Maroc : surveillance, élections et occupation des rues, les fronts sociaux de juillet

Entre révélations sur l'arsenal sécuritaire, préparation des législatives et tensions urbaines à Marrakech, le Maroc fait face à des défis sociaux majeurs en juillet 2026.

Maroc : surveillance, élections et occupation des rues, les fronts sociaux de juillet
Photo de Philip Strong sur Unsplash

L'ombre des logiciels espions plane sur les libertés

Le Maroc se trouve une nouvelle fois au cœur des révélations sur l'usage de technologies de surveillance à grande échelle. Cinq ans après les premières révélations du "Projet Pegasus", l'enquête judiciaire française se poursuit, avec le placement sous statut de témoin assisté de deux anciens responsables de NSO Group, l'entreprise israélienne à l'origine du logiciel espion. L'Élysée, qui avait promis en 2021 de faire "toute la lumière" sur l'espionnage de six ministres français, a depuis opéré un rapprochement diplomatique avec Rabat, malgré les accusations persistantes contre le royaume.

Les révélations d'un lanceur d'alerte, publiées par Le Monde, dressent un tableau plus large de l'arsenal sécuritaire marocain. Au-delà de Pegasus, le pays aurait développé un système de surveillance multiforme : mouchards installés via clé USB, téléphones pré-équipés de logiciels espions, écoutes systématiques et caméras dissimulées dans des climatiseurs. Ces outils, déployés contre des journalistes et des cibles politiques, soulèvent des questions sur l'équilibre entre sécurité nationale et respect des libertés individuelles.

La visite officielle du Premier ministre français Sébastien Lecornu, arrivée mercredi soir à Rabat pour co-présider la 15e session de la Réunion de Haut Niveau Maroc-France, prend ainsi une dimension particulière. Alors que Lecornu lui-même avait été ciblé par Pegasus lorsqu'il était ministre des Armées, cette rencontre intervient dans un contexte de tensions persistantes autour des pratiques de surveillance. Le rapprochement diplomatique entre les deux pays semble avoir pris le pas sur les promesses d'éclaircissement, illustrant la complexité des relations franco-marocaines à l'ère du numérique.

Législatives 2026 : un corps électoral en mutation

Le ministère de l'Intérieur a dévoilé mardi les chiffres actualisés des listes électorales pour les élections législatives du 23 septembre 2026. Avec 15,8 millions d'inscrits, le Maroc enregistre une baisse significative par rapport aux 17,98 millions d'électeurs de 2021. Cette diminution, de l'ordre de 12%, intervient après une révision exceptionnelle des listes menée entre mi-mai et mi-juillet, qui n'a permis l'inscription que de 391 000 nouveaux électeurs.

La répartition par genre révèle une persistance des inégalités : les hommes représentent 54% des inscrits, contre 46% pour les femmes. Cette disparité, bien que moins marquée qu'auparavant, illustre les défis persistants en matière d'égalité politique. Le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, a présenté ces chiffres aux responsables des partis politiques lors de réunions consacrées à l'état d'avancement des préparatifs électoraux.

Cette baisse du nombre d'électeurs inscrits s'inscrit dans un contexte plus large de désengagement politique, observable dans plusieurs démocraties. Elle interroge sur la capacité des partis à mobiliser les citoyens, particulièrement les jeunes générations, dans un paysage politique en mutation. Les prochaines semaines seront cruciales pour observer si cette tendance se confirme ou si les campagnes électorales parviendront à inverser la dynamique.

Marrakech : l'occupation des espaces publics atteint un point critique

La situation dans le quartier de la Massira, à Marrakech, illustre de manière frappante les tensions autour de l'occupation des espaces publics dans les grandes villes marocaines. Des commerçants, propriétaires d'arabes et vendeurs ambulants ont transformé la "Tawalat Al Ahbas" en un véritable marché informel, au mépris des règles d'urbanisme et de sécurité.

Les trottoirs, entièrement occupés par des étals de marchandises, forcent les piétons - y compris enfants et personnes âgées - à marcher sur la chaussée, au milieu des voitures et des deux-roues. Les vendeurs de nourriture ont étendu leur emprise sur l'espace public, provoquant des embouteillages chroniques, particulièrement aux heures de pointe. Le comble est atteint avec le masquage des panneaux de signalisation, plongeant les automobilistes dans l'incertitude quant aux règles de circulation.

Les habitants du quartier ont exprimé leur exaspération face à cette situation, dénonçant une impunité généralisée et un laisser-faire des autorités locales. Cette crise urbaine reflète les défis plus larges de la gestion des espaces publics au Maroc, où l'équilibre entre dynamisme économique informel et respect des règles collectives reste difficile à trouver.

La situation à Marrakech n'est pas isolée. Dans plusieurs villes du royaume, l'occupation illégale des trottoirs et des places publiques par des activités commerciales s'est banalisée, posant des questions sur l'efficacité des politiques urbaines et la capacité des municipalités à faire respecter les réglementations. Ces tensions révèlent un besoin urgent de repenser la gouvernance des espaces communs, dans un contexte de croissance urbaine rapide et de pression économique accrue.

La mobilisation des avocats contre la réforme de leur profession

Le barreau de Casablanca a été le théâtre d'une nouvelle mobilisation mercredi, avec un sit-in organisé devant la Cour d'appel par l'Association des jeunes avocats. Cette action s'inscrit dans le cadre d'un mouvement de protestation contre le projet de loi encadrant la profession d'avocat, actuellement examiné par la Cour constitutionnelle.

Les manifestants ont dénoncé plusieurs dispositions du texte, estimant qu'il remet en cause l'indépendance de la profession et les garanties nécessaires à l'exercice de leurs missions. Leurs slogans visaient directement le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, à l'origine de ce projet de réforme. Les avocats critiquent notamment ce qu'ils perçoivent comme une volonté de contrôle accru de l'État sur leur profession.

Cette mobilisation s'inscrit dans une tradition de défense des prérogatives professionnelles au Maroc, où plusieurs corps de métiers ont récemment manifesté contre des projets de réforme perçus comme une menace à leur autonomie. Le cas des avocats est particulièrement sensible, dans la mesure où leur indépendance est considérée comme un pilier de l'État de droit.

La décision de la Cour constitutionnelle sur la conformité du texte avec la Constitution sera déterminante pour l'avenir de la profession. Elle pourrait soit apaiser les tensions, soit ouvrir la voie à une mobilisation plus large des avocats marocains, avec des répercussions potentielles sur le fonctionnement de la justice dans le pays.