Maroc : innovation, carburants et huile d'argan, les signaux économiques du 1er octobre
Le Maroc grimpe dans l'Indice mondial de l'innovation, tandis que les prix des carburants flambent et que l'huile d'argan séduit la "clean beauty". Tour d'horizon des enjeux économiques.
Le Maroc progresse dans l'innovation, mais des défis persistent
Le Maroc a gagné trois places dans le Global Innovation Index (GII) 2026, se classant 54ᵉ sur 139 économies, selon l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Cette performance, la meilleure depuis la création de l'indice, place le Royaume en tête des pays à revenu intermédiaire inférieur et en 7ᵉ position en Afrique. L'OMPI souligne que cette progression repose sur des avancées dans l'industrie, les actifs immatériels, la technologie et la créativité.
Pourtant, cette dynamique contraste avec des défis structurels. Le pays reste dépendant de secteurs traditionnels, comme l'agriculture et le textile, et peine à attirer des investissements massifs dans les technologies de pointe. Les écarts entre les régions – Casablanca et Rabat concentrant l'essentiel des infrastructures innovantes – freinent également une croissance homogène. Comme le note l'OMPI, "le Maroc doit accélérer la décentralisation de son écosystème d'innovation pour exploiter pleinement son potentiel".
Flambée des prix des carburants : un automne sous tension
Les automobilistes marocains subissent une nouvelle hausse des prix à la pompe ce 1ᵉʳ octobre, avec le gasoil franchissant la barre des 16 dirhams le litre. Cette augmentation, la troisième en deux mois, s'explique par la conjonction de deux facteurs : les tensions géopolitiques internationales, qui perturbent les approvisionnements en produits raffinés, et une demande mondiale soutenue en énergie.
Cette flambée intervient dans un contexte économique déjà fragile. Le secteur des transports, vital pour l'économie marocaine, voit ses coûts opérationnels augmenter, ce qui pourrait se répercuter sur les prix des denrées de base. Les ménages, déjà touchés par l'inflation, risquent de subir une nouvelle pression sur leur pouvoir d'achat. Le gouvernement n'a pas encore annoncé de mesures pour atténuer ces hausses, laissant planer des incertitudes sur les prochains mois.
L'huile d'argan, star de la "clean beauty" mondiale
La demande mondiale pour l'huile d'argan marocaine connaît une croissance soutenue, portée par l'engouement pour la "clean beauty" – ces cosmétiques naturels, éthiques et durables. Selon une étude d'Indexbox, les soins de la peau représentent 45 % des usages de l'huile d'argan, devant les soins capillaires (25 %) et les applications culinaires (15 %). Ce succès s'explique par l'image d'un produit "premium", associé à des valeurs de durabilité et de commerce équitable.
Cependant, la filière reste confrontée à des défis majeurs. L'approvisionnement en noix d'argan, limité par des conditions climatiques difficiles et une production artisanale, peine à suivre la demande. Les prix fluctuent fortement, ce qui complique la planification pour les coopératives locales. Par ailleurs, la concurrence des huiles synthétiques, moins chères, menace les parts de marché de l'argan. Pour pérenniser ce secteur, les acteurs marocains misent sur une certification renforcée et des partenariats avec des marques internationales.
Tamwilcom : 23,9 milliards de dirhams mobilisés pour les entreprises
L'institution publique Tamwilcom a annoncé avoir mobilisé 23,9 milliards de dirhams (MMDH) de financements au premier semestre 2026, dont 14,7 MMDH d'engagements en faveur de plus de 31 500 opérations de crédit. Les entreprises, qui représentent près de 26 000 de ces opérations, restent les principales bénéficiaires. Ces résultats s'inscrivent dans le cadre de la feuille de route stratégique "Jossour 2030", qui vise à faciliter l'accès au financement pour les PME et les très petites entreprises.
Cette performance intervient dans un contexte de ralentissement économique, où les liquidités bancaires se font plus rares. Tamwilcom joue ainsi un rôle clé dans le soutien à l'économie réelle, en particulier pour les secteurs en difficulté, comme le BTP ou le textile. Toutefois, des questions persistent sur la capacité de l'institution à maintenir ce rythme dans un environnement marqué par des taux d'intérêt élevés et une demande croissante de crédits.
Coopération navale franco-marocaine : un partenariat qui se renforce
L'exercice naval conjoint "Chebec", mené depuis le 11 septembre par la Marine nationale française et la Marine Royale marocaine, s'est conclu par une escale à Tanger et une patrouille conjointe en mer d'Alboran. Cet exercice, qui en est à sa 32ᵉ édition, illustre la profondeur des liens militaires entre les deux pays, notamment dans le domaine de la sécurité maritime.
Pour le Maroc, cette coopération s'inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de ses forces armées et de sécurisation de ses zones économiques exclusives, riches en ressources halieutiques. La France, de son côté, y voit un moyen de renforcer son influence en Méditerranée occidentale, dans un contexte de rivalités croissantes avec d'autres puissances. Les deux marines ont souligné leur volonté de poursuivre ces entraînements conjoints, avec un accent particulier sur la lutte contre la piraterie et le trafic illicite.
Ce qu'il faut retenir :
- Le Maroc confirme sa progression dans l'innovation, mais doit encore relever des défis structurels, notamment en matière de décentralisation.
- La flambée des prix des carburants pèse sur les ménages et les entreprises, sans que des mesures gouvernementales ne soient encore annoncées.
- L'huile d'argan, portée par la "clean beauty", représente une opportunité économique majeure, mais la filière doit surmonter des obstacles logistiques et concurrentiels.
- Tamwilcom joue un rôle clé dans le financement des entreprises, dans un contexte de tensions sur les liquidités bancaires.
- La coopération navale franco-marocaine se renforce, reflétant des intérêts stratégiques partagés en Méditerranée.