Maroc : dépendance aux importations et emploi, les fragilités économiques pointées par le CESE
Le Conseil économique, social et environnemental alerte sur la dépendance aux importations stratégiques et un modèle de croissance qui peine à créer des emplois, malgré des progrès macroéconomiques.
Un modèle de croissance à l’épreuve des réalités sociales
Le Maroc affiche des indicateurs macroéconomiques globalement positifs, mais son modèle de développement reste fragilisé par des déséquilibres structurels persistants. C’est le constat dressé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son rapport annuel 2025, remis au Roi Mohammed VI. Selon l’institution, la croissance économique nationale, bien que résiliente, ne parvient plus à générer suffisamment d’emplois pour absorber une main-d’œuvre en expansion, creusant ainsi les inégalités territoriales et sociales.
Le CESE souligne une « déconnexion croissante » entre la performance économique et la création d’emplois, un phénomène qui touche particulièrement les jeunes et les femmes. Les secteurs traditionnels, comme l’agriculture et l’industrie, peinent à offrir des perspectives stables, tandis que les nouvelles filières, bien que dynamiques, restent concentrées dans quelques pôles urbains. Cette situation alimente une précarité accrue dans les régions rurales et les zones périurbaines, où le taux de chômage dépasse souvent les 20 %.
Une dépendance aux importations qui expose l’économie
Autre point de vulnérabilité mis en avant par le CESE : la forte dépendance du Maroc aux importations de produits stratégiques. Les hydrocarbures et les céréales, en particulier, représentent une part importante de la facture commerciale du pays. En 2025, les importations de pétrole et de gaz ont encore pesé sur la balance commerciale, malgré les efforts de diversification énergétique, notamment via les énergies renouvelables. De même, la volatilité des prix des céréales sur les marchés internationaux continue d’exposer le Maroc à des chocs externes, comme l’a montré la crise alimentaire de 2022-2023.
Cette dépendance limite la marge de manœuvre des politiques publiques et rend l’économie nationale plus vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux. Le CESE appelle à accélérer les réformes structurelles pour renforcer la souveraineté alimentaire et énergétique, tout en développant des filières locales compétitives. Parmi les pistes évoquées : l’investissement dans l’agro-industrie, la modernisation des infrastructures portuaires et logistiques, et le soutien à l’innovation dans les secteurs clés.
Des disparités territoriales qui freinent le développement
Le rapport du CESE met également en lumière les écarts persistants entre les régions marocaines. Si des pôles comme Casablanca, Tanger ou Rabat bénéficient d’investissements massifs et d’une dynamique économique soutenue, d’autres territoires, notamment dans le Sud et l’Oriental, restent à la traîne. Ces inégalités se traduisent par des différences marquées en termes d’accès aux services publics, d’infrastructures et d’opportunités économiques.
Le Conseil insiste sur la nécessité de renforcer les politiques de décentralisation et d’aménagement du territoire pour réduire ces disparités. Il propose notamment de mieux articuler les plans de développement régionaux avec les stratégies sectorielles nationales, afin d’éviter une concentration excessive des richesses dans quelques métropoles. Une approche qui passe, selon le CESE, par un renforcement des compétences locales et une meilleure allocation des ressources publiques.
Quelles pistes pour un modèle plus inclusif ?
Face à ces défis, le CESE préconise une refonte du modèle de développement marocain, axée sur trois priorités : l’inclusion sociale, la résilience économique et la durabilité environnementale. Parmi les mesures suggérées figurent :
- Le renforcement de l’emploi formel : via des incitations fiscales pour les entreprises qui embauchent des jeunes et des femmes, ainsi que des programmes de formation adaptés aux besoins du marché.
- La réduction de la dépendance aux importations : en accélérant la transition vers les énergies renouvelables et en soutenant les filières agricoles locales.
- L’amélioration de la gouvernance territoriale : pour une meilleure répartition des investissements et des services publics sur l’ensemble du territoire.
Le rapport du CESE intervient dans un contexte marqué par des tensions sociales récurrentes, notamment dans les régions défavorisées, où les revendications pour plus de justice économique et territoriale se multiplient. Si les autorités marocaines ont engagé plusieurs réformes ces dernières années, comme le nouveau modèle de développement ou la régionalisation avancée, leur mise en œuvre reste inégale et souvent lente.
Pour le CESE, l’enjeu est désormais de passer d’une croissance quantitative à une croissance qualitative, capable de répondre aux attentes d’une population de plus en plus jeune et urbanisée. Une équation complexe, qui nécessitera des arbitrages politiques et économiques audacieux dans les années à venir.