Maroc : mobilité urbaine, éducation et diplomatie, les chantiers sociaux de l'été
Entre réformes locales et partenariats internationaux, le Maroc avance sur des dossiers structurants : transport à Essaouira, école à Marrakech et relance des investissements franco-marocains.
Transport à Essaouira : un secteur en crise sous le feu des critiques
Le système de transport urbain d’Essaouira fait l’objet d’une attention parlementaire inédite. La députée Malika Akhchakh a interpellé le ministre des Transports et de la Logistique, pointant des "dysfonctionnements structurels" qui menacent la sécurité et la dignité des usagers. Selon ses observations, relayées par Kech24, les bus en circulation souffrent d’un état de dégradation avancé, avec des pannes mécaniques fréquentes en pleine journée et des conditions de transport jugées indignes – absence de climatisation, sièges défectueux, et respect aléatoire des normes de sécurité.
Le problème dépasse le simple confort. La députée souligne que l’absence de desserte régulière dans plusieurs communes de la province aggrave l’isolement des populations, notamment les élèves et étudiants contraints à des trajets coûteux et chronophages. "Un lycéen de la commune rurale de Smimou peut passer jusqu’à trois heures par jour dans les transports pour rejoindre son établissement", explique-t-elle. Ce constat rejoint les préoccupations exprimées par des associations locales, qui dénoncent depuis des mois l’absence de plan de modernisation pour un parc vieillissant, dont une partie des véhicules date des années 2000.
La réponse du ministère n’a pas encore été rendue publique, mais le dossier s’inscrit dans un contexte plus large de réforme du transport interurbain. Le Maroc a lancé en 2025 un plan national visant à électrifier 30 % de son parc de bus d’ici 2030, avec un accent particulier sur les villes touristiques comme Essaouira, où la mobilité conditionne aussi l’attractivité économique. Reste à savoir si les mesures annoncées suffiront à combler le retard accumulé.
Marrakech : une école pour désenclaver un quartier périphérique
À une vingtaine de kilomètres du centre-ville de Marrakech, le douar Knoun, dans la zone de Nakhil, va enfin accueillir une école primaire. Le projet, longtemps bloqué par des lenteurs administratives, a été débloqué grâce à l’intervention directe de la présidente de la commune, Fatima Zahra Mansouri. Selon des sources proches du dossier, citées par Kech24, la mairie a accéléré les procédures d’expropriation d’un terrain de 2 785 m², en collaboration avec la direction des Domaines de l’État.
Ce chantier illustre les défis de l’aménagement éducatif dans les périphéries urbaines. Le Maroc compte encore près de 4 000 écoles en zones rurales ou périurbaines à construire ou réhabiliter, selon un rapport du Conseil supérieur de l’éducation publié en 2025. À Marrakech, où la pression démographique s’accentue avec l’arrivée de nouvelles populations, l’enjeu est double : éviter la saturation des établissements existants et lutter contre la désertification scolaire, qui touche particulièrement les filles dans les quartiers excentrés.
Le projet de Knoun s’inscrit dans une dynamique plus large de décentralisation des infrastructures. La région de Marrakech-Safi a bénéficié en 2026 d’un fonds spécial de 1,2 milliard de dirhams pour la construction d’écoles et de centres de santé, financé à parts égales par l’État et la Banque mondiale. Si les délais sont respectés, l’école devrait ouvrir ses portes à la rentrée 2027, offrant une solution à près de 300 élèves actuellement contraints de parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre en classe.
Maroc-France : un partenariat économique relancé, mais sous conditions
La visite officielle du Premier ministre français à Rabat, les 15 et 16 juillet, a marqué un tournant dans les relations bilatérales. Pour la première fois depuis 2022, un chef de gouvernement français choisit le Maroc comme destination de son premier déplacement hors d’Europe, un geste symbolique qui confirme le réchauffement diplomatique entre les deux pays. Mais au-delà des déclarations d’intention, c’est sur le terrain économique que les attentes sont les plus fortes.
Selon Hespress, qui a eu accès à des éléments du programme de la visite, l’accent a été mis sur trois secteurs clés : les énergies renouvelables, l’industrie automobile et les technologies vertes. Paris a notamment annoncé un fonds de 500 millions d’euros pour soutenir les projets marocains dans l’hydrogène vert, un domaine où le Royaume cherche à devenir un hub régional. Les provinces du Sud, en particulier Dakhla et Laâyoune, sont explicitement citées comme prioritaires, avec la promesse d’investissements dans les infrastructures portuaires et logistiques.
Ce rapprochement intervient après deux années de tensions, liées notamment à la question du Sahara occidental et à des divergences sur la gestion des flux migratoires. Si la France a réaffirmé son soutien à la proposition marocaine d’autonomie sous souveraineté, elle a aussi insisté sur la nécessité de "stabiliser les relations avec l’Algérie", un partenaire économique incontournable pour les projets énergétiques régionaux.
Pour le Maroc, cette relance arrive à point nommé. Le pays traverse une phase de ralentissement économique, avec une croissance estimée à 2,8 % en 2026 (contre 3,4 % en 2025), selon la Banque mondiale. Les investissements français pourraient aider à compenser le recul des capitaux espagnols et allemands, traditionnellement importants dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. Reste à voir si les promesses se traduiront par des contrats concrets – un enjeu crucial à l’approche des élections législatives marocaines, prévues en octobre.
Ce qu’il faut retenir
- Mobilité en crise : Le transport urbain à Essaouira, marqué par des bus vétustes et une desserte inégale, devient un enjeu politique. La question dépasse le confort : elle touche à l’accès à l’éducation et à la réduction des inégalités territoriales.
- Éducation en mouvement : Le projet d’école à Marrakech montre que les collectivités locales prennent de plus en plus d’initiatives pour désenclaver les quartiers périphériques. Un modèle à suivre pour d’autres villes confrontées à la croissance démographique.
- Diplomatie économique : La visite du Premier ministre français relance les investissements, mais avec une conditionnalité implicite : le Maroc devra naviguer entre ses alliances européennes et ses relations avec l’Algérie, un équilibre délicat à l’heure où les tensions régionales persistent.
Ces trois dossiers illustrent une réalité commune : les défis sociaux du Maroc se jouent désormais à l’échelle locale, mais leurs solutions dépendent souvent de leviers nationaux – voire internationaux.