Maroc : mémoire rifaine, éducation en danger et tensions sociales en juillet 2026

Cent ans après la guerre du Rif, le contentieux mémoriel persiste. L'UNESCO alerte sur un recul de 30% de l'aide à l'éducation, tandis que des pêcheurs protestent contre des dysfonctionnements logistiques.

Maroc : mémoire rifaine, éducation en danger et tensions sociales en juillet 2026
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Cent ans après la guerre du Rif, un contentieux mémoriel toujours vif

La guerre menée par Abd El-Krim entre 1921 et 1926 dans le Rif marque encore profondément les relations entre cette région berbère du nord du Maroc et les institutions centrales. Un siècle après les faits, ce conflit, qui avait inspiré les mouvements indépendantistes africains, reste au cœur d’un débat mémoriel non résolu. Selon Le Monde, cette période historique, souvent présentée comme un symbole de résistance, continue de diviser : d’un côté, une mémoire locale qui revendique la reconnaissance des sacrifices rifains, de l’autre, une narration nationale qui peine à intégrer pleinement cet épisode dans son récit officiel.

Les commémorations, lorsqu’elles ont lieu, sont souvent l’occasion de tensions discrètes mais persistantes. Les autorités marocaines, tout en saluant le rôle d’Abd El-Krim dans la lutte anticoloniale, évitent soigneusement de s’engager sur des réparations symboliques ou matérielles, craignant d’ouvrir une boîte de Pandore régionale. Pour les Rifains, cette prudence est perçue comme une forme de mépris, voire d’oubli. "La mémoire ne se négocie pas", résumait récemment un universitaire rifain dans une tribune publiée par Hespress, soulignant que le silence des institutions alimente un ressentiment tenace.

Ce contentieux mémoriel n’est pas sans conséquences politiques. Il explique en partie la méfiance persistante entre le Rif et Rabat, une région où les mouvements de protestation, comme celui du Hirak en 2016-2017, ont souvent puisé dans cette histoire pour nourrir leurs revendications. Cent ans plus tard, la question rifaine reste un miroir des fractures territoriales du Maroc, entre centre et périphérie, entre histoire officielle et mémoires locales.


L’UNESCO alerte : l’aide internationale à l’éducation pourrait chuter de 30%

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a lancé une alerte sévère dans son dernier Rapport mondial de suivi sur l’éducation : l’aide internationale à l’éducation pourrait reculer de 30 % entre 2023 et 2027. Une projection qui, si elle se confirme, aurait des répercussions majeures sur les systèmes éducatifs des pays les plus vulnérables, dont le Maroc.

Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, a souligné lors du Sommet sur la transformation de l’éducation (TES+4) que cette baisse "perpétuerait un cycle de sous-investissement, d’inégalités et de développement au ralenti". Pour le Maroc, où l’éducation est déjà un chantier prioritaire – avec des taux de décrochage scolaire élevés dans certaines régions et des inégalités persistantes entre zones urbaines et rurales –, cette perspective est particulièrement inquiétante.

Le royaume a pourtant fait de l’éducation une priorité affichée, avec des réformes successives visant à moderniser les programmes et à améliorer l’accès à l’école. Mais ces efforts pourraient être compromis par le désengagement des bailleurs internationaux. "Sans financement extérieur, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent", explique un expert en politiques éducatives, qui pointe du doigt les arbitrages difficiles auxquels le gouvernement pourrait être confronté : privilégier les infrastructures, les salaires des enseignants ou la formation continue ?

Cette alerte de l’UNESCO intervient dans un contexte où le Maroc, comme d’autres pays africains, mise sur l’éducation pour accompagner sa transition économique et sociale. Une baisse de l’aide internationale risquerait de creuser davantage les écarts, notamment dans les zones défavorisées, où les écoles publiques peinent déjà à offrir des conditions d’apprentissage décentes.


Pêcheurs de Safi en grève : quand les dysfonctionnements logistiques paralysent un secteur

À Safi, les pêcheurs artisanaux ont décidé de suspendre leurs activités ce mardi 14 juillet pour protester contre les dysfonctionnements dans la distribution des caisses en plastique, indispensables à la conservation du poisson. Une situation qui, selon le Bureau syndical des armateurs et marins de la pêche côtière, menace non seulement leurs revenus, mais aussi ceux de toute la filière.

Dans une correspondance adressée aux autorités portuaires, le syndicat – affilié à l’Union marocaine du travail (UMT) – dénonce l’insuffisance des caisses disponibles, malgré plusieurs réunions avec le Bureau national de la pêche maritime (ONP) et d’autres administrations. "Ce manque nous oblige à réduire nos sorties en mer, ce qui diminue les recettes de l’État, celles de la commune, de l’ONP, et bien sûr, les nôtres", peut-on lire dans le document, qui souligne également les pertes pour les mareyeurs et les familles des marins.

Les pêcheurs de Safi ne sont pas les seuls à subir les conséquences de ces dysfonctionnements. Dans d’autres ports marocains, comme Agadir ou Dakhla, des tensions similaires ont éclaté ces derniers mois, révélant les fragilités logistiques d’un secteur clé pour l’économie nationale. Le Maroc, qui exporte une partie importante de sa production halieutique vers l’Europe et l’Afrique, dépend en effet d’une chaîne d’approvisionnement fluide pour maintenir sa compétitivité.

Pour les autorités, cette grève est un nouveau signal d’alarme. Le secteur de la pêche, qui emploie directement ou indirectement des centaines de milliers de personnes, est confronté à plusieurs défis : la surpêche, la concurrence des flottes industrielles, mais aussi des problèmes d’organisation et de gouvernance. "Il ne s’agit pas seulement de distribuer des caisses, mais de repenser toute la logistique portuaire pour qu’elle soit à la hauteur des enjeux économiques", estime un observateur du secteur.

En attendant, les pêcheurs de Safi espèrent que leur mouvement fera bouger les lignes. "Nous ne demandons pas la lune, juste les moyens de travailler dans des conditions dignes", résume un marin. Une revendication qui, à l’heure où le Maroc mise sur ses ressources maritimes pour diversifier son économie, prend une résonance particulière.