Maroc : entre prix bloqués, barreau verrouillé et trail des roses, les fractures du quotidien

À Kelâat M’Gouna, un trail célèbre les paysages. À Marrakech, les prix des carburants résistent. À Rabat, le barreau se ferme aux docteurs. Trois symptômes d’un Maroc à deux vitesses.

Maroc : entre prix bloqués, barreau verrouillé et trail des roses, les fractures du quotidien
Photo de Jamey Meirndorf sur Unsplash

Le Maroc avance à plusieurs vitesses. Ce lundi 4 mai 2026, les contrastes sautent aux yeux : d’un côté, une compétition sportive qui met en valeur les paysages du Dadès, de l’autre, des stations-service qui refusent de répercuter la baisse des prix à la pompe. Entre les deux, un débat sur l’accès au barreau qui révèle les blocages d’une profession verrouillée. Trois histoires, un même pays.

Marrakech : quand les pompes à essence jouent contre le pouvoir d’achat

À Marrakech, la colère monte. Malgré une baisse nationale des prix des carburants – environ un dirham par litre depuis le 1er mai –, certaines stations refusent d’ajuster leurs tarifs. Rue de Kmassa, avenue du 11 Janvier ou sur la route de Kelaat Sraghna, des pompes affichent encore les anciens prix, comme si la loi du marché ne s’appliquait pas à elles. "On nous prend pour des vaches à lait", lâche un automobiliste, excédé.

Le problème n’est pas nouveau. Kech24 rappelle que ces mêmes stations avaient déjà été pointées du doigt pendant la pandémie pour des pratiques similaires. À l’époque, les autorités avaient promis des contrôles renforcés. Quatre ans plus tard, rien n’a changé. Ou si peu. La Direction générale de la concurrence et des prix (DGCP) existe, mais son efficacité reste limitée face à des réseaux qui jouent sur l’opacité des marges et la complicité locale.

Pour les Marocains, déjà frappés par l’inflation et la hausse des prix des produits de base, cette résistance des pompistes est un symbole de plus d’un État incapable de faire respecter ses propres règles. "Si même le carburant, un produit réglementé, échappe au contrôle, que reste-t-il ?", s’interroge un internaute sur les réseaux sociaux. La question est rhétorique. La réponse, elle, est dans les embouteillages de Marrakech : un pays où les petits arrangements entre amis priment sur l’intérêt général.


Rabat : le barreau marocain, une citadelle qui se referme

À Rabat, le débat fait rage. Le projet de loi 66.23, qui régit l’accès à la profession d’avocat, est en discussion à la Chambre des représentants. Et les lignes bougent – mais pas dans le sens que beaucoup espéraient. Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP) vient de publier un mémoire dénonçant "la logique du monopole et de la fermeture" qui, selon lui, affaiblit l’apport du droit à l’économie du pays.

Le cœur du problème ? L’accès au barreau est de plus en plus restrictif, notamment pour les docteurs en droit et les professeurs d’université. "On forme des juristes, on leur donne des diplômes, puis on leur ferme la porte au nez", résume un enseignant de la faculté de droit de Rabat. Résultat : des compétences sous-utilisées, une justice qui peine à innover, et une profession qui reste l’apanage d’une élite.

Pourtant, le Maroc a besoin d’avocats. Entre les litiges fonciers, les contentieux commerciaux et les réformes en cours (code de la famille, droit des affaires), la demande est là. Mais le système préfère protéger ses rentes plutôt que d’ouvrir les vannes. "C’est une question de souveraineté juridique", plaident certains. En réalité, c’est surtout une question de pouvoir. Et pour l’instant, le pouvoir reste entre les mains des mêmes.


Kelâat M’Gouna : le trail des roses, ou l’autre visage du Maroc

Pendant ce temps, à 500 kilomètres au sud, Kelâat M’Gouna célèbre son "trail des roses". Plus de 500 coureurs, venus de tout le pays, ont arpenté les paysages verdoyants de la vallée du Dadès sous un soleil printanier. Une parenthèse enchantée, loin des tensions de Rabat ou des frustrations de Marrakech.

Pourtant, même ici, les inégalités territoriales sautent aux yeux. La route qui mène à la vallée est sinueuse, parfois mal entretenue. Les infrastructures touristiques sont concentrées autour de l’événement, mais dès qu’on s’éloigne des sentiers battus, le désert reprend ses droits. "C’est beau, mais c’est éphémère", confie un habitant. "Demain, quand les coureurs seront partis, il ne restera que les mêmes problèmes : l’eau, les routes, les écoles."

Le trail des roses, c’est le Maroc qui brille. Celui qui attire les regards, qui fait la une des journaux, qui donne une image dynamique et moderne. Mais c’est aussi un miroir grossissant des déséquilibres du pays. Entre les régions qui attirent les investissements et celles qui survivent, entre les villes qui se développent et les campagnes qui stagnent, le fossé se creuse.


Ce qu’il faut retenir

Trois histoires, trois symptômes d’un même mal : un Maroc à deux vitesses, où les règles ne s’appliquent pas de la même manière selon que vous êtes à Marrakech, Rabat ou Kelâat M’Gouna.

  • Les prix des carburants : Une baisse nationale qui ne profite pas à tous, et des stations-service qui jouent les francs-tireurs. Preuve que l’État peine à faire respecter ses propres décisions.
  • L’accès au barreau : Une profession qui se referme sur elle-même, au détriment des compétences et de l’innovation. Le droit marocain a besoin de sang neuf, mais les portes restent closes.
  • Le trail des roses : Un événement qui met en valeur les paysages du pays, mais qui rappelle aussi les inégalités territoriales. Le Maroc qui brille et celui qui attend.

Ce lundi 4 mai, le pays avance. Mais pas au même rythme pour tout le monde.