Maroc : législatives, pétrole et médiation, les équilibres géopolitiques de juillet

À l'approche des législatives du 23 septembre, le Maroc voit ses équilibres politiques et économiques bousculés par des tensions régionales et une hausse des recours citoyens.

Maroc : législatives, pétrole et médiation, les équilibres géopolitiques de juillet
Photo de Element5 Digital sur Unsplash

Un départ politique qui interroge à l’approche des législatives

Le paysage politique marocain connaît un séisme discret mais significatif à moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre. Driss Sentissi, figure historique du Mouvement populaire (MP) et président de son groupe parlementaire, a annoncé sa démission du parti et de son mandat de député, mettant fin à trois décennies d’engagement sous la bannière de « l’Épi ». Si cette décision n’a pas été officiellement motivée, elle intervient dans un contexte de spéculations persistantes sur les recompositions politiques à venir.

Le MP, traditionnellement ancré dans le monde rural et les provinces du Centre, se retrouve ainsi privé d’un de ses porte-voix les plus expérimentés à un moment clé. Selon des sources internes citées par Hespress, la démission de Sentissi aurait été actée depuis plusieurs semaines, sans que le parti n’ait pu – ou voulu – le retenir. Ce départ soulève des questions sur la capacité du MP à maintenir sa cohésion face aux enjeux électoraux, alors que les partis marocains sont souvent traversés par des tensions internes en période préélectorale.

Pour les observateurs, cette démission pourrait aussi refléter une stratégie plus large de repositionnement politique. Sentissi, connu pour ses prises de position parfois critiques envers le gouvernement, pourrait envisager de rejoindre une autre formation ou de créer un mouvement autonome. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, ajouterait une variable supplémentaire à une campagne déjà marquée par l’incertitude quant à la participation et aux alliances possibles.


Pétrole à 100 dollars : le Maroc face aux tensions en mer Rouge

Le baril de Brent a franchi la barre symbolique des 100 dollars jeudi, une première depuis mai, sous l’effet d’une escalade des tensions en mer Rouge. Les rebelles houthis du Yémen ont revendiqué des attaques contre deux pétroliers saoudiens, l’Encelia et le Layla, dans une zone stratégique pour le transport d’hydrocarbures. Cette résurgence des hostilités intervient après l’annonce, lundi, d’un blocus des ports saoudiens par les Houthis, une mesure qui menace directement les flux énergétiques vers l’Europe et l’Asie.

Pour le Maroc, cette flambée des prix du pétrole représente un défi économique de taille. Le Royaume, qui importe la quasi-totalité de ses besoins en énergie, est particulièrement vulnérable aux variations des cours mondiaux. Une hausse durable du baril pourrait peser sur la balance commerciale et alimenter les pressions inflationnistes, alors que le dirham reste sous surveillance des marchés. Les autorités marocaines, qui avaient bénéficié d’une période de relative stabilité des prix en 2025, pourraient être contraintes de puiser dans les réserves stratégiques ou d’accélérer les négociations pour sécuriser des approvisionnements alternatifs.

Sur le plan géopolitique, cette crise en mer Rouge rappelle la fragilité des équilibres régionaux. Le Maroc, qui entretient des relations complexes avec les acteurs du Golfe, pourrait être amené à ajuster sa diplomatie pour préserver ses intérêts économiques. La réaction de l’administration américaine, avec une déclaration de Donald Trump appelant à une « réponse ferme », ajoute une dimension supplémentaire à un dossier déjà explosif. Pour Rabat, l’enjeu sera de naviguer entre ses partenariats traditionnels avec les pays du Golfe et sa volonté de ne pas s’aligner sur les positions occidentales, dans un contexte où la neutralité est souvent perçue comme une nécessité.


Médiation administrative : un record de recours qui interroge

L’Institution du Médiateur du Royaume a enregistré une hausse sans précédent des recours citoyens en 2025. Avec 9 958 dossiers traités, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2024, cette progression reflète à la fois une confiance accrue dans le mécanisme de médiation et l’émergence de nouveaux contentieux liés aux politiques publiques sociales. Selon le rapport annuel de l’institution, les litiges portent principalement sur des questions de logement, d’accès aux aides sociales et de gestion des services publics locaux.

Cette tendance est révélatrice d’un double phénomène. D’une part, les Marocains se tournent de plus en plus vers des voies alternatives pour faire valoir leurs droits, signe d’une maturité démocratique et d’une défiance croissante envers les procédures judiciaires traditionnelles, souvent perçues comme lentes et coûteuses. D’autre part, la hausse des recours traduit aussi les tensions sociales générées par les réformes économiques et les inégalités territoriales. Les régions les plus touchées par le chômage et la précarité, comme le Rif ou certaines zones rurales, concentrent une part importante des plaintes.

Pour le Médiateur du Royaume, cette augmentation représente un défi logistique et politique. L’institution, qui a vu ses moyens renforcés ces dernières années, devra prouver sa capacité à traiter efficacement ces dossiers tout en maintenant son rôle d’arbitre impartial. Son rapport souligne d’ailleurs la nécessité d’une « réforme structurelle » pour améliorer la réactivité de l’administration et réduire les délais de traitement. Une demande qui, si elle était entendue, pourrait contribuer à apaiser les tensions sociales, mais qui se heurte à la complexité des réformes administratives au Maroc.


Opération Marhaba : un dispositif logistique à l’épreuve des records

L’opération Marhaba 2026, qui facilite le retour estival des Marocains résidant à l’étranger (MRE), a franchi un nouveau cap. Au 20 juillet, plus de 1,86 million de personnes avaient déjà rejoint le Royaume, soit une progression de 1 % par rapport à 2025. Ce chiffre, présenté par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité et les autorités portuaires de Tanger Med, témoigne de l’ampleur d’un dispositif devenu un pilier de la cohésion nationale et un enjeu économique majeur.

L’organisation de cette opération, qui mobilise des milliers d’agents et des infrastructures dédiées, est un défi logistique chaque année. En 2026, les autorités ont mis l’accent sur l’accompagnement social et médical des voyageurs, avec des points d’accueil renforcés dans les ports et les aéroports. La Fondation Mohammed V a également déployé des équipes mobiles pour assister les familles, notamment celles en situation de vulnérabilité. Pourtant, malgré ces efforts, des critiques persistent sur la saturation des infrastructures, en particulier à Tanger Med, où les temps d’attente peuvent encore atteindre plusieurs heures.

Au-delà de son aspect logistique, l’opération Marhaba est aussi un baromètre des liens entre le Maroc et sa diaspora. Les MRE, qui représentent près de 10 % de la population marocaine, jouent un rôle clé dans l’économie du pays, à travers les transferts de fonds (plus de 100 milliards de dirhams en 2025) et les investissements. Leur retour massif chaque été est aussi l’occasion de mesurer l’attractivité du Royaume, dans un contexte où la concurrence avec d’autres destinations, comme la Turquie ou les Émirats arabes unis, s’intensifie. Pour Rabat, maintenir ce lien passe par une amélioration continue des services proposés, mais aussi par une reconnaissance politique de cette communauté, dont le poids électoral pourrait s’avérer décisif lors des prochaines élections.


Ce qu’il faut retenir

À l’approche des législatives du 23 septembre, le Maroc voit ses équilibres politiques, économiques et sociaux bousculés par des dynamiques à la fois internes et régionales. Le départ de Driss Sentissi du Mouvement populaire, s’il reste un événement isolé, rappelle la fragilité des alliances politiques à l’aube d’un scrutin qui s’annonce incertain. Sur le plan économique, la flambée des prix du pétrole en mer Rouge expose une nouvelle fois la vulnérabilité du Royaume face aux chocs externes, tandis que la hausse des recours auprès du Médiateur du Royaume souligne les tensions persistantes entre citoyens et administration.

Enfin, l’opération Marhaba, malgré son succès logistique, interroge sur la capacité du Maroc à répondre aux attentes d’une diaspora de plus en plus exigeante. Dans un contexte marqué par des défis multiples, ces quatre dossiers dessinent les contours d’un été où les enjeux de gouvernance, de stabilité économique et de cohésion sociale seront au cœur des débats.