sur les substances toxiques, Bethanie Carney Almroth, ces substances sont décrites comme une "menace systémique pour les droits humains", capable de contaminer les sols, les eaux et les organismes vivants pendant des décennies, voire des siècles.
Les PFAS, utilisés dans une multitude de produits industriels et grand public – des poêles antiadhésives aux mousses anti-incendie, en passant par certains textiles – sont particulièrement préoccupants en raison de leur capacité à voyager sur de longues distances via les courants aériens et marins. "Une fois libérés dans la nature, ces composés sont quasi impossibles à éliminer", a souligné Almroth, appelant à une interdiction mondiale de leurs usages non essentiels. Le rapport met en lumière des cas de contamination avérés en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, mais souligne aussi le manque de données pour l’Afrique, où les réglementations restent souvent insuffisantes.
Pour le Maroc, cette alerte intervient dans un contexte marqué par une industrialisation croissante et une dépendance accrue aux importations de produits manufacturés. Si le pays n’a pas encore documenté de cas majeurs de pollution aux PFAS, les experts locaux s’inquiètent des risques liés à l’absence de cadre réglementaire spécifique. "Le Maroc est à la croisée des chemins : soit il anticipe en intégrant ces enjeux dans sa stratégie environnementale, soit il subit les conséquences d’une contamination déjà en cours", estime un chercheur en toxicologie de l’Université Mohammed V, qui préfère rester anonyme.
Cette problématique s’ajoute à d’autres défis environnementaux déjà identifiés, comme la gestion des déchets électroniques ou la pollution plastique, et interroge la capacité du pays à concilier développement industriel et protection des écosystèmes. Alors que les négociations internationales sur les PFAS s’intensifient, le Maroc pourrait être contraint de se positionner rapidement, notamment dans le cadre de ses engagements climatiques et de sa coopération avec l’Union européenne.
Marrakech : quand les trottoirs deviennent des parkings
À Marrakech, la saturation des trottoirs par les véhicules est devenue un sujet de crispation pour les habitants des quartiers de Guéliz et de la Ménara. Des images partagées sur les réseaux sociaux montrent des rues entières où les piétons sont contraints de marcher sur la chaussée, faute d’espace sur les trottoirs occupés par des voitures en stationnement sauvage. "C’est devenu une jungle : les trottoirs sont réservés aux voitures, et les piétons doivent slalomer entre les véhicules", témoigne un riverain de la rue de la Liberté, qui préfère garder l’anonymat.
Cette situation, qui s’étend à d’autres villes comme Casablanca ou Agadir, reflète les tensions croissantes autour de la mobilité urbaine au Maroc. Les autorités locales peinent à faire respecter les règles de stationnement, tandis que l’augmentation du parc automobile – estimé à plus de 5 millions de véhicules en circulation – exacerbe les problèmes d’espace. À Marrakech, où le tourisme et l’urbanisation galopante ont transformé la ville en un chantier permanent, la question des trottoirs est devenue un symbole des déséquilibres entre développement économique et qualité de vie.
Les solutions avancées par les urbanistes marocains passent par une approche intégrée : réaménagement des espaces publics, développement des transports en commun et sensibilisation des citoyens. "Il ne s’agit pas seulement de verbaliser les contrevenants, mais de repenser la ville pour qu’elle soit accessible à tous", explique un architecte spécialisé en mobilité durable. Pourtant, les projets peinent à se concrétiser, freinés par des budgets limités et des priorités souvent orientées vers les infrastructures touristiques.
Cette problématique dépasse le cadre local pour interroger le modèle de développement urbain du pays. Alors que le Maroc mise sur des métropoles attractives pour attirer investissements et touristes, la question de la mobilité durable devient un enjeu central. "Une ville où l’on ne peut plus marcher est une ville qui a échoué", résume un militant associatif. À Marrakech, comme ailleurs, la bataille pour les trottoirs est aussi une bataille pour l’âme des villes.
L’intelligence artificielle à l’agenda de l’ONU
L’Assemblée générale des Nations unies, qui s’ouvre cette semaine à New York, placera l’intelligence artificielle (IA) au cœur de ses débats, avec une réunion dédiée du Conseil de sécurité sur les "risques existentiels" liés à cette technologie. Cette initiative, portée par plusieurs États membres dont la France, intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la régulation de l’IA, alors que les mises en garde se multiplient sur ses potentiels dangers pour l’humanité.
Les discussions devraient aborder des sujets aussi variés que la militarisation de l’IA, les biais algorithmiques ou encore les impacts sur l’emploi et les droits humains. "L’IA n’est plus une question technique, mais un enjeu géopolitique majeur", souligne un diplomate européen, qui évoque des désaccords profonds entre les grandes puissances sur les modalités de régulation. Les États-Unis et la Chine, principaux acteurs du secteur, défendent une approche minimaliste, tandis que l’Union européenne pousse pour un cadre contraignant, à l’image de son récent AI Act.
Pour le Maroc, cette séquence internationale est l’occasion de clarifier sa position sur un sujet qui touche à la fois à la souveraineté technologique et aux droits fondamentaux. Le pays, qui a lancé en 2023 une stratégie nationale pour l’IA, se trouve à un carrefour : comment concilier attractivité pour les investissements étrangers et protection des citoyens ? "Le Maroc a tout intérêt à s’inscrire dans une dynamique de régulation équilibrée, qui préserve ses intérêts sans étouffer l’innovation", estime un expert en politiques publiques numériques.
Cette réflexion dépasse le cadre technologique pour interroger la place du Maroc dans les équilibres mondiaux. Alors que le pays cherche à se positionner comme un hub régional pour les startups et les data centers, la question de la gouvernance de l’IA devient un marqueur de sa crédibilité internationale. "L’enjeu n’est pas seulement de rattraper les leaders, mais de définir un modèle qui nous ressemble", résume un responsable du ministère de la Transition numérique. Dans un monde où la technologie redessine les rapports de force, le Maroc devra choisir entre suiveur et acteur de sa propre transformation.