Maroc : littérature, climat et tensions énergétiques, les enjeux du 15 août
Décès de Mohamed Serghini, prévisions météo contrastées, blocage d'une cargaison d'essence en Russie et renforcement des liaisons aériennes avec Dubaï : les défis culturels et environnementaux du jour.
Un géant des lettres marocaines s’éteint
Le Maroc a perdu l’une de ses figures intellectuelles les plus marquantes. Mohamed Serghini, écrivain, poète et critique littéraire, est décédé vendredi à l’âge de 96 ans, des suites d’une longue maladie. Né à Fès en 1930, il a marqué plusieurs générations par une œuvre foisonnante, à la croisée de la poésie, de la critique, de la traduction et de la philosophie. Son recueil Tahta Al-Anqadh, Faouqa Al-Anqadh (Sous les ruines, au-dessus des ruines), publié en 1978, lui avait valu le Prix du Maroc du Livre et reste une référence de la modernité poétique arabe.
Serghini a également joué un rôle clé dans la diffusion de la pensée critique au Maroc, mêlant sémiotique, études postcoloniales et réflexion sur la langue. Ses travaux sur la traduction, notamment des œuvres de Nietzsche et de Heidegger en arabe, ont contribué à ouvrir le champ littéraire marocain aux influences européennes, tout en défendant une approche ancrée dans les réalités locales. « Il a su concilier l’universel et le particulier, sans jamais sacrifier l’un à l’autre », résumait en 2020 l’universitaire Abdellatif Laâbi, lui-même poète et figure majeure de la littérature maghrébine.
Son décès intervient dans un contexte où le paysage culturel marocain fait face à des défis majeurs : la numérisation des archives, la préservation des langues locales (amazighe en tête) et la place des auteurs dans un marché du livre de plus en plus dominé par les best-sellers internationaux. Serghini laisse derrière lui une vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs inédits, selon ses proches. Une perte qui rappelle l’urgence de valoriser un patrimoine littéraire menacé par l’oubli.
Météo : entre chaleur persistante et risques orageux
Les prévisions de la Direction générale de la météorologie pour ce samedi 15 août dessinent un Maroc aux visages contrastés. Si le Sud-Est, l’Est et les provinces sahariennes subissent des températures caniculaires – entre 24 et 29°C la nuit, bien au-dessus des normales saisonnières –, le nord du pays est placé sous surveillance pour des phénomènes violents.
Des averses orageuses, localement fortes et accompagnées de grêle, sont attendues sur le Moyen et le Haut Atlas, ainsi que dans l’Oriental. Le Rif et le Sud-Est ne sont pas épargnés, avec des orages isolés susceptibles de provoquer des inondations éclair, comme celles qui avaient frappé la région de Taza en juillet dernier. Les côtes atlantiques et méditerranéennes, quant à elles, connaîtront des formations brumeuses matinales, tandis que des rafales de vent – pouvant atteindre 70 km/h – balaieront l’Oriental et les provinces sahariennes, soulevant des nuages de poussière.
Ces conditions météorologiques reflètent une tendance de fond : l’accentuation des extrêmes climatiques au Maroc. Selon un rapport du Haut-Commissariat au Plan publié en 2025, les vagues de chaleur ont augmenté de 30 % en fréquence depuis les années 2000, tandis que les épisodes pluvieux intenses se multiplient, mettant à rude épreuve les infrastructures urbaines et agricoles. La vallée de la Moulouya, déjà touchée par la désertification, figure parmi les zones les plus vulnérables.
Essence marocaine bloquée en Russie : un symbole des tensions énergétiques
Une cargaison d’essence en provenance du Maroc est actuellement bloquée dans le port russe de Mourmansk, sur la côte arctique. Importée par la Russie pour pallier les pénuries causées par les attaques ukrainiennes contre ses raffineries, cette livraison cristallise les tensions autour des prix de l’énergie sur le marché intérieur russe. Selon l’agence Infotec, citée par Hespress, les compagnies pétrolières russes refusent de payer le prix demandé par les fournisseurs marocains et indiens, exigeant une baisse significative pour écouler le carburant sur un marché déjà sous pression.
