Maroc-France : relance économique et tensions électorales en toile de fond

La 15e Réunion de Haut Niveau Maroc-France s'ouvre à Rabat sur fond de relance économique et de préparation des législatives marocaines de septembre.

Maroc-France : relance économique et tensions électorales en toile de fond
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Une relance économique au cœur de la rencontre Maroc-France

La 15e session de la Réunion de Haut Niveau (RHN) entre le Maroc et la France s'ouvre ce jeudi 16 juillet à Rabat, co-présidée par le Premier ministre français Sébastien Lecornu et son homologue marocain Aziz Akhannouch. Cette rencontre intervient dans un contexte économique marqué par plusieurs enjeux pour le Royaume.

Selon les informations communiquées lors de l'arrivée de Lecornu à l'aéroport de Rabat-Salé, cette session devrait aborder des dossiers structurants pour les deux pays. Parmi les sujets attendus figurent les partenariats industriels, les investissements dans les secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables et la logistique, ainsi que la coopération en matière de formation professionnelle. La présence de plusieurs ministres marocains à l'accueil du Premier ministre français - dont ceux de l'Agriculture, de l'Industrie et du Transport - suggère une volonté de concrétiser des projets concrets plutôt que de se limiter à des déclarations d'intention.

Cette RHN intervient alors que l'économie marocaine montre des signes de reprise après une période de ralentissement. Les indicateurs récents, bien que contrastés, laissent entrevoir une amélioration progressive du climat des affaires. La Bourse de Casablanca, qui avait connu une période de baisse en début de mois, montre des signes de stabilisation, tandis que les investissements étrangers dans les secteurs de l'automobile et des énergies vertes restent soutenus.

Élections législatives : le calendrier se précise

En marge de cette rencontre diplomatique, le ministère de l'Intérieur a dévoilé mercredi les chiffres actualisés des listes électorales pour les élections législatives prévues le 23 septembre 2026. Avec 15,8 millions d'électeurs inscrits, contre près de 18 millions en 2021, ces chiffres révèlent une baisse significative de la participation potentielle.

Cette diminution du nombre d'inscrits s'explique en partie par la révision exceptionnelle des listes électorales menée entre le 15 mai et le 10 juillet, qui a permis l'inscription de 391.000 nouveaux électeurs. La répartition par genre montre une légère surreprésentation masculine (54% des inscrits), tandis que la répartition géographique devrait jouer un rôle crucial dans la campagne à venir.

Ces élections s'annoncent comme un test important pour la stabilité politique du pays, alors que plusieurs réformes économiques et sociales sont en cours de mise en œuvre. Le gouvernement devra composer avec un paysage politique fragmenté et des attentes fortes de la population en matière d'emploi et de pouvoir d'achat.

Un contexte social tendu

La rencontre entre les deux Premiers ministres intervient dans un contexte social marqué par plusieurs mouvements de protestation. À Casablanca, des avocats ont organisé mercredi un sit-in devant la Cour d'appel pour dénoncer le projet de loi encadrant leur profession. Ce texte, actuellement examiné par la Cour constitutionnelle, suscite une vive opposition de la part des professionnels du droit, qui y voient une menace pour leur indépendance.

Cette mobilisation s'inscrit dans une série de tensions sociales qui traversent le pays depuis plusieurs mois. Entre les revendications salariales dans certains secteurs, les protestations contre la vie chère et les mouvements locaux pour l'amélioration des services publics, le gouvernement marocain doit naviguer dans un environnement social complexe.

La question de l'emploi reste particulièrement sensible, avec un taux de chômage des jeunes qui demeure élevé malgré les efforts déployés pour attirer les investissements étrangers. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la capacité des autorités à concilier les impératifs économiques avec les attentes sociales.

Perspectives économiques et diplomatiques

La relance de la coopération économique entre le Maroc et la France pourrait apporter des réponses concrètes à certains de ces défis. Les deux pays entretiennent des relations économiques étroites, avec des échanges commerciaux qui dépassent les 10 milliards d'euros annuels. La France reste le premier partenaire commercial du Maroc en Europe et un investisseur majeur dans plusieurs secteurs clés.

Parmi les dossiers qui pourraient être abordés lors de cette RHN figurent notamment :

  • Le développement des infrastructures logistiques, avec un accent particulier sur le port de Tanger Med
  • Les projets dans le domaine des énergies renouvelables, notamment l'hydrogène vert
  • La coopération en matière de formation professionnelle et d'enseignement supérieur
  • Les partenariats industriels dans les secteurs automobile et aéronautique

Cette rencontre intervient également dans un contexte géopolitique régional complexe, marqué par les tensions persistantes dans le détroit d'Ormuz. Les frappes américaines contre des positions iraniennes, qui se sont multipliées ces derniers jours, rappellent la fragilité de la stabilité régionale et son impact potentiel sur les échanges commerciaux.

Pour le Maroc, cette RHN représente une opportunité de consolider ses partenariats stratégiques tout en préparant le terrain pour les prochaines échéances électorales. Les prochains jours devraient permettre de mesurer l'avancée des projets concrets et leur capacité à répondre aux attentes économiques et sociales du pays.