Maroc : l'IA, les Emirats et les défis économiques après les législatives
Après les législatives, le Maroc affronte des enjeux économiques majeurs : régulation de l'IA, tensions avec les Emirats et formation d'une coalition. Analyse des priorités du PAM et des défis structurels.
L'intelligence artificielle, un chantier prioritaire pour le Maroc
Le Maroc se trouve à un carrefour stratégique dans la régulation de l'intelligence artificielle (IA). Un rapport récent d'ONU Femmes, dévoilé en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, révèle une sous-représentation criante des femmes dans ce secteur à l'échelle mondiale. Seulement 22 % des professionnels de l'IA sont des femmes, un chiffre qui chute à moins de 14 % pour les postes de direction. Ce déséquilibre, bien que global, interpelle le Maroc alors que le pays cherche à se positionner comme un hub technologique régional.
La question dépasse le simple enjeu d'équité. Comme le souligne le rapport, cette disparité se répercute sur la conception même des outils d'IA, avec des risques accrus de biais algorithmiques défavorables aux femmes. Pour le Maroc, dont l'économie mise de plus en plus sur les technologies numériques, cette problématique pourrait freiner l'innovation et creuser les inégalités sociales. Le Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé en tête des législatives du 23 septembre, a d'ailleurs placé la jeunesse et l'innovation parmi ses priorités affichées pour le prochain gouvernement.
Cette prise de conscience intervient dans un contexte où l'Europe avance ses pions en matière de régulation. Bien que le rapport ne mentionne pas directement le Maroc, il rappelle l'urgence pour le pays de structurer un cadre éthique et inclusif pour l'IA, sous peine de voir ses acteurs technologiques marginalisés dans les échanges internationaux.
Suspension des vols iraniens : les Emirats durcissent le ton
Les relations entre les Emirats arabes unis et l'Iran viennent de franchir un nouveau palier de tension. Jeudi, les autorités émiraties ont annoncé la suspension de tous les vols des compagnies iraniennes vers et depuis leur territoire, sans préciser de date de reprise. Cette décision, confirmée par l'Autorité générale de l'aviation civile des Emirats, concerne une trentaine de compagnies et prive Téhéran d'une de ses principales portes d'entrée au Moyen-Orient.
Dubaï, qui accueillait plusieurs vols quotidiens en provenance d'Iran, servait jusqu'alors de hub pour les liaisons vers d'autres destinations. Cette suspension s'inscrit dans un contexte de rivalité régionale exacerbée, où les Emirats, alliés de l'Arabie saoudite, cherchent à contenir l'influence iranienne. Pour le Maroc, cette escalade n'est pas sans conséquences. Le royaume entretient des relations diplomatiques avec les deux pays, mais son partenariat stratégique avec les Emirats, notamment dans les secteurs de l'énergie et des infrastructures, pourrait le placer dans une position délicate.
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, a d'ailleurs rappelé jeudi à New York l'importance pour le Maroc de préserver ses équilibres régionaux. Alors que le pays s'apprête à former une nouvelle coalition gouvernementale, la gestion de ces tensions diplomatiques s'annonce comme un dossier sensible pour le prochain exécutif.
Formation gouvernementale : le PAM entre alliances et priorités économiques
La victoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM) aux législatives du 23 septembre ouvre une période d'incertitude politique, mais aussi d'opportunités pour l'économie marocaine. Fatima-Zahra El Mansouri, coordinatrice nationale du parti, a confirmé jeudi que le PAM n'avait encore arrêté aucune alliance pour former le prochain gouvernement. Une prudence qui s'explique par la nécessité de composer avec d'autres formations, comme le Rassemblement National des Indépendants (RNI) ou le Parti de l'Istiqlal, ce dernier ayant d'ailleurs obtenu un siège supplémentaire selon des sources internes.
Les priorités affichées par le PAM – pouvoir d'achat, jeunesse et dialogue citoyen – répondent à des attentes pressantes. Le rapport du Réseau associatif d'observation des élections, qui a relevé 59 cas suspects d'achat de voix et 279 cas de "guidage" des électeurs, souligne les défis de transparence auxquels le nouveau gouvernement devra faire face. Ces irrégularités, bien que limitées à 6 % des bureaux de vote observés, rappellent l'importance de restaurer la confiance dans les institutions.
Sur le plan économique, le PAM devra également composer avec des réalités structurelles. L'Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) a récemment démenti toute pression sur les entreprises de livraison, un secteur en pleine expansion mais qui peine à offrir des conditions de travail décentes à ses livreurs. Cette clarification intervient alors que le Maroc cherche à moderniser ses infrastructures logistiques, un enjeu clé pour attirer les investissements étrangers.
Ce qu'il faut retenir
Le Maroc aborde une phase charnière de son développement économique et politique. Les législatives ont donné une majorité relative au PAM, mais la formation d'une coalition stable s'annonce complexe. Les priorités affichées – pouvoir d'achat, jeunesse et innovation – devront se traduire par des réformes concrètes, dans un contexte marqué par des tensions régionales et des défis technologiques.
La régulation de l'IA, encore largement dominée par les hommes, représente un enjeu à la fois éthique et économique pour le pays. Le Maroc devra trouver un équilibre entre attractivité technologique et inclusion, sous peine de voir ses ambitions numériques freinées par des biais structurels.
Sur le plan diplomatique, la suspension des vols iraniens par les Emirats rappelle la fragilité des équilibres régionaux. Le Maroc, qui entretient des relations avec les deux parties, devra naviguer avec prudence pour préserver ses intérêts économiques, notamment dans les secteurs de l'énergie et des infrastructures.
Enfin, la transparence électorale et la modernisation des secteurs clés, comme la logistique, seront des tests pour le prochain gouvernement. Les attentes des citoyens, après une campagne marquée par des irrégularités, imposent une gouvernance rigoureuse et inclusive.