Économie : le Maroc dégaine sa loi sur les crypto-actifs
Économie marocaine : le gouvernement accélère sur la régulation des crypto-actifs pour contrer le blanchiment. Santé rurale renforcée. Décryptage éditorial.
Revue de presse du 19 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17
Le Maroc sort enfin de l'ambiguïté sur les crypto-actifs. Pendant des années, Bank Al-Maghrib s'est contentée d'interdictions formelles que tout le monde ignorait. Cette fois, le Royaume assume : il va réguler, taxer, surveiller. La zone grise se referme.
Crypto-actifs : pourquoi le Maroc légifère maintenant ?
Selon Hespress, un projet de loi porté par le ministère de l'Économie et des Finances est en cours d'examen au Secrétariat général du gouvernement. Le texte, coordonné avec Bank Al-Maghrib et l'Autorité marocaine du marché des capitaux, vise à doter le Royaume d'un cadre juridique complet pour encadrer l'usage des crypto-actifs.
La vraie raison tient en trois lettres : GAFI. Le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, l'admet à demi-mot en inscrivant cette initiative dans le cadre des engagements du Maroc vis-à-vis du Groupe d'action financière. Traduction : rester dans les clous internationaux, éviter la liste grise, rassurer les investisseurs étrangers.
Le risque officiellement visé, c'est le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Le risque politique réel, c'est la fuite des capitaux numériques et le manque à gagner fiscal. Des milliers de Marocains tradent déjà en bitcoin via des plateformes étrangères, dans l'illégalité assumée d'une interdiction de 2017 jamais appliquée. Le pragmatisme rattrape l'idéologie.
Reste la vraie question : régulation permissive ou corset technocratique ? Si le texte ressemble au MiCA européen, le Maroc peut attirer des plateformes. S'il mime la prudence d'Alger, les utilisateurs resteront sur Binance et le Trésor ne verra jamais un dirham de taxe. Le diable se nichera dans les décrets d'application.
Santé rurale : Tinghir, Zagora, Ouarzazate sur la carte
Pendant que Rabat légifère sur les cryptos, le ministre Amine Tahraoui inaugurait samedi, selon Hespress, dix-neuf infrastructures de santé dans quatre régions. Un hôpital de proximité à Boumalne Dadès (Tinghir, 65 millions de dirhams, 2,5 hectares), un centre rural à M'hamid El Ghizlane (Zagora), un autre à Souk Asstif (Ouarzazate). À distance, seize centres de santé supplémentaires à Drâa-Tafilalet, Souss-Massa, Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia El Hamra.
L'énumération a quelque chose d'austère. Elle raconte pourtant une bataille politique réelle : celle de l'État social dans les territoires oubliés. Drâa-Tafilalet et Guelmim-Oued Noun ne figurent jamais dans les brochures d'investissement. Ce sont précisément les régions où l'écart d'espérance de vie avec Casablanca se mesure en années, pas en décimales.
Soixante-cinq millions pour un hôpital de proximité, c'est modeste à l'échelle du budget 2026. C'est énorme pour Boumalne Dadès. Le test viendra ensuite : ces structures seront-elles dotées en personnel ? Les médecins fuient le rural, les infirmières aussi. Ouvrir un centre de santé sans praticiens, c'est offrir une belle façade à une file d'attente.
Probité à l'université : institutionnaliser l'éthique ?
Autre signal, plus discret mais significatif. L'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) lance le 29 avril, à l'Université Mohammed Premier d'Oujda, son programme « Les forums de la probité à l'Université ». Thème officiel : convergence des visions entre l'Instance et l'Université.
La formule est bureaucratique, l'enjeu ne l'est pas. Le Maroc stagne depuis des années dans les indices internationaux de perception de la corruption. Faire de l'université un relais de la lutte anti-corruption, c'est parier sur la génération qui entrera demain dans l'administration et les entreprises. Encore faut-il que ces « forums » ne deviennent pas des conférences de prestige où l'on parle de probité sans jamais nommer les pratiques à combattre.
L'INPPLC inscrit l'initiative dans sa stratégie quinquennale 2025-2030. Cinq ans pour mesurer les effets. Les observateurs patients ont le temps.
Ce qu'il faut retenir
Trois dossiers, trois temporalités économiques. Les crypto-actifs : un rattrapage réglementaire sous pression internationale, dont les modalités diront si le Maroc joue l'attractivité ou la défensive. Les dix-neuf structures de santé : un investissement public visible dans les régions périphériques, qui n'aura de sens qu'avec les ressources humaines pour le faire vivre. La probité universitaire : un pari générationnel, dont on jugera les fruits dans une décennie.
Le fil rouge ? Un État qui codifie, qui inaugure, qui programme. La vraie question, toujours la même : l'exécution suivra-t-elle ?