Ce blocage illustre les paradoxes de la crise énergétique actuelle. D’un côté, la Russie, traditionnellement exportatrice d’hydrocarbures, se tourne vers des fournisseurs inattendus – dont le Maroc – pour compenser ses pertes de production. De l’autre, les désaccords sur les tarifs révèlent les limites d’une stratégie de substitution dans un contexte de sanctions internationales et de volatilité des cours. Pour le Maroc, ce contretemps pourrait avoir des répercussions limitées : le pays exporte principalement des produits raffinés vers l’Europe et l’Afrique, et cette transaction avec la Russie reste marginale.
Cependant, l’épisode rappelle la dépendance du royaume aux fluctuations des marchés énergétiques, malgré ses efforts pour développer les énergies renouvelables. Avec une capacité installée de 4,5 GW en solaire et éolien (soit 40 % de son mix énergétique en 2026), le Maroc reste tributaire des importations de pétrole et de gaz pour couvrir ses besoins industriels et domestiques. La crise russe pourrait ainsi relancer les débats sur l’accélération de la transition énergétique, alors que le pays mise sur l’hydrogène vert et l’ammoniac pour réduire sa facture énergétique.
Dubaï-Casablanca : Emirates double la mise
La compagnie aérienne Emirates va doubler ses liaisons entre Dubaï et Casablanca à partir du 1er février 2027, passant d’un à deux vols quotidiens. Cette décision, annoncée par le site spécialisé Aeroroutes, s’inscrit dans une stratégie de renforcement des connexions entre le Golfe et l’Afrique du Nord, alors que le Maroc confirme son statut de hub régional.
Le premier vol, déjà en service, est assuré par un Airbus A380, le plus gros avion de ligne au monde, capable d’embarquer plus de 500 passagers. Le second, opéré en Boeing 777-200LR, viendra compléter l’offre avec des horaires décalés, facilitant les correspondances vers l’Asie, l’Océanie et l’Amérique du Nord. Pour les voyageurs marocains, cette augmentation de capacité représente une aubaine : elle devrait faire baisser les tarifs et offrir plus de flexibilité, notamment pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE) et les touristes.
Ce renforcement intervient dans un contexte de reprise du secteur aérien post-Covid, mais aussi de concurrence accrue entre les compagnies du Golfe (Emirates, Qatar Airways, Etihad) pour capter le trafic entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Le Maroc, avec ses aéroports modernes (Casablanca, Marrakech, Agadir) et sa position géographique stratégique, attire particulièrement les investissements. En 2025, l’Office national des aéroports (ONDA) a enregistré une hausse de 12 % du trafic passagers, portée par les vols low-cost et les liaisons long-courriers.
Reste à voir si cette dynamique profitera également aux compagnies marocaines, comme Royal Air Maroc, qui peine à rivaliser avec les géants du Golfe en termes de capacité et de réseau. Le doublement des vols Emirates pourrait en tout cas relancer les discussions sur une éventuelle alliance stratégique entre les deux compagnies, évoquée depuis plusieurs années sans aboutir.
Ce qu’il faut retenir
- Un patrimoine littéraire en deuil : La disparition de Mohamed Serghini laisse un vide dans le paysage culturel marocain, à l’heure où la préservation des langues et des archives devient un enjeu national.
- Climat sous tension : Les prévisions météo du jour reflètent l’aggravation des extrêmes climatiques, entre canicules sahariennes et orages violents dans le nord, avec des risques accrus pour les populations et les infrastructures.
- Énergie : un marché mondialisé et instable : Le blocage d’une cargaison d’essence marocaine en Russie souligne les fragilités des chaînes d’approvisionnement, même pour un pays comme le Maroc, engagé dans la transition énergétique.
- Transport aérien : le Maroc confirme son attractivité : Le doublement des vols Emirates entre Dubaï et Casablanca illustre l’importance croissante du royaume comme plaque tournante entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, mais pose aussi la question de la compétitivité des compagnies locales.