Maroc : futsal, théâtre et liquidités bancaires, les équilibres culturels et économiques du 11 octobre

Le Maroc se prépare pour la CAN de futsal 2026 sous la direction d'Hicham Dguig, tandis que le théâtre et les tensions bancaires révèlent des dynamiques culturelles et économiques contrastées.

Maroc : futsal, théâtre et liquidités bancaires, les équilibres culturels et économiques du 11 octobre
Photo de Jean Papillon sur Unsplash

Le Maroc aborde ce dimanche 11 octobre 2026 avec un mélange d’ambitions sportives, de créations culturelles et de tensions économiques qui dessinent les contours d’un pays en mouvement. Entre la préparation d’une compétition continentale majeure, l’arrivée d’une pièce de théâtre parisienne à Casablanca et les signaux contradictoires envoyés par le secteur bancaire, les équilibres restent fragiles, mais révélateurs des priorités nationales.


Hicham Dguig et le futsal marocain : une ambition continentale à confirmer

À quelques mois de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de futsal 2026, organisée sur son sol, le Maroc mise une nouvelle fois sur Hicham Dguig pour consolider sa domination sur le continent. Le sélectionneur, en poste depuis plusieurs années, a déjà mené les Lions de l’Atlas à trois titres africains (2016, 2020, 2024), faisant du futsal marocain une référence en Afrique. Cette régularité au sommet, rare dans le sport africain, interroge sur la capacité du pays à transformer cette dynamique en un modèle durable, au-delà des succès ponctuels.

La CAN 2026 s’annonce comme un test pour Dguig et ses joueurs. Si le Maroc a su s’imposer comme une puissance continentale, la compétition reste ouverte, avec des nations comme l’Égypte ou l’Angola en embuscade. L’enjeu dépasse le simple résultat sportif : il s’agit de prouver que le futsal marocain n’est pas seulement un phénomène passager, mais bien une discipline structurée, capable de rivaliser avec les meilleures sélections mondiales. Le tournoi, qui se déroulera dans plusieurs villes du royaume, sera aussi l’occasion de mesurer l’engouement local pour ce sport, encore marginal comparé au football traditionnel.


« Le Rôti » d’Amanda Sthers : le théâtre contemporain débarque à Casablanca

Le Studio des Arts Vivants de Casablanca accueillera le 15 octobre la pièce « Le Rôti », écrite par Amanda Sthers et mise en scène par Benjamin Elharrar. Cette comédie, qui explore les tensions sociales et les non-dits lors d’un dîner entre amis, marque une nouvelle étape dans la programmation des Théâtrales, portée par Top Event Production. Avec un casting composé de Samy Berry, Vanessa Fery, Valentin Giard et Audrey David, la pièce s’inscrit dans une tradition du théâtre français contemporain, où l’humour et l’ironie servent à déconstruire les apparences bourgeoises.

L’arrivée de cette création à Casablanca soulève plusieurs questions. D’abord, celle de la réception d’un public marocain face à une œuvre qui, bien que universelle dans ses thèmes (hypocrisie sociale, relations amoureuses, quête de sens), reste ancrée dans un contexte parisien. Ensuite, celle de la place du théâtre contemporain dans le paysage culturel marocain, où les salles dédiées aux arts vivants peinent encore à trouver leur public en dehors des grands festivals. Enfin, l’événement interroge la capacité du Maroc à attirer des productions internationales de qualité, sans tomber dans le piège d’un simple « copier-coller » de la scène européenne.

Pour le Studio des Arts Vivants, qui a déjà accueilli des spectacles variés, cette pièce est une opportunité de diversifier son offre et de toucher un public plus large. Reste à savoir si les Marocains répondront présent pour une comédie qui, au-delà de son aspect divertissant, pose des questions sur les fractures sociales et les attentes individuelles.


Liquidités bancaires : un système sous tension

Le besoin de liquidités des banques marocaines a atteint 136,5 milliards de dirhams (MMDH) en moyenne hebdomadaire en septembre 2026, selon la dernière Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière de Bank Al-Maghrib (BAM). Ce chiffre, en hausse par rapport aux 133,1 MMDH du mois précédent, reflète une tension persistante sur le marché interbancaire, où les échanges quotidiens s’élèvent à seulement 3,9 MMDH, pour un taux moyen pondéré de 2,25 %.

Pour répondre à cette demande, BAM a injecté 152,5 MMDH dans le système, répartis entre des avances à 7 jours (57,1 MMDH), des opérations de pension livrée (47,6 MMDH) et des prêts garantis à long terme (47,8 MMDH). Ces mesures, bien que nécessaires pour éviter un assèchement du crédit, soulèvent des interrogations sur la santé financière des banques marocaines. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la hausse des créances douteuses, liée à un ralentissement économique, la baisse des dépôts des ménages, et une méfiance accrue des investisseurs étrangers.

Sur le marché des bons du Trésor, les taux restent stables, mais cette apparente sérénité masque une réalité plus contrastée. Les banques, confrontées à un environnement moins favorable, pourraient être tentées de resserrer les conditions de crédit, au risque d’étouffer la reprise économique. Pour l’instant, BAM joue son rôle de prêteur en dernier ressort, mais la question de la soutenabilité de cette politique se pose avec acuité, surtout si les tensions persistent.


Libre-échange : le Maroc favorable, mais l’Afrique méconnue

Le Maroc se distingue comme l’un des pays africains les plus favorables au libre-échange, selon le rapport « African insights 2026 » d’Afrobarometer. Réalisée dans 38 pays du continent, cette enquête révèle que les Marocains affichent une adhésion marquée aux échanges internationaux, perçus comme un levier de croissance économique. Pourtant, cette ouverture contraste avec une méconnaissance généralisée de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pourtant au cœur de la stratégie d’intégration économique du continent.

Cette dichotomie est révélatrice des paradoxes de la politique commerciale marocaine. D’un côté, le royaume a multiplié les accords de libre-échange, notamment avec l’Union européenne, les États-Unis et plusieurs pays arabes, consolidant sa position de hub économique régional. De l’autre, son engagement en faveur de l’intégration africaine reste timide, malgré les discours officiels. La ZLECAf, qui vise à créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs, peine à s’imposer dans le débat public marocain, comme si l’Afrique restait un partenaire secondaire, malgré les opportunités qu’elle représente.

Pourtant, avec une économie de plus en plus tournée vers l’export, le Maroc aurait tout à gagner à renforcer ses liens avec le continent. Les défis sont nombreux : barrières non tarifaires, infrastructures défaillantes, concurrence des puissances étrangères (Chine, Turquie, Europe). Mais l’enjeu est clair : si le royaume veut jouer un rôle central en Afrique, il devra dépasser les réticences et faire de la ZLECAf une priorité, au-delà des simples déclarations d’intention.


Ce qu’il faut retenir

Ce dimanche 11 octobre 2026, le Maroc se trouve à la croisée de plusieurs dynamiques. Sur le plan sportif, la CAN de futsal 2026 s’annonce comme un test pour Hicham Dguig et sa génération dorée, avec l’ambition de confirmer une domination continentale encore fragile. Culturellement, l’arrivée de « Le Rôti » à Casablanca illustre les efforts pour diversifier l’offre théâtrale, tout en posant la question de la réception d’un public marocain face à des œuvres étrangères. Économiquement, les tensions sur les liquidités bancaires rappellent que la reprise reste fragile, malgré les interventions de Bank Al-Maghrib. Enfin, sur le plan commercial, le Maroc affiche une ouverture au libre-échange, mais peine à s’approprier les outils de l’intégration africaine, comme la ZLECAf.

Ces équilibres, à la fois prometteurs et précaires, dessinent les contours d’un pays en quête d’un modèle durable, où le sport, la culture et l’économie doivent trouver leur place dans un environnement régional et international de plus en plus compétitif.