Maroc : l'IA dans les voyages et l'architecture, deux innovations qui transforment le quotidien

L'intelligence artificielle s'impose dans la préparation des voyages, tandis qu'à Marrakech, une jeune architecte revisite le patrimoine local. Deux avancées qui redéfinissent les usages au Maroc.

Maroc : l'IA dans les voyages et l'architecture, deux innovations qui transforment le quotidien
Photo de Rafael Banha sur Unsplash

Le Maroc voit émerger des innovations qui, sans faire la une des médias internationaux, transforment déjà le quotidien de ses citoyens et de ses visiteurs. Deux d’entre elles, révélées cette semaine, illustrent cette dynamique : l’adoption massive de l’intelligence artificielle (IA) dans la préparation des voyages, et une réinterprétation audacieuse du patrimoine architectural marocain à Marrakech. Ces avancées, l’une technologique et l’autre culturelle, soulignent la capacité du Royaume à concilier modernité et héritage.

L’IA s’invite dans les valises des Marocains

Près d’un voyageur sur deux dans le monde utilise désormais l’intelligence artificielle pour organiser ses déplacements, selon une enquête publiée mercredi par l’Association internationale du transport aérien (IATA). Réalisée auprès de plus de 10 000 personnes dans 200 pays, cette étude révèle que 49 % des passagers ont recours à ces outils, un chiffre qui reflète une tendance mondiale, mais qui prend une résonance particulière au Maroc.

Les usages sont variés : 21 % des voyageurs s’en servent pour identifier des vols vers une destination précise, 19 % pour dénicher les tarifs les plus avantageux, et 17 % pour découvrir de nouvelles destinations. Ces données, bien que globales, trouvent un écho local. Le Maroc, avec son secteur touristique en pleine reprise post-pandémie et une connectivité aérienne en expansion, est directement concerné. Les compagnies marocaines, comme Royal Air Maroc, ont d’ailleurs commencé à intégrer des chatbots et des assistants vocaux pour faciliter les réservations, tandis que les agences de voyage traditionnelles voient leur rôle évoluer vers un accompagnement plus personnalisé, l’IA se chargeant des tâches répétitives.

Cette adoption massive pose cependant des questions sur l’accès à ces technologies. Si les voyageurs urbains et connectés en bénéficient pleinement, les populations rurales ou moins familiarisées avec le numérique pourraient se retrouver en marge de cette révolution. Un défi que les autorités marocaines, engagées dans une stratégie de digitalisation ambitieuse, devront relever pour éviter une fracture technologique.

Marrakech : quand l’architecture contemporaine dialogue avec le patrimoine

À quelques kilomètres de là, dans la Cité Ocre, une autre innovation fait parler d’elle. Le Jardin Majorelle a inauguré mercredi son deuxième pavillon temporaire, baptisé « Nouala, le refuge mobile », conçu par Salsabil El Ouazzani, lauréate du prix Fondation Jardin Majorelle 2026. Diplômée de l’Université Mohammed VI Polytechnique, cette jeune architecte de 28 ans a remporté ce concours national en mai dernier, face à 33 autres candidats, avec un projet qui revisite la nouala, une hutte traditionnelle des campagnes marocaines.

Fabriquée à partir de roseaux et de chaume, la nouala est un symbole d’adaptation aux ressources locales. El Ouazzani en a conservé l’esprit tout en y intégrant des matériaux contemporains et une esthétique épurée. « Ce pavillon n’est pas une réplique, mais une réinterprétation. Il s’agit de montrer que le patrimoine peut être vivant, évolutif, et qu’il peut inspirer des solutions durables pour l’architecture de demain », explique-t-elle. Le résultat est une structure légère, modulable et éphémère, qui s’intègre harmonieusement dans le paysage du jardin, tout en offrant un espace de méditation et de réflexion sur la relation entre l’homme et son environnement.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation du patrimoine marocain à travers le prisme de l’innovation. La Fondation Jardin Majorelle, sous l’impulsion de son directeur, Mehdi Qotbi, multiplie les initiatives pour soutenir la jeune création architecturale et artistique. « Nous voulons montrer que le Maroc n’est pas seulement un pays de traditions, mais aussi un laboratoire d’idées pour l’Afrique et le monde », souligne Qotbi. Une ambition qui rejoint celle des institutions publiques, comme l’Agence de développement du digital (ADD), qui mise sur des projets hybrides pour positionner le Royaume comme un hub culturel et technologique.

Ce qu’il faut retenir

Ces deux innovations, bien que distinctes, partagent une même philosophie : elles ne cherchent pas à rompre avec le passé, mais à le réinventer. L’IA, en démocratisant l’accès à l’information, redéfinit les contours du voyage, tandis que l’architecture contemporaine puise dans le patrimoine pour imaginer des solutions durables. Pour le Maroc, ces avancées sont autant d’opportunités de se positionner sur la scène internationale, tout en répondant aux attentes d’une société en pleine mutation.

Reste à voir comment ces outils seront adoptés par le plus grand nombre. L’IA, si elle n’est pas accompagnée de mesures d’inclusion, pourrait creuser les inégalités. Quant à l’architecture, son succès dépendra de sa capacité à inspirer au-delà des cercles d’initiés. Une chose est sûre : ces innovations ne sont pas de simples tendances, mais les prémices d’un Maroc qui se réinvente, entre héritage et modernité.