Maroc : entre tensions urbaines et soft power, les chantiers de l'été 2026

Merrakesh et Fès face à des défis d'urbanisme et de santé publique, tandis que le Maroc mise sur l'héritage du Mondial 2026 pour renforcer son influence culturelle et scientifique.

Maroc : entre tensions urbaines et soft power, les chantiers de l'été 2026
Photo de Nick Kane sur Unsplash

Merrakesh sous tension : quand l’urbanisme révèle les fractures locales

À Merrakesh, deux incidents récents mettent en lumière les dysfonctionnements de la gestion urbaine. Dans le quartier de Mabrouka, une entreprise de construction a coupé un axe routier vital reliant les lotissements Abouab Jliz et At-Tawhid, paralysant la circulation et isolant des milliers de riverains. Selon Kech24, l’entreprise a érigé une clôture métallique sans autorisation, ignorant les règles d’occupation du domaine public. Les habitants dénoncent une « indifférence des autorités », tandis que la question de la responsabilité des collectivités locales se pose avec acuité.

Quelques kilomètres plus loin, dans le quartier des Ahbas, les commerces de restauration rapide ont transformé les trottoirs en extensions de leurs activités, obligeant les piétons à marcher sur la chaussée. Les déchets s’accumulent, et les livreurs à deux-roues bloquent les accès, créant un cercle vicieux de nuisances. Ces pratiques, tolérées depuis des années, révèlent l’absence de régulation efficace et l’incapacité des services municipaux à faire respecter les règles élémentaires de salubrité et de sécurité.

Ces deux cas ne sont pas isolés. Ils illustrent une tendance plus large : l’urbanisation rapide de Merrakesh, couplée à une croissance démographique soutenue, se heurte à des infrastructures vieillissantes et à une gouvernance locale en retard sur les besoins. Les autorités promettent des solutions, mais les riverains, eux, attendent des actes.


Fès mise sur la santé : un forum pour positionner la région comme hub médical

Alors que Merrakesh étouffe sous les problèmes d’urbanisme, Fès tente de se réinventer. Du 8 au 10 juillet, la région accueille la deuxième édition du Forum régional de la tourisme esthétique, organisé par le Conseil de la région Fès-Meknès. L’objectif ? Transformer le territoire en une destination majeure pour les soins médicaux, en capitalisant sur ses ressources naturelles – eaux thermales, forêts, climats variés – et son patrimoine historique.

Ce forum s’inscrit dans une stratégie plus large, impulsée par les directives royales, visant à développer des modèles économiques locaux durables. La région mise notamment sur ses stations thermales et ses infrastructures hôtelières pour attirer une clientèle internationale, tout en renforçant les capacités des acteurs locaux. Une approche qui pourrait redynamiser une économie régionale encore trop dépendante de l’agriculture et de l’artisanat.

Pourtant, le défi est de taille. Le Maroc doit encore améliorer la qualité de ses infrastructures médicales et renforcer la formation des professionnels de santé pour rivaliser avec des destinations comme la Turquie ou la Tunisie. Le forum de Fès pourrait être une première étape, mais le chemin vers une véritable industrie du tourisme médical reste long.


Après le Mondial 2026, le Maroc cherche à capitaliser sur son soft power

L’élimination des Lions de l’Atlas en quarts de finale de la Coupe du monde 2026 n’a pas éteint les ambitions du Maroc. Au contraire. Une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD) souligne que le Mondial a offert au pays une visibilité internationale sans précédent, et qu’il est temps d’en faire un levier durable. Intitulée « Le Maroc et le Mondial : entre performance sportive, dynamique médiatique et construction du soft power », l’analyse propose de s’inspirer du modèle de l’Académie Mohammed VI de football pour d’autres secteurs clés : mathématiques, intelligence artificielle, industrie.

L’idée est simple : transformer l’engouement sportif en un récit national plus large, associant excellence, innovation et rayonnement culturel. Le Maroc a déjà montré sa capacité à former des talents – comme en témoigne le parcours des Lions de l’Atlas – et pourrait reproduire ce modèle dans d’autres domaines. L’étude suggère notamment de créer des académies spécialisées, sur le modèle de celle de football, pour attirer des investissements étrangers et positionner le pays comme un hub régional.

Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large, où le sport devient un outil de diplomatie. Le Mondial 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, sera une nouvelle occasion de renforcer cette influence. Mais pour que ce soft power soit durable, il faudra aller au-delà du football et investir dans l’éducation, la recherche et l’innovation.


Coopératives : un nouveau souffle pour l’économie sociale

Dans un autre registre, le Maroc tente de redynamiser son secteur coopératif. JAIDA, une société de financement dédiée à l’économie sociale et solidaire, et l’Office du développement de la coopération (ODCO) ont signé un partenariat pour faciliter l’accès au crédit des coopératives. Un enjeu crucial, alors que ces structures peinent encore à obtenir des financements adaptés à leurs besoins.

Les coopératives jouent un rôle clé dans l’économie locale, notamment dans les zones rurales, où elles permettent à des milliers de petits producteurs de mutualiser leurs ressources. Pourtant, leur développement est freiné par des difficultés d’accès au crédit et un manque de formation en gestion. Le partenariat entre JAIDA et l’ODCO vise précisément à combler ces lacunes, en proposant des solutions de financement sur mesure et un accompagnement technique.

Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer l’inclusion financière et de soutenir les acteurs de l’économie sociale. Si elle porte ses fruits, elle pourrait contribuer à réduire les inégalités territoriales et à dynamiser des secteurs encore marginalisés.


Ce qu’il faut retenir

L’été 2026 est celui des contrastes au Maroc. D’un côté, des villes comme Merrakesh peinent à gérer une urbanisation galopante, révélant les limites d’une gouvernance locale souvent dépassée. De l’autre, des régions comme Fès misent sur des secteurs porteurs – tourisme médical, économie sociale – pour diversifier leur économie et attirer des investissements.

Le Mondial 2026 a montré que le sport pouvait être un puissant levier de soft power. Reste à savoir si le Maroc saura capitaliser sur cette dynamique pour construire un récit national plus large, associant excellence sportive, innovation et rayonnement culturel. Une chose est sûre : les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant.