Maroc : après les législatives, le football en quête d’un nouveau souffle
Les résultats des législatives 2026 redessinent le paysage politique marocain, tandis que le football national affronte des défis structurels et continentaux. Entre ambitions sportives et réalités économiques, quel avenir pour les Lions de l’Atlas ?
Un scrutin qui rebat les cartes politiques, sans surprise majeure
Les résultats provisoires des élections législatives marocaines du 23 septembre 2026, annoncés dans la nuit par le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit, confirment une tendance déjà observée lors des précédents scrutins : la fragmentation du paysage politique et la domination relative du Parti authenticité et modernité (PAM). Avec 97 sièges à la Chambre des représentants, le PAM devance le Rassemblement national des indépendants (RNI, 66 sièges) et l’Istiqlal (65 sièges), tandis que le Parti de la justice et du développement (PJD) effectue un retour notable avec 54 sièges, après sa défaite historique de 2021.
Ce scrutin, marqué par un taux de participation de 38,02 % – en légère hausse par rapport à 2021 –, reflète une certaine stabilité dans les équilibres politiques, malgré les tensions sociales et économiques qui ont traversé le pays ces derniers mois. Les observateurs soulignent toutefois l’absence de majorité claire, qui pourrait compliquer la formation d’un gouvernement et la mise en œuvre de réformes structurelles, notamment dans des secteurs comme le sport, où les attentes en matière d’infrastructures et de gouvernance restent fortes.
Football marocain : entre ambitions continentales et défis internes
Alors que le Maroc s’apprête à co-organiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, le football national traverse une période charnière. Les Lions de l’Atlas, finalistes malheureux de la dernière Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2025, préparent activement leur campagne de qualifications pour la CAN 2027 et les éliminatoires du Mondial 2030. Pourtant, derrière les succès sportifs, des questions persistent sur la capacité du pays à concilier ses ambitions internationales avec les réalités du terrain.
Une sélection en reconstruction
La convocation récente d’Ilias Akhomach, jeune milieu offensif formé au FC Barcelone, illustre la volonté de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) de rajeunir l’effectif. En revanche, l’incertitude autour de la participation d’Amine Harit, blessé, rappelle les fragilités d’une équipe qui peine à stabiliser son onze de départ. Les prochains matchs contre le Gabon et la Tanzanie, dans le cadre des qualifications pour la CAN 2027, seront cruciaux pour évaluer la cohésion du groupe.
Parallèlement, la sélection U20 poursuit son parcours prometteur. Après sa qualification pour la CAN 2027 via le tournoi UNAF, les jeunes Lions devront confirmer leur potentiel face à des nations africaines de plus en plus compétitives. Ces compétitions servent aussi de vitrine pour les talents locaux, alors que le championnat marocain peine à retenir ses meilleurs éléments, souvent attirés par des clubs européens.
Un championnat en quête de modèle économique
Le derby entre le Raja et le Wydad de Casablanca, toujours aussi suivi, cache mal les difficultés structurelles du football marocain. Les clubs peinent à trouver un équilibre financier, entre dépendance aux subventions publiques et manque de revenus commerciaux. La Ligue des champions africaine, où les clubs marocains brillent sporadiquement, reste un objectif difficile à pérenniser sans une refonte du modèle économique.
Les infrastructures, en revanche, progressent. L’Office national des aéroports (ONDA) a annoncé des travaux d’envergure pour moderniser les aéroports de Casablanca, Marrakech et Agadir, en prévision du Mondial 2030. Ces investissements, bien que nécessaires, soulèvent des questions sur leur articulation avec les besoins quotidiens des clubs et des centres de formation.
Diplomatie sportive et enjeux géopolitiques
Le football marocain ne se limite pas aux terrains. Il est aussi un outil de soft power, comme l’a montré la récente visite du sélectionneur Hervé Renard en Côte d’Ivoire, où il a été reçu par des officiels locaux. Ces déplacements s’inscrivent dans une stratégie plus large de renforcement des liens avec l’Afrique subsaharienne, alors que le Maroc mise sur son influence sportive pour consolider sa position sur le continent.
Cependant, cette diplomatie sportive se heurte parfois à des tensions régionales. La question de Sebta et Melilla, relancée par les déclarations du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares, qui a rejeté toute idée de cosouveraineté, rappelle que le sport ne peut ignorer les réalités géopolitiques. Le football, souvent présenté comme un vecteur d’unité, reste un miroir des relations entre le Maroc et