Maroc : après les législatives, le PAM en tête et les défis d’une coalition

Les résultats provisoires des législatives marocaines placent le PAM en tête avec 97 sièges. Le RNI et l’Istiqlal suivent, tandis que le PJD renoue avec le Parlement. Analyse des équilibres politiques et des enjeux à venir.

Maroc : après les législatives, le PAM en tête et les défis d’une coalition
Photo de Linda Gerbec sur Unsplash

Un scrutin aux résultats contrastés

Les premières tendances des élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 dessinent une Chambre des représentants fragmentée, où aucun parti ne détient à lui seul la majorité absolue. Selon les résultats provisoires communiqués par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) s’impose en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement National des Indépendants (RNI, 66 sièges) et l’Istiqlal (65 sièges). Le Parti de la Justice et du Développement (PJD), absent du Parlement lors de la précédente législature, fait son retour avec 54 sièges, marquant une remontée inattendue après sa défaite de 2021.

Ces chiffres, bien que non définitifs, révèlent une dispersion des voix qui complique d’ores et déjà la formation d’un gouvernement stable. Avec 395 sièges à pourvoir, la majorité absolue s’établit à 198 sièges – un seuil qu’aucun parti ne franchit seul. Le PAM, qui avait déjà dominé les élections locales de 2021, confirme son ancrage territorial, notamment dans les grandes villes et les régions du nord. Le RNI, parti historique du paysage politique marocain, conserve une influence significative, tandis que l’Istiqlal maintient sa position de troisième force, malgré une légère érosion par rapport à 2021.

Le retour du PJD : une surprise politique

La performance du PJD, qui avait subi un revers historique en 2021 en perdant l’ensemble de ses sièges, constitue l’une des surprises de ce scrutin. Le parti islamiste modéré, dirigé par Abdelilah Benkirane, a su capitaliser sur un électorat fidèle, notamment dans les régions rurales et les périphéries urbaines. Benkirane, qui s’était exprimé dès les premières remontées des résultats, a revendiqué une première place dans plusieurs circonscriptions, tout en soulignant que certains procès-verbaux restaient en suspens. Cette prudence reflète les tensions qui ont entouré le dépouillement dans certaines localités, où des irrégularités ont été signalées, bien que les observateurs internationaux aient globalement salué le bon déroulement du scrutin.

Le retour du PJD dans l’hémicycle pose la question de son rôle dans la future coalition gouvernementale. Traditionnellement opposé aux alliances avec les partis laïcs, le parti pourrait choisir de siéger dans l’opposition, une stratégie qui lui permettrait de préserver son identité tout en capitalisant sur les éventuelles difficultés du futur gouvernement. À l’inverse, une participation à une coalition élargie pourrait lui offrir une opportunité de peser sur les politiques publiques, au risque de diluer son discours.

Vers une coalition à géométrie variable ?

La fragmentation de la Chambre des représentants impose au PAM, en position de force, de composer avec d’autres formations pour former une majorité. Plusieurs scénarios se dessinent, dont aucun ne s’impose avec évidence. Une alliance avec le RNI et l’Istiqlal, qui cumuleraient ensemble 228 sièges, offrirait une majorité confortable, mais ces partis ont des divergences historiques sur des sujets clés, comme la gestion économique ou les réformes sociétales. Le RNI, proche des milieux d’affaires, pourrait par exemple s’opposer à certaines mesures sociales portées par l’Istiqlal, tandis que le PAM, souvent perçu comme un parti de centre-droit, devra naviguer entre ces sensibilités.

Une autre option consisterait à intégrer des partis plus petits, comme le Mouvement Populaire (MP, 29 sièges) ou l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP, 26 sièges), pour élargir la base de la coalition. Le MP, qui a confirmé la réélection de plusieurs de ses figures, comme Mohamed Ouzzine à Ifrane ou Rim Chabat, pourrait jouer un rôle d’arbitre, notamment sur les questions liées au monde rural. Quant à l’USFP, son positionnement social-démocrate pourrait apporter un équilibre sur les questions de pouvoir d’achat, un enjeu central de la campagne électorale.

Les défis d’un gouvernement de coalition

Au-delà des tractations politiques, le futur gouvernement devra relever des défis immédiats, à commencer par la gestion des attentes d’une population marquée par les tensions sociales des dernières années. Le pouvoir d’achat, la réforme du système de santé et la lutte contre le chômage des jeunes figurent parmi les priorités citées par les électeurs lors de la campagne. Le PAM, qui a axé son discours sur la modernisation économique et la stabilité institutionnelle, devra concilier ces promesses avec les réalités d’une coalition hétéroclite.

Sur le plan international, le Maroc reste engagé dans des dossiers sensibles, comme la question du Sahara occidental ou les relations avec l’Union européenne. Une coalition divisée pourrait affaiblir la capacité du pays à défendre ses positions sur ces sujets, d’autant que les partenaires étrangers observeront avec attention la composition du nouveau gouvernement. La stabilité politique sera également scrutée par les investisseurs, alors que le Maroc cherche à attirer des capitaux pour financer ses grands projets, comme la transition énergétique ou le développement des infrastructures.

Enfin, la question de la participation des femmes en politique, bien que moins médiatisée que lors des précédentes élections, reste un enjeu majeur. Avec 96 sièges réservés aux femmes (sur les 395), la nouvelle Chambre des représentants devra prouver qu’elle peut incarner une représentation plus inclusive, alors que les inégalités de genre persistent dans de nombreux domaines.

Ce qu’il faut retenir

Les résultats provisoires des législatives marocaines de 2026 confirment une tendance à la fragmentation du paysage politique, avec un PAM en tête mais sans majorité absolue. Le retour du PJD et la dispersion des voix entre plusieurs formations compliquent la formation d’un gouvernement stable, ouvrant la voie à des négociations complexes. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer la composition de la coalition, dont dépendra la capacité du Maroc à relever les défis économiques et sociaux qui l’attendent. Dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et les crises climatiques, la stabilité politique du pays sera plus que jamais un atout.