Maroc : marchés financiers, crime organisé et régulation, les innovations discrètes

L'AMMC délivre 31 visas d'OPCVM en septembre, tandis qu'un rapport de l'ONU révèle la mutation du crime organisé vers des marchés légaux. Contexte et enjeux.

Maroc : marchés financiers, crime organisé et régulation, les innovations discrètes
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Marchés financiers : l’AMMC accélère les agréments en pleine conjoncture tendue

Le mois de septembre 2026 a marqué une étape significative pour le marché des capitaux marocain. L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a délivré un agrément et 31 visas pour des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), selon un communiqué publié jeudi. Parmi les bénéficiaires figurent des acteurs majeurs comme CDG Capital Gestion, Red Med Asset Management, BMCE Capital Gestion, Valoris Management et Wafa Gestion.

Cette dynamique intervient dans un contexte boursier morose. La Bourse de Casablanca a clôturé le troisième trimestre en baisse, avec un repli de 2,66 % de son indice phare, le MASI, qui s’établit à 17 733,06 points. Le MASI 20, qui suit les 20 valeurs les plus liquides, a reculé de 4 %, tandis que le MASI Mid and Small Cap, dédié aux petites et moyennes entreprises, a chuté de 5,75 %. Seul le MASI ESG, indice des entreprises les mieux notées en matière environnementale, sociale et de gouvernance, a progressé de 1,39 %, atteignant 1 314,85 points.

Ces chiffres reflètent une prudence accrue des investisseurs, alors que l’économie marocaine fait face à des défis structurels, notamment en matière de liquidités bancaires et de ralentissement dans des secteurs clés comme le BTP. Pourtant, l’activité de l’AMMC suggère une volonté de fluidifier l’accès aux instruments financiers, peut-être pour attirer des capitaux en quête de diversification.


Crime organisé : quand les réseaux se reconvertissent dans l’économie légale

Un rapport de l’Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la justice (UNICRI), présenté lors du 15e Congrès de l’ONU pour la prévention du crime à Abou Dhabi, révèle une transformation inquiétante des réseaux criminels transnationaux. Intitulé « Criminalité et justice dans un monde en mutation », le document montre que la baisse des homicides – passée de 5,9 pour 100 000 habitants en 2015 à 5,2 en 2023 – ne signifie pas un affaiblissement des organisations criminelles. Au contraire, celles-ci se réorientent vers des marchés légaux, plus rentables et moins risqués.

Le Maroc, plaque tournante historique du trafic de drogue et de la contrebande, n’échappe pas à cette tendance. Selon l’UNICRI, les réseaux criminels investissent désormais dans des secteurs comme l’immobilier, l’agroalimentaire, les énergies renouvelables ou encore les technologies financières. « La frontière entre économie légale et illégale s’estompe », note le rapport, soulignant que ces activités permettent un blanchiment efficace des capitaux tout en générant des profits comparables, voire supérieurs, à ceux des trafics traditionnels.

Cette mutation pose un défi majeur pour les autorités marocaines, qui doivent adapter leurs outils de lutte contre le crime organisé. La coopération internationale, déjà renforcée dans le cadre de la lutte antidrogue, devra désormais intégrer une dimension économique et financière plus large. Le rapport de l’UNICRI suggère notamment un renforcement des mécanismes de traçabilité des flux financiers et une meilleure coordination entre les régulateurs bancaires, les douanes et les services de renseignement.


Régulation économique : entre opportunités et vigilance

Les deux sujets précédents – l’activité de l’AMMC et la reconversion des réseaux criminels – illustrent les tensions qui traversent l’économie marocaine. D’un côté, une régulation proactive des marchés financiers vise à attirer des investissements et à moderniser le secteur. De l’autre, la porosité entre économie légale et illégale exige une vigilance accrue pour éviter que les capitaux criminels ne contaminent des secteurs stratégiques.

Cette dualité n’est pas propre au Maroc. Le rapport de l’UNICRI souligne que la mondialisation et la digitalisation des échanges ont créé des opportunités inédites pour les organisations criminelles, capables de s’adapter plus rapidement que les législations nationales. « Les États doivent repenser leurs approches », estime l’institut, en combinant répression ciblée et prévention économique.

Pour le Maroc, cette équation est d’autant plus cruciale que le pays mise sur son attractivité financière pour soutenir sa croissance. Les visas délivrés par l’AMMC en septembre s’inscrivent dans cette logique, mais ils devront s’accompagner de mécanismes de contrôle renforcés pour éviter les dérives. La transparence des flux financiers et la lutte contre le blanchiment seront des enjeux clés dans les années à venir, alors que le pays cherche à se positionner comme un hub régional pour les investissements.


Ce qu’il faut retenir

  1. Marchés financiers en mouvement : L’AMMC a délivré 31 visas d’OPCVM en septembre, un signal positif pour un secteur en quête de dynamisme, malgré un troisième trimestre boursier en baisse.
  2. Crime organisé 2.0 : Les réseaux criminels se reconvertissent dans l’économie légale, investissant dans des secteurs comme l’immobilier ou les énergies renouvelables pour blanchir leurs capitaux.
  3. Régulation à double vitesse : Le Maroc doit concilier attractivité financière et lutte contre les infiltrations criminelles, dans un contexte où les frontières entre légalité et illégalité s’estompent.
  4. Coopération internationale indispensable : La réponse à ces défis passera par une meilleure coordination entre les régulateurs nationaux et les partenaires étrangers, notamment en matière de traçabilité financière.

Dans un environnement économique incertain, ces dynamiques rappellent que l’innovation ne se limite pas aux technologies, mais touche aussi aux mécanismes de régulation et aux stratégies de résilience face aux nouvelles formes de criminalité.