Géopolitique : le Maroc entre pêche saharienne, IA et tensions mondiales

Le Maroc renforce sa souveraineté économique au Sahara via la pêche, tandis que l'IA et les crises régionales redessinent les équilibres géopolitiques. Analyse des enjeux du 28 septembre 2026.

Géopolitique : le Maroc entre pêche saharienne, IA et tensions mondiales
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

La pêche saharienne, levier de souveraineté économique

Le port de Laâyoune confirme son rôle stratégique dans l’économie marocaine. Selon l’Office national des pêches (ONP), les débarquements de pêche côtière et artisanale y ont progressé de 36 % en volume et 16 % en valeur sur les huit premiers mois de 2026, atteignant 186 046 tonnes pour 1,35 milliard de dirhams. Cette performance, portée par une hausse de 52 % des prises de poissons pélagiques, s’inscrit dans une dynamique plus large : le Maroc consolide son emprise sur les ressources halieutiques du Sahara occidental, une zone où sa souveraineté reste contestée sur la scène internationale.

Ces chiffres, publiés dans le dernier rapport de l’ONP, interviennent alors que plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud et l’Algérie, continuent de soutenir le Front Polisario à l’ONU. Pour Rabat, cette croissance économique locale sert de contre-argument aux critiques sur la légitimité de son administration dans la région. "La pêche n’est pas seulement une activité économique, c’est un marqueur de développement et de stabilité", expliquait en 2025 un responsable du ministère de la Pêche, soulignant les investissements dans les infrastructures portuaires et la formation des pêcheurs locaux.

Cette stratégie s’accompagne d’un effort diplomatique. En juillet 2026, le Maroc a obtenu le soutien de 28 pays africains pour son plan d’autonomie du Sahara, lors d’un sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. La pêche, secteur employant directement ou indirectement près de 700 000 personnes dans le royaume, devient ainsi un outil de soft power, combinant croissance économique et légitimation politique.


L’intelligence artificielle, nouveau champ de bataille géopolitique

Alors que les États-Unis et la Chine s’affrontent sur la régulation de l’IA, le Maroc se retrouve au cœur d’un débat qui dépasse largement ses frontières. Les propositions de Dario Amodei, PDG d’Anthropic, visant à ralentir le développement des modèles d’intelligence artificielle, ont relancé les discussions sur les risques systémiques posés par cette technologie. Pour la chroniqueuse de Bloomberg, ces mesures sont insuffisantes : "Freiner l’innovation ne résoudra pas les problèmes de sécurité. Il faut envisager un moratoire sur la recherche elle-même."

Cette position radicale reflète les craintes croissantes des régulateurs européens et américains. L’Union européenne, qui a adopté en 2025 l’AI Act, travaille désormais à un cadre international pour encadrer les usages militaires et civils de l’IA. Le Maroc, qui a lancé en 2024 sa stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, se retrouve pris entre deux feux. D’un côté, les investissements chinois dans les infrastructures technologiques du pays (notamment via Huawei et ZTE) ; de l’autre, les partenariats avec l’UE et les États-Unis en matière de cybersécurité et de formation.

"Le Maroc a tout intérêt à jouer un rôle de médiateur", estime un expert en géopolitique des technologies, interrogé par Le Monde. "Son positionnement entre l’Afrique et l’Europe, ainsi que sa neutralité relative dans les tensions sino-américaines, en fait un acteur crédible pour proposer des solutions équilibrées." Cette approche pourrait se concrétiser lors du sommet mondial sur l’IA, prévu en novembre 2026 à Marrakech, où le royaume compte présenter ses propositions pour une gouvernance inclusive.


Sécurité internationale : les leçons des crises récentes

Deux événements survenus ce week-end illustrent la fragilité des équilibres sécuritaires mondiaux. En Afrique du Sud, une série de fusillades meurtrières a fait plus de 130 morts depuis janvier 2026, dont 27 lors d’attaques coordonnées dans des tavernes du Cap et de Johannesburg. Ces violences, attribuées à des gangs armés et à des conflits entre factions criminelles, soulignent l’incapacité des autorités à endiguer la criminalité organisée, malgré les promesses du gouvernement Ramaphosa.

À 9 000 kilomètres de là, au Royaume-Uni, l’arrestation de cinq hommes soupçonnés de préparer un attentat près de la base militaire de Fairford – utilisée par l’US Air Force – a ravivé les craintes d’une résurgence du terrorisme d’inspiration iranienne. Selon The Guardian, les enquêteurs étudient des liens possibles avec des réseaux pro-iraniens, bien que Téhéran ait démenti toute implication. Cette affaire intervient dans un contexte de tensions accrues entre Londres et Téhéran, après l’expulsion réciproque de diplomates en août 2026.

Pour le Maroc, ces crises rappellent l’importance de sa diplomatie proactive. Engagé dans la stabilisation du Sahel et en médiation dans plusieurs conflits régionaux, le royaume a renforcé sa coopération sécuritaire avec l’UE et les États-Unis, notamment dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. "La sécurité de l’Europe passe par la stabilité de l’Afrique, et inversement", déclarait en juin 2026 le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d’une conférence à Bruxelles.


Ce qu’il faut retenir

  1. Souveraineté économique : La pêche au Sahara occidental devient un enjeu à la fois économique et diplomatique pour le Maroc, qui mise sur le développement local pour renforcer sa légitimité dans la région.
  2. IA et géopolitique : Le débat sur la régulation de l’intelligence artificielle place le Maroc en position de médiateur potentiel, entre les intérêts chinois, américains et européens.
  3. Sécurité globale : Les crises en Afrique du Sud et au Royaume-Uni montrent que les menaces – qu’elles soient criminelles ou terroristes – transcendent les frontières, renforçant la pertinence de la diplomatie marocaine.
  4. Opportunités et risques : Entre croissance économique, avancées technologiques et tensions régionales, le Maroc doit naviguer avec prudence pour préserver ses intérêts stratégiques.

Dans un monde où les équilibres géopolitiques se redessinent à un rythme accéléré, le royaume mise sur une approche multidimensionnelle : développement économique, innovation technologique et diplomatie active. Une stratégie qui, si elle porte ses fruits, pourrait faire du Maroc un acteur incontournable des relations internationales dans les années à venir.