Golfe en feu, justice en chantier : le Maroc dans l'œil du cyclone

Tensions Iran-USA, réforme judiciaire à Salé, chômage à 10,8% : les signaux d'une souveraineté marocaine sous pression régionale et sociale.

Golfe en feu, justice en chantier : le Maroc dans l'œil du cyclone
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Le Golfe s’embrase, le Maroc observe – et agit

Le détroit d’Ormuz est devenu, ce lundi 5 mai 2026, le théâtre d’une escalade militaire sans précédent depuis les accords de 2024. Les États-Unis ont lancé l’opération "Projet liberté", visant à rouvrir le détroit après des mois de blocages iraniens. Quelques heures plus tard, Téhéran ripostait par des frappes ciblées sur des navires américains dans la zone. "Un jeu dangereux où chaque geste compte", résume un analyste cité par Courrier International.

Pour le Maroc, cette crise n’est pas qu’un spectacle lointain. Rabat entretient des relations diplomatiques avec les deux belligérants – une ligne de crête qui demande un équilibre constant. "Le Maroc n’a pas les moyens de choisir un camp, mais il a l’obligation de protéger ses intérêts", explique un ancien diplomate marocain. Ces intérêts sont multiples : sécurité énergétique (le pays dépend encore des importations de pétrole), stabilité des échanges commerciaux avec l’Asie, et surtout, la crédibilité de sa position neutre dans un contexte régional explosif.

La question n’est pas théorique. Le Maroc a déjà payé le prix de son alignement sur les positions occidentales lors des crises précédentes. En 2025, les tensions entre l’Iran et Israël avaient provoqué une hausse des prix du carburant, alimentant la grogne sociale déjà palpable. Cette fois, le gouvernement semble déterminé à éviter les erreurs du passé. "Nous ne sommes pas un satellite des États-Unis, mais un partenaire stratégique", avait déclaré le ministre des Affaires étrangères en mars dernier.

Justice de famille à Salé : une réforme qui cache mal les fractures

À Salé, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a inauguré ce lundi un nouveau bâtiment dédié à la "justice de la famille". Une cérémonie officielle, avec son lot de discours et de photos, pour marquer une étape dans la réforme du système judiciaire marocain. "Un projet qui s’inscrit dans les hautes orientations royales", a souligné Ouahbi, rappelant que cette réforme vise à "rapprocher la justice des citoyens".

Derrière les mots, la réalité est plus contrastée. Ce nouveau bâtiment, aussi moderne soit-il, ne résout pas les problèmes structurels du système judiciaire marocain : lenteur des procédures, corruption endémique, et surtout, un accès inégal à la justice. "À Salé, on construit des palais pour la justice. À Tiznit, les justiciables attendent encore leur tour sous des tentes", ironise un avocat casablancais.

La réforme du barreau, déjà évoquée dans nos colonnes, a révélé les tensions entre le pouvoir et les professionnels du droit. Les avocats dénoncent une "justice à deux vitesses", où les plus riches peuvent contourner les lenteurs du système, tandis que les plus pauvres restent prisonniers d’un labyrinthe bureaucratique. "On nous parle de digitalisation, mais dans les tribunaux de campagne, les dossiers s’entassent encore sur des étagères en bois", confie une magistrate sous couvert d’anonymat.

Chômage à 10,8% : le Maroc face à son miroir social

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié ce mardi les chiffres du chômage pour le premier trimestre 2026. Le taux s’établit à 10,8%, avec des disparités criantes : 13,5% en milieu urbain, 6,1% en milieu rural. Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés, avec un taux de 29,2%. "Un chiffre qui devrait alerter, mais qui ne surprend personne", commente un économiste marocain.

Ces chiffres ne sont pas une surprise. Depuis des années, le Maroc mise sur une croissance tirée par les secteurs exportateurs (automobile, aéronautique, textile) et les grands projets d’infrastructure. Mais cette stratégie a un coût : elle crée peu d’emplois locaux et favorise les inégalités territoriales. "À Tanger, les usines tournent à plein régime. À Ouarzazate, les jeunes rêvent de partir", résume un rapport de la Banque mondiale publié en 2025.

Le gouvernement a lancé plusieurs plans pour lutter contre le chômage, notamment dans les secteurs de l’agriculture et des énergies renouvelables. Mais ces mesures peinent à porter leurs fruits. "On forme des ingénieurs pour des postes qui n’existent pas. On parle de souveraineté alimentaire, mais les petits agriculteurs continuent de disparaître", dénonce un syndicaliste.

Ce qu’il faut retenir : une souveraineté sous tension

Trois fronts, trois défis pour le Maroc en ce début mai 2026.

  1. Géopolitique : Le pays doit naviguer entre les tensions régionales sans perdre sa crédibilité. Sa neutralité est un atout, mais aussi une vulnérabilité. "Le Maroc ne peut pas se permettre d’être perçu comme un pion des États-Unis, ni comme un allié de l’Iran", analyse un expert en relations internationales.
  2. Justice : La réforme judiciaire avance, mais trop lentement. Les nouveaux bâtiments ne suffiront pas à résoudre les problèmes de fond. "La justice marocaine a besoin de transparence, pas de vitrines", estime un avocat.
  3. Social : Le chômage reste un défi majeur, surtout pour les jeunes. Les plans gouvernementaux peinent à inverser la tendance. "Le Maroc a les moyens de créer des emplois, mais il manque la volonté politique", conclut un économiste.

Dans ce contexte, la souveraineté marocaine est plus que jamais un équilibre fragile. Entre les pressions extérieures et les attentes intérieures, le pays doit trouver sa voie – sans perdre de vue ses priorités. "Le Maroc n’est pas un pays pauvre, mais un pays mal gouverné", disait un ancien ministre. La phrase résonne encore aujourd’hui.