Maroc : pêche, déchets et régulation numérique, les signaux économiques de la semaine

Laâyoune enregistre une hausse de 36% des débarquements de pêche, tandis que Casablanca mise sur la valorisation des déchets. Le Maroc renforce aussi sa lutte contre la cybercriminalité.

Maroc : pêche, déchets et régulation numérique, les signaux économiques de la semaine
Photo de Chris King sur Unsplash

Le Maroc affiche cette semaine des dynamiques économiques contrastées, entre relance sectorielle, transition écologique et adaptation aux défis technologiques. Si certains indicateurs trahissent une vulnérabilité persistante face au climat, d’autres révèlent une capacité à innover et à s’insérer dans des chaînes de valeur régionales. Tour d’horizon des mouvements qui dessinent l’économie du pays.

Laâyoune, port phare d’une pêche côtière en reprise

Le port de Laâyoune confirme son rôle central dans la filière halieutique marocaine. Selon les dernières statistiques de l’Office national des pêches (ONP), les débarquements y ont progressé de 36 % en volume et de 16 % en valeur au cours des huit premiers mois de 2026, par rapport à la même période l’an dernier. Avec 186 046 tonnes de produits de la mer déchargées, pour une valeur marchande de 1,35 milliard de dirhams (MMDH), le port saharien dépasse désormais son niveau de 2025, marqué par des perturbations logistiques et une baisse des captures.

Cette performance s’explique en grande partie par la hausse des prises de poissons pélagiques (+52 %), qui représentent près de 90 % des volumes débarqués. Une tendance qui reflète à la fois une amélioration des conditions de pêche dans la zone atlantique sud et une demande soutenue sur les marchés locaux et africains. L’ONP souligne cependant que cette reprise reste fragile, exposée aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours internationaux.

Pour les acteurs locaux, ces chiffres offrent une bouffée d’oxygène après deux années difficiles. "La filière artisanale, qui emploie des milliers de familles à Laâyoune et Dakhla, retrouve un peu de stabilité", explique un responsable syndical cité par Médias24. Reste à savoir si cette embellie se traduira par des investissements durables dans les infrastructures portuaires et les unités de transformation, encore largement dépendantes des subventions publiques.

Casablanca mise sur la valorisation des déchets

Le Maroc accélère sa transition vers une économie circulaire, avec un projet phare à Casablanca. Un consortium associant les groupes Butec et Kanadevia Inova vient de remporter un contrat clé pour la conception et la construction d’une unité de valorisation énergétique des déchets dans la capitale économique. Ce projet, présenté comme une première à cette échelle en Afrique du Nord, s’inscrit dans la stratégie nationale de réduction des déchets envoyés en décharge et de production d’énergie renouvelable.

Selon la plateforme spécialisée Attaqa, l’installation devrait traiter plusieurs centaines de milliers de tonnes de déchets par an, avec une capacité de production électrique destinée à alimenter le réseau local. "C’est un levier stratégique pour atteindre nos objectifs en matière de réduction des émissions de CO₂ et de diversification énergétique", souligne un communiqué du ministère de la Transition énergétique.

Le Maroc rejoint ainsi l’Égypte, autre pays africain en pointe sur ce créneau, avec plusieurs projets similaires en cours dans la région du Caire. Pour les autorités marocaines, cette initiative s’inscrit dans une logique plus large de modernisation des infrastructures urbaines, alors que les déchets solides représentent un défi croissant pour les grandes villes du pays.

Régulation numérique : le Maroc dans le sillage d’Abou Dhabi

La lutte contre la cybercriminalité prend une dimension internationale avec l’adoption, lors du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime, de la Déclaration d’Abou Dhabi. Ce texte, approuvé par les États membres, marque un tournant dans la coordination mondiale face à l’évolution des menaces criminelles, amplifiées par l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies.

La Déclaration identifie deux phénomènes émergents particulièrement préoccupants : le "crime en tant que service" (CaaS), où des réseaux organisés proposent des outils et des compétences criminelles à la demande, et la "violence en tant que service", qui externalise des actes violents via des plateformes numériques. Ces modèles, selon les experts, exploitent les failles institutionnelles et les disparités législatives entre pays pour échapper aux poursuites.

Pour le Maroc, cette déclaration intervient à un moment clé. Le pays, déjà engagé dans une refonte de son arsenal juridique numérique, pourrait s’inspirer des recommandations d’Abou Dhabi pour renforcer sa coopération régionale, notamment avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. "La cybercriminalité ne connaît pas de frontières. Une réponse coordonnée est indispensable", estime un responsable du ministère de la Justice, interrogé par Hespress.

Cette dynamique s’accompagne d’un durcissement des contrôles sur les contenus en ligne, comme en témoigne le rapport du Forum Azzahrae sur les législatives de 2026. L’organisation y dénonce des "dérives structurelles" dans l’accès aux bureaux de vote pour les personnes en situation de handicap, mais aussi une "violence numérique" ciblant les candidates et les observatrices. Un phénomène qui rappelle l’urgence d’une régulation plus stricte des réseaux sociaux, sans pour autant sacrifier les libertés individuelles.

Ce qu’il faut retenir

Trois enseignements se dégagent de cette semaine économique :

  1. La résilience sectorielle : La pêche côtière, malgré sa vulnérabilité climatique, montre une capacité à rebondir, portée par des ports comme Laâyoune. Une dynamique à consolider par des investissements dans la transformation et la logistique.
  2. L’écologie comme levier économique : Le projet de Casablanca illustre une volonté de transformer les déchets en ressources, un modèle qui pourrait être dupliqué dans d’autres villes. Reste à évaluer son impact réel sur les émissions et l’emploi local.
  3. La régulation numérique en chantier : Le Maroc se trouve à la croisée des chemins entre coopération internationale et adaptation de son cadre juridique. La Déclaration d’Abou Dhabi offre une feuille de route, mais son application dépendra de la capacité des institutions à concilier sécurité et libertés.

Dans un contexte marqué par les incertitudes climatiques et géopolitiques, ces signaux montrent que l’économie marocaine cherche à diversifier ses moteurs de croissance, tout en renforçant sa résilience face aux chocs externes. Une équation complexe, mais nécessaire.