Maroc : sécurité publique, pétrole et tensions régionales, les enjeux géopolitiques du 14 septembre

Le Maroc confirme sa position en matière de sécurité publique, tandis que les tensions au Moyen-Orient font flamber les prix du pétrole. Analyse des enjeux géopolitiques pour Rabat.

Maroc : sécurité publique, pétrole et tensions régionales, les enjeux géopolitiques du 14 septembre
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Le Maroc, seul pays africain dans le top 20 mondial de la sécurité publique

Le Maroc a consolidé sa réputation en matière de sécurité publique en se classant parmi les 20 meilleurs pays au monde dans le Global Public Security Index Report 2025-2026. Présenté le 9 septembre lors du Forum mondial de la coopération en matière de sécurité publique à Lianyungang (Chine), ce rapport évalue 62 pays sur quatre critères : l’ordre public et la sécurité, la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité et la protection civile. Avec un score de 76,15 points, le Royaume est le seul État africain à figurer dans ce palmarès, devant plusieurs nations européennes et asiatiques.

Cette performance s’inscrit dans une dynamique initiée depuis plusieurs années, marquée par des investissements dans les infrastructures sécuritaires, la modernisation des forces de l’ordre et une coopération internationale renforcée. Selon les auteurs du rapport, le Maroc se distingue particulièrement dans la lutte contre le terrorisme, un domaine où il a développé une expertise reconnue, notamment à travers des partenariats avec des pays comme les États-Unis, la France et les Émirats arabes unis. La cybersécurité, en revanche, reste un chantier prioritaire, alors que le pays a été la cible de cyberattaques attribuées à des acteurs régionaux ces derniers mois.

Pour Rabat, ce classement est aussi un atout diplomatique. Dans un contexte marqué par des tensions persistantes avec l’Algérie et des défis sécuritaires en Afrique de l’Ouest, cette reconnaissance internationale renforce sa crédibilité auprès de ses partenaires occidentaux et africains. Elle intervient par ailleurs à quelques semaines des élections législatives, où la question de la sécurité figure en bonne place dans les débats.


Pétrole : le Moyen-Orient en ébullition, le Maroc en alerte

Les prix du pétrole ont franchi la barre des 100 dollars le baril ce lundi, une première depuis juillet, sous l’effet d’une escalade des tensions au Moyen-Orient. Selon les données disponibles, le Brent de la mer du Nord s’échangeait à 107,54 dollars, en hausse de 2,8 %, tandis que le WTI atteignait 102,34 dollars. Cette flambée intervient après la fermeture temporaire d’un oléoduc clé en Arabie saoudite et de nouvelles attaques dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le transport du brut.

Le Maroc, qui importe près de 90 % de ses besoins énergétiques, est directement concerné par cette volatilité. Bien que le pays ait diversifié ses sources d’approvisionnement ces dernières années – notamment via des accords avec les États-Unis et la Russie –, une hausse prolongée des cours pourrait peser sur sa balance commerciale et son inflation. Les autorités marocaines n’ont pas encore réagi officiellement à cette situation, mais des sources proches du ministère de l’Énergie indiquent que des mesures d’urgence, comme le recours aux réserves stratégiques, pourraient être envisagées si la tendance se poursuit.

Cette crise énergétique intervient dans un contexte déjà tendu pour Rabat. Le pays, qui préside actuellement le Comité Al-Qods, a multiplié les appels au calme dans la région, tout en maintenant une position de neutralité dans les conflits impliquant ses partenaires traditionnels. Cependant, la dépendance du Maroc aux importations de pétrole et de gaz le place dans une situation de vulnérabilité face aux soubresauts géopolitiques.


Yémen : une crise humanitaire qui s’aggrave, des répercussions régionales

Plus de 85 000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis le début du mois de septembre, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les combats entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales, soutenues par une coalition menée par l’Arabie saoudite, se sont intensifiés dans les provinces de Taëz et de Lahj, provoquant un exode massif. Près de 56 000 personnes ont fui la seule région de Taëz, où les affrontements ont repris après une trêve fragile.

Cette crise humanitaire a des répercussions au-delà des frontières yéménites. Plus de 2 000 personnes ont trouvé refuge à Djibouti, un pays qui accueille déjà des milliers de migrants et de demandeurs d’asile en provenance de la Corne de l’Afrique. Pour le Maroc, qui a historiquement joué un rôle de médiateur dans les conflits régionaux, cette situation représente un défi diplomatique. Rabat entretient des relations avec plusieurs acteurs du conflit, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, tout en maintenant un dialogue avec l’Iran, soutien des houthis.

Sur le plan humanitaire, le Maroc a déjà apporté une aide au Yémen par le passé, notamment via des dons de médicaments et de denrées alimentaires. Cependant, aucune nouvelle initiative n’a été annoncée ces dernières semaines, alors que la communauté internationale peine à mobiliser des fonds pour répondre à l’urgence. La crise yéménite, souvent éclipsée par d’autres conflits, risque de s’aggraver avec l’arrivée de l’hiver et la détérioration des conditions sanitaires.


Somaliland : Washington dans le viseur de Hargeisa

Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi « Irro », a entamé une série de rencontres à Washington depuis le 5 septembre, dans le but de convaincre l’administration américaine de reconnaître l’indépendance de son territoire. Séparé de la Somalie depuis 1991 mais non reconnu par la communauté internationale, le Somaliland mise sur son port de Berbera, stratégique pour le contrôle des routes maritimes en mer Rouge, pour séduire les États-Unis.

Selon des sources diplomatiques, Hargeisa met en avant son rôle dans la lutte contre les rebelles houthis, qui menacent la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que sa stabilité relative dans une région instable. Le Somaliland, qui dispose de ses propres institutions, de sa monnaie et de son armée, cherche depuis des années à obtenir une reconnaissance internationale, sans succès jusqu’à présent. Son président a rencontré des responsables du département d’État et du Pentagone, ainsi que des membres du Congrès, pour plaider sa cause.

Pour le Maroc, cette initiative diplomatique du Somaliland est à suivre de près. Rabat entretient des relations étroites avec plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, notamment la Somalie, avec laquelle il a signé des accords de coopération en 2018. Une reconnaissance américaine du Somaliland pourrait compliquer les équilibres régionaux et ouvrir la voie à d’autres revendications indépendantistes, un sujet sensible pour le Royaume, qui fait face à des tensions similaires au Sahara occidental.


Ce qu’il faut retenir

Le Maroc confirme sa position de leader africain en matière de sécurité publique, un atout dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes. Cependant, la flambée des prix du pétrole, liée à l’instabilité au Moyen-Orient, rappelle la vulnérabilité du pays face aux chocs énergétiques. Sur le plan diplomatique, Rabat doit naviguer entre ses alliances traditionnelles et les crises qui secouent la région, du Yémen au Somaliland, tout en préparant les élections législatives du 2 octobre. Dans un environnement géopolitique de plus en plus volatile, la stabilité intérieure et la crédibilité internationale du Maroc restent ses meilleurs atouts.