Maroc : innovation, finance verte et huile d'argan, les leviers d'une économie en mouvement

Le Maroc progresse dans l'Indice mondial de l'innovation, boosté par ses actifs immatériels et sa filière argan. Tamwilcom mobilise 24 milliards de dirhams pour les PME, tandis que la "clean beauty" relance la demande mondiale pour l'or liquide marocain.

Maroc : innovation, finance verte et huile d'argan, les leviers d'une économie en mouvement
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Le Maroc consolide sa position comme hub d’innovation en Afrique du Nord, avec des avancées notables dans les secteurs technologiques, financiers et agro-industriels. Ce jeudi 1er octobre 2026, plusieurs indicateurs confirment une dynamique portée par des investissements ciblés et une demande internationale croissante pour ses ressources naturelles. Tour d’horizon des leviers qui transforment l’économie marocaine.

L’innovation marocaine gagne du terrain : le Royaume à la 54e place mondiale

Le Maroc a progressé de trois rangs dans le Global Innovation Index (GII) 2026, publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Avec une 54e place sur 139 économies, le pays signe sa meilleure performance depuis la création de cet indice, qui évalue la capacité des nations à innover. Cette ascension – 21 places gagnées en six ans – s’explique par des progrès dans quatre domaines clés : l’industrie, les actifs immatériels, la technologie et la créativité.

Le Royaume se distingue particulièrement dans la zone Afrique, où il occupe la 7e position, et parmi les économies à revenu intermédiaire inférieur (4e rang). Ces résultats reflètent une stratégie nationale axée sur la valorisation de la recherche et du développement, ainsi que sur l’attractivité des investissements étrangers. Selon l’OMPI, le Maroc mise sur des écosystèmes innovants, comme les parcs technologiques de Casablanca et Rabat, pour attirer des start-ups et des centres de R&D internationaux.

Cette performance intervient dans un contexte où le gouvernement marocain a fait de l’innovation un pilier de sa feuille de route économique. Les secteurs des énergies renouvelables, de l’agritech et des technologies financières (fintech) sont particulièrement ciblés, avec des incitations fiscales pour les entreprises qui investissent dans la R&D.


Tamwilcom : 24 milliards de dirhams pour soutenir les PME

L’accès au financement reste un défi majeur pour les petites et moyennes entreprises marocaines. Pourtant, les résultats semestriels de Tamwilcom, l’agence publique de garantie des crédits, montrent une mobilisation record de 23,9 milliards de dirhams (MMDH) au premier semestre 2026. Ces fonds, correspondant à 14,7 MMDH d’engagements, ont permis de soutenir plus de 31 500 opérations de crédit, dont près de 26 000 destinées aux entreprises.

Ces chiffres traduisent l’impact de la feuille de route stratégique Jossour 2030, qui vise à renforcer l’inclusion financière et à stimuler l’entrepreneuriat. Tamwilcom joue un rôle clé dans ce dispositif en offrant des garanties aux banques pour les prêts accordés aux PME, réduisant ainsi leur risque et facilitant l’accès au crédit.

Parmi les secteurs bénéficiaires, l’agro-industrie, les énergies renouvelables et les technologies vertes se démarquent. Cette orientation s’inscrit dans la volonté du Maroc de diversifier son économie et de réduire sa dépendance aux secteurs traditionnels, comme le tourisme ou l’agriculture pluviale. Les résultats de Tamwilcom confirment également une tendance observée depuis 2024 : les femmes entrepreneures sont de plus en plus nombreuses à solliciter des financements, bien que leur part reste encore modeste (environ 20 % des bénéficiaires).


L’huile d’argan, star de la "clean beauty" mondiale

La demande mondiale pour l’huile d’argan marocaine connaît une croissance soutenue, portée par l’essor de la clean beauty et l’engouement pour les ingrédients naturels et durables. Selon une étude récente d’Indexbox, les cosmétiques et les soins de la peau représentent désormais 45 % de la demande, devant les soins capillaires (25 %) et les usages alimentaires (15 %).

Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la prise de conscience des consommateurs, notamment en Europe et en Amérique du Nord, qui privilégient des produits éthiques et respectueux de l’environnement. Ensuite, l’image de l’huile d’argan, perçue comme un ingrédient premium aux vertus hydratantes et anti-âge. Enfin, les coopératives féminines marocaines, qui produisent une grande partie de cette huile, bénéficient d’une reconnaissance croissante pour leur rôle dans l’économie sociale et solidaire.

Cependant, la filière reste confrontée à des défis structurels. L’approvisionnement en noix d’argan, limité par les aléas climatiques et la surexploitation des arganiers, pèse sur les prix. De plus, la concurrence des huiles synthétiques, moins chères mais moins durables, menace les parts de marché des producteurs marocains. Pour y faire face, le Maroc mise sur des certifications bio et équitables, ainsi que sur des partenariats avec des marques internationales de cosmétiques.


Casablanca-Settat : 34 projets pour plus d’un milliard de dirhams

La région de Casablanca-Settat, poumon économique du Maroc, accélère sa transformation avec le lancement de 34 nouveaux projets d’infrastructure, d’un montant total dépassant le milliard de dirhams. Ces initiatives, présentées lors d’une réunion du Comité de supervision et de contrôle de l’Agence régionale d’exécution des projets (AREP), couvrent des domaines variés : mobilité urbaine, assainissement, espaces publics et développement durable.

Parmi les projets phares, on retrouve des travaux d’aménagement des axes routiers, la modernisation des réseaux d’assainissement et la création d’espaces verts. Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie plus large de résilience urbaine, face aux défis climatiques et à la croissance démographique. La région, qui concentre près de 20 % de la population marocaine, est en effet confrontée à des enjeux majeurs : saturation des transports, gestion des déchets et adaptation aux vagues de chaleur.

Ces projets devraient également stimuler l’emploi local, avec des retombées attendues dans les secteurs du BTP et des services. Ils s’ajoutent à d’autres initiatives récentes, comme le développement du tramway de Casablanca et la rénovation du port de Tanger Med, qui renforcent l’attractivité économique de la région.


Ce qu’il faut retenir

Le Maroc affiche une dynamique d’innovation et de diversification économique, avec des résultats concrets dans des secteurs clés. Son ascension dans le Global Innovation Index confirme la pertinence de sa stratégie, tandis que les financements mobilisés par Tamwilcom soutiennent les PME, acteurs essentiels de cette transformation. Parallèlement, l’huile d’argan, symbole d’une économie verte et inclusive, continue de séduire les marchés internationaux, malgré les défis logistiques et concurrentiels.

Ces avancées s’inscrivent dans un contexte plus large, marqué par des investissements massifs dans les infrastructures et une volonté de positionner le Maroc comme un acteur incontournable en Afrique. Reste à voir comment ces leviers résisteront aux tensions géopolitiques et aux aléas climatiques, qui pèsent sur la stabilité économique de la région.