Maroc : liquidité bancaire, engrais et déchets, les signaux économiques du 9 août

Le déficit de liquidité bancaire s’allège à 134,3 milliards de dirhams, tandis que le Maroc renforce ses exportations d’engrais vers la Turquie et lance un mégaprojet de valorisation des déchets à Casablanca.

Maroc : liquidité bancaire, engrais et déchets, les signaux économiques du 9 août
Photo de Green Voltaics Energy sur Unsplash

Liquidité bancaire : un déficit en recul, mais des tensions persistantes

Le système bancaire marocain montre des signes d’amélioration, avec un déficit de liquidité moyen qui s’est réduit à 134,3 milliards de dirhams (MMDH) entre le 29 juillet et le 5 août, selon BMCE Capital Global Research (BKGR). Cette baisse de 2,7 % par rapport à la période précédente intervient dans un contexte où Bank Al-Maghrib (BAM) a augmenté ses avances à sept jours de 9,8 MMDH, portant l’encours à 53,9 MMDH. En parallèle, les placements du Trésor ont diminué, avec un encours quotidien maximal passant de 16,5 MMDH à 9,6 MMDH.

Si le taux moyen pondéré (TMP) reste stable à 2,25 %, cette stabilité masque des dynamiques plus complexes. Le MONIA, indice monétaire de référence au jour le jour, continue de refléter les tensions sur le marché interbancaire, où les banques peinent encore à équilibrer leurs besoins en liquidités. Pour les analystes, cette situation illustre les défis structurels du secteur, notamment la dépendance aux interventions de la banque centrale pour maintenir la stabilité financière.


Le Maroc, deuxième fournisseur d’engrais de la Turquie

Les exportations marocaines d’engrais vers la Turquie ont atteint 24,4 millions de dollars en juin 2026, plaçant le Royaume au deuxième rang des fournisseurs du marché turc, derrière la Chine (25,5 millions) mais devant la Russie (19,9 millions). Cette performance, révélée par les statistiques officielles turques et relayée par l’agence russe RIA Novosti, confirme la montée en puissance du Maroc dans le secteur des phosphates et dérivés, un pilier historique de son économie.

Le Maroc devance ainsi des concurrents majeurs comme le Turkménistan (8,04 millions) et Oman (6,4 millions), consolidant sa position sur un marché stratégique pour Ankara, dont les besoins en engrais restent élevés en raison de son secteur agricole. Cette performance intervient dans un contexte où les prix mondiaux des engrais restent volatils, influencés par les tensions géopolitiques et les fluctuations des cours de l’énergie.

Pour le Royaume, ces exportations représentent une source importante de devises, mais aussi un levier diplomatique, notamment dans ses relations avec les pays du Moyen-Orient et d’Afrique. La question reste cependant de savoir si cette dynamique peut se maintenir face à la concurrence croissante des pays producteurs de gaz, comme la Russie, qui bénéficient de coûts de production plus bas.


Casablanca mise sur la valorisation énergétique des déchets

La capitale économique s’apprête à franchir une étape majeure dans sa transition énergétique avec la signature d’une convention pour la construction d’une centrale de valorisation énergétique des déchets. Porté par un consortium réunissant le groupe helvético-japonais Kanadevia Inova, l’énergéticien marocain Nareva et le négociant japonais Itochu, ce mégaprojet représente un investissement de 1,5 milliard de dollars.

Prévue pour entrer en service à la mi-2030, cette infrastructure vise à réduire l’impact environnemental de la décharge de Mediouna, l’une des plus importantes du pays, tout en produisant de l’électricité pour près d’un million de personnes. Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion des déchets, alors que Casablanca génère environ 4 000 tonnes de déchets par jour, dont une partie significative finit encore en décharge.

Ce type d’initiative, encore rare en Afrique, positionne le Maroc comme un précurseur en matière d’économie circulaire. Cependant, son succès dépendra de plusieurs facteurs, notamment la capacité à mobiliser des financements internationaux et à garantir une exploitation durable. Les défis techniques et logistiques, comme la collecte sélective des déchets ou la gestion des résidus de combustion, restent également à surmonter.


Ce qu’il faut retenir

  1. Liquidité bancaire : Le déficit se réduit, mais les interventions de Bank Al-Maghrib restent essentielles pour stabiliser le système. La dépendance aux avances à sept jours souligne les fragilités structurelles du marché interbancaire.
  2. Exportations d’engrais : Le Maroc confirme son rôle clé sur le marché turc, un débouché stratégique pour ses phosphates. Cette performance renforce sa position dans un secteur où la concurrence internationale s’intensifie.
  3. Valorisation des déchets : Le projet de Casablanca marque une avancée significative dans la transition énergétique, mais son succès dépendra de sa capacité à surmonter les défis techniques et financiers.

Ces trois dossiers illustrent les dynamiques contrastées de l’économie marocaine : des progrès dans la gestion des déchets et les exportations, mais des défis persistants en matière de liquidité bancaire. Dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes climatiques, ces enjeux pourraient peser sur les arbitrages économiques des prochains mois.