Maroc 2026 : urbanisme, trottinettes et MBA, les réformes qui échappent au Mondial

Le Maroc accélère ses réformes urbaines et éducatives pendant que le Mondial capte l’attention. Lotissements, trottinettes et partenariats MBA : ce qui change vraiment.

Maroc 2026 : urbanisme, trottinettes et MBA, les réformes qui échappent au Mondial
Photo de Johnny Briggs sur Unsplash

Le Maroc a les yeux rivés sur le Mondial 2026, mais son État avance ses pions ailleurs. Pendant que les Lions de l’Atlas éliminent les Pays-Bas aux tirs au but, la Chambre des conseillers adopte une réforme des lotissements, le gouvernement prépare un cadre pour les trottinettes électriques, et un MBA franco-marocain fête ses 25 ans. Trois dossiers qui dessinent, en silence, les contours d’un Maroc post-Covid, post-sécheresse, et post-football.

Lotissements : la réforme qui veut dompter l’urbanisation sauvage

La loi n°34.21, adoptée à l’unanimité mardi par la Chambre des conseillers, ne se contente pas de rafraîchir un texte vieux de 34 ans. Elle tente de résoudre une équation impossible : loger une population en croissance rapide, sans sacrifier les terres agricoles ni reproduire les erreurs des décennies passées. Le secrétaire d’État à l’Habitat, Adib Benbrahim, a résumé l’enjeu en trois objectifs : protéger les acquéreurs, maîtriser l’étalement urbain, et adapter les règles aux réalités économiques.

Protéger les acquéreurs, c’est répondre à des scandales récurrents : lotissements vendus sur plan, jamais livrés, ou construits sans infrastructures. La nouvelle loi impose des garanties financières aux promoteurs et renforce les sanctions en cas de non-respect des délais. Mais le vrai défi est ailleurs : comment éviter que les villes ne dévorent les campagnes ? Le texte introduit des seuils de densité minimale et des obligations de mixité fonctionnelle (logements, commerces, espaces verts). Une petite révolution dans un pays où l’urbanisme a longtemps été synonyme de bétonnage anarchique.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à enrayer la spéculation foncière, surtout dans les périphéries des grandes villes. Les terrains constructibles, rares et chers, sont devenus un placement refuge pour une classe moyenne en quête de sécurité. La loi tente de réguler ce marché, mais sans toucher à ses causes profondes : l’absence de politique de logement social ambitieuse et la préférence historique pour la propriété individuelle.

Trottinettes électriques : le Maroc rattrape son retard (ou presque)

Elles envahissent les trottoirs de Casablanca et Rabat, slaloment entre les voitures, et provoquent déjà leur lot d’accidents. Les trottinettes électriques, jusqu’ici tolérées dans un flou juridique, vont enfin avoir leur cadre légal. Le ministère des Transports prépare un décret qui définira leur statut, leurs caractéristiques techniques, et les règles de circulation.

Le texte, révélé par une réponse parlementaire, s’inspire des modèles européens : limitation de vitesse à 25 km/h, interdiction de circuler sur les trottoirs, obligation de porter un casque pour les mineurs. Mais le Maroc ajoute une touche locale : l’obligation d’immatriculer les engins, une mesure rare en Europe, mais qui pourrait faciliter la traçabilité en cas d’infraction.

Pourquoi cette urgence ? Parce que l’absence de réglementation a transformé les trottinettes en symbole des dysfonctionnements urbains. Les accidents se multiplient, les conflits avec les piétons aussi, et les municipalités, dépassées, oscillent entre tolérance et répression. Le décret arrive tard – trop tard pour éviter les premiers drames – mais il arrive.

Le vrai test sera son application. Les trottinettes sont devenues un business lucratif pour des start-ups locales et des opérateurs internationaux. Ces acteurs, qui misent sur la mobilité douce pour séduire une jeunesse connectée, vont devoir s’adapter. Mais dans des villes où la voiture reste reine, et où les infrastructures cyclables sont quasi inexistantes, la cohabitation s’annonce difficile.

MBA franco-marocain : 25 ans de soft power éducatif

HEM, Paris Dauphine et l’IAE Paris-Sorbonne célèbrent un quart de siècle de partenariat avec un MBA conjoint, présenté comme "l’un des plus anciens et des plus reconnus" du pays. 800 diplômés plus tard, ce programme incarne une forme de soft power à la marocaine : pragmatique, élitiste, et tourné vers l’Afrique.

Le MBA, dispensé en formation continue sur 18 mois, cible des professionnels expérimentés – cadres, dirigeants, entrepreneurs. Son objectif ? Former une élite managériale capable de naviguer entre les codes français et africains. Un atout dans un pays où les entreprises locales cherchent à s’étendre sur le continent, et où les multinationales européennes voient le Maroc comme une plateforme vers l’Afrique subsaharienne.

Mais ce modèle a ses limites. D’abord, son coût : les frais de scolarité, non communiqués, sont probablement élevés, réservant l’accès à une minorité privilégiée. Ensuite, son ancrage local : malgré son rayonnement, le MBA reste concentré sur Casablanca et Rabat, laissant de côté les régions en quête de compétences. Enfin, son orientation : dans un pays où le chômage des jeunes diplômés dépasse 30 %, former des cadres expérimentés ne suffit pas. Il faudrait aussi des programmes accessibles aux jeunes talents des territoires oubliés.

Ce qu’il faut retenir

  1. L’urbanisme marocain change de braquet : la réforme des lotissements tente de concilier croissance démographique et préservation des terres. Mais sans politique de logement social ambitieuse, le risque de ghettoïsation persiste.
  2. Les trottinettes électriques passent à la vitesse réglementaire : le décret à venir encadre leur usage, mais dans des villes conçues pour la voiture, l’adaptation sera douloureuse.
  3. L’éducation supérieure reste un levier de soft power : le MBA franco-marocain forme une élite, mais peine à répondre aux besoins des territoires et des jeunes diplômés.
  4. Le Mondial 2026 masque d’autres urgences : pendant que le pays vibre pour le football, ces réformes dessinent un Maroc qui se cherche, entre modernisation et reproduction des inégalités.

Le Maroc a l’habitude de briller sur la scène internationale – aujourd’hui, c’est le Mondial. Mais c’est dans l’ombre des stades que se jouent les batailles les plus décisives : celles de l’urbanisme, de la mobilité, et de l’éducation. Des combats moins médiatisés, mais tout aussi cruciaux pour l’avenir du pays.