Maroc : entre négociation gouvernementale et tensions régionales, les équilibres du 4 octobre
L’Union constitutionnelle mandate son secrétaire général pour former le nouvel exécutif, tandis que la Cisjordanie s’embrase et que l’Espagne affronte une montée de l’extrême droite.
Le Maroc aborde ce dimanche 4 octobre 2026 une période charnière, où les tractations politiques internes croisent des tensions régionales persistantes. Entre la désignation d’un négociateur pour former le prochain gouvernement et les violences en Cisjordanie, le pays se trouve à la confluence de dynamiques locales et internationales qui pourraient redessiner ses équilibres.
L’Union constitutionnelle en première ligne des négociations
L’Union constitutionnelle (UC) a franchi une étape décisive samedi en mandatant son secrétaire général, Mohamed Joudar, pour conduire les consultations avec la cheffe du gouvernement désignée, Fatima Ezzahra El Mansouri. Cette décision, prise à l’unanimité par le bureau politique du parti, s’inscrit dans un contexte post-législatives où la formation d’une coalition stable reste un défi majeur.
L’UC, l’un des principaux partis représentés au Parlement après les élections du 23 septembre, a accordé à Joudar les "pleins pouvoirs" pour prendre les décisions qu’il jugera nécessaires. Dans un communiqué, le parti a souligné son "engagement positif" dans le processus, tout en insistant sur la nécessité de "préserver la place du parti et de servir l’intérêt supérieur de la Nation". Cette formulation, volontairement ouverte, laisse entrevoir des négociations serrées, où les équilibres politiques et les priorités sectorielles pourraient peser lourd.
Pour les observateurs, cette désignation marque un tournant. Joudar, figure expérimentée de l’UC, devra composer avec des attentes divergentes : d’un côté, les impératifs de stabilité politique après une campagne électorale marquée par des débats sur la santé, l’économie et les migrations ; de l’autre, les pressions internes au parti, où certains courants pourraient chercher à influencer la répartition des portefeuilles ministériels. Le temps presse : le Maroc, engagé dans une transition énergétique et confronté à des défis sociaux croissants, ne peut se permettre une longue période d’incertitude institutionnelle.
Cisjordanie : la récolte des oliviers sous le feu des tensions
À des milliers de kilomètres de Rabat, la Cisjordanie occupée s’embrase à nouveau, avec des répercussions qui dépassent largement les frontières palestiniennes. Samedi, des colons israéliens, soutenus selon des témoins par des soldats, ont pris le contrôle d’oliveraies palestiniennes près du village de Beita, dans le nord du territoire. Plusieurs blessés ont été signalés, et des affrontements ont éclaté entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes.
Octobre marque traditionnellement le début de la récolte des olives, une activité économique et culturelle vitale pour les Palestiniens. Cette année, cependant, la saison s’ouvre dans un climat de violence exacerbée. Les attaques de colons se multiplient, souvent avec la complicité passive ou active de l’armée israélienne, selon des organisations de défense des droits humains. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu, à l’approche des législatives du 27 octobre, semble peu enclin à modérer ces actions, qui bénéficient d’un soutien croissant au sein de la coalition au pouvoir.
Pour le Maroc, cette escalade pose un dilemme diplomatique. Le royaume, qui a toujours défendu la cause palestinienne, se trouve aujourd’hui dans une position délicate. D’un côté, il maintient des relations étroites avec Israël, notamment dans les domaines sécuritaire et économique ; de l’autre, il ne peut ignorer les attentes de sa population et des pays arabes frères. La question palestinienne reste un marqueur fort de la politique étrangère marocaine, et toute prise de position trop timorée pourrait être perçue comme un abandon des principes historiques du pays.
À ce stade, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des autorités marocaines. Mais la pression monte, notamment dans les milieux associatifs et médiatiques, où les appels à une condamnation claire se font plus pressants. La manière dont Rabat choisira de répondre à cette crise pourrait influencer ses relations avec les deux parties, ainsi qu’avec les États-Unis et l’Union européenne, principaux acteurs du dossier.
Espagne : l’extrême droite à l’assaut du droit au logement
Plus près géographiquement, mais tout aussi préoccupante pour le Maroc, la montée des tensions en Espagne autour du droit au logement illustre les fractures politiques qui traversent l’Europe. Samedi soir, des dizaines de militants d’extrême droite ont défilé dans le centre de Madrid, certains faisant le salut nazi, avant de tenter de rejoindre un campement de militants pro-logement installé sur la Puerta del Sol. La police a dû intervenir pour éviter des affrontements directs.
Ce rassemblement intervient dans un contexte de crise immobilière aiguë en Espagne, où les prix des loyers et de l’immobilier ont explosé ces dernières années, poussant des milliers de personnes dans la précarité. Des manifestations massives ont eu lieu samedi dans plusieurs villes du pays, réclamant des mesures urgentes pour encadrer les loyers et augmenter l’offre de logements sociaux.
Pour le Maroc, cette situation n’est pas sans conséquences. L’Espagne reste un partenaire économique et migratoire clé, et toute instabilité politique ou sociale de l’autre côté du détroit pourrait avoir des répercussions directes. Les flux migratoires, déjà un sujet sensible entre les deux pays, pourraient être affectés par une radicalisation accrue de la société espagnole. Par ailleurs, les investissements espagnols au Maroc, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, pourraient être freinés par un climat d’incertitude.
Plus largement, cette montée de l’extrême droite en Espagne s’inscrit dans une tendance européenne qui inquiète Rabat. Le Maroc, qui entretient des relations complexes avec plusieurs pays du continent, doit composer avec des gouvernements de plus en plus polarisés, où les discours anti-immigration et anti-islam gagnent du terrain. La manière dont il gérera ces relations dans les mois à venir pourrait déterminer son influence en Europe, notamment dans les négociations sur les accords commerciaux et migratoires.
Ce qu’il faut retenir
Ce dimanche 4 octobre 2026, le Maroc se trouve à la croisée de plusieurs dynamiques. Sur le plan interne, la formation du gouvernement entre dans une phase active, avec l’Union constitutionnelle en position de force. Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si une coalition stable peut émerger, ou si le pays devra composer avec une période d’incertitude politique.
Sur le plan régional, les violences en Cisjordanie et la montée des tensions en Espagne rappellent que les équilibres géopolitiques restent fragiles. Pour Rabat, ces crises représentent autant de défis que d’opportunités. Une réponse mesurée, mais ferme, pourrait renforcer sa position sur la scène internationale, tandis qu’une attitude trop prudente risquerait de le marginaliser.
Dans les deux cas, une chose est certaine : les décisions prises dans les semaines à venir auront des répercussions bien au-delà des frontières marocaines.