Après le Mondial 2026, le Maroc face à l'héritage d'une génération
L'élimination en quarts de finale contre la France marque la fin d'un cycle pour les Lions de l'Atlas. Au-delà du sport, le Mondial 2026 interroge la capacité du Maroc à transformer l'engouement populaire en levier durable pour l'innovation et la diplomatie.
Un quart de finale qui résonne au-delà du terrain
L'élimination du Maroc face à la France en quarts de finale du Mondial 2026 (2-0) a laissé un goût d'inachevé, mais aussi la confirmation d'une équipe arrivée à maturité. Malgré la défaite, les Lions de l'Atlas ont démontré une résilience collective, portée par des individualités comme Yassine Bounou, dont l'arrêt sur penalty a évité une correction plus lourde en première mi-temps. "Nous avons affronté une équipe de très haut niveau", a reconnu le sélectionneur Mohamed Ouahbi en conférence de presse, soulignant que ce revers ne remettait pas en cause "le projet engagé autour de cette génération".
Pourtant, au-delà des performances sportives, c'est la question de l'héritage de cette compétition qui s'impose. Le Maroc, coorganisateur du Mondial 2030 avec l'Espagne et le Portugal, se trouve à un carrefour : comment transformer l'engouement populaire et la visibilité internationale en leviers durables pour l'économie, la recherche et la diplomatie ?
Le soft power marocain à l'épreuve des symboles
Les incidents survenus à Paris après la victoire du Maroc contre le Canada – où des drapeaux marocains ont été brûlés et des supporters insultés – ont révélé les tensions persistantes au sein du Maghreb. Ces actes, qualifiés de "réflexe d'une haine entretenue pendant des années" par Hespress, soulignent les limites d'une diplomatie sportive qui ne s'accompagne pas d'une stratégie plus large. Comme le note une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD), le soft power marocain reste "trop dépendant des performances sportives et pas assez ancré dans des secteurs structurants comme la recherche ou l'innovation".
L'Académie Mohammed VI, souvent citée comme modèle pour son rôle dans la formation des élites sportives, pourrait servir d'inspiration. L'étude du CAESD propose d'en dupliquer le modèle dans des domaines comme les mathématiques, l'intelligence artificielle ou l'industrie, afin de créer un écosystème où le sport ne serait qu'un pilier parmi d'autres. "La Coupe du monde 2030 doit être un accélérateur, pas une fin en soi", estime le rapport, qui appelle à une "stratégie intégrée" associant culture, éducation et innovation.
L'économie sociale, parent pauvre de la dynamique footballistique
Alors que le football marocain attire les projecteurs, les coopératives locales peinent toujours à accéder aux financements nécessaires à leur développement. Un partenariat récent entre JAIDA, société de financement dédiée à l'économie sociale, et l'Office du Développement de la Coopération (ODCO) tente de combler ce fossé. "Longtemps confrontées à un accès limité au financement, les coopératives marocaines bénéficieront désormais d'un dispositif structuré", explique Hespress, qui souligne l'enjeu de pérenniser ces structures face à la concurrence des grands groupes.
Ce rapprochement intervient dans un contexte où le système financier marocain affiche une résilience certaine, selon le dernier rapport du Comité de Coordination et de Surveillance des Risques Systémiques (CCSRS). Pourtant, cette stabilité macroéconomique contraste avec les difficultés persistantes des acteurs locaux, notamment dans les zones rurales. Le Mondial 2026 a montré que le football pouvait fédérer au-delà des clivages sociaux ; reste à savoir si cette dynamique profitera aussi aux secteurs moins visibles de l'économie.
Ce qu'il faut retenir
- Un exploit sportif qui interroge l'avenir : L'élimination en quarts de finale marque la fin d'un cycle pour les Lions de l'Atlas, mais aussi le début d'une réflexion sur l'héritage du Mondial 2026. Le défi est désormais de capitaliser sur cette visibilité pour renforcer d'autres secteurs clés.
- Le soft power à l'épreuve des réalités géopolitiques : Les incidents de Paris rappellent que la diplomatie sportive ne suffit pas à apaiser les tensions régionales. Le Maroc doit élargir sa stratégie d'influence en investissant dans l'innovation et la recherche, comme le suggère l'étude du CAESD.
- L'économie sociale en quête de financement : Le partenariat entre JAIDA et l'ODCO est une première étape pour soutenir les coopératives, mais il reste à voir si ces mesures suffiront à combler les inégalités territoriales. Le football a montré sa capacité à fédérer ; l'enjeu est désormais de transposer cette dynamique à d'autres secteurs.
- 2030, une échéance qui dépasse le sport : La coorganisation du prochain Mondial doit être l'occasion de repenser le modèle de développement marocain, en associant performance sportive, innovation et cohésion sociale. Comme le résume l'étude du CAESD, "le Mondial 2030 doit être un accélérateur, pas une fin en soi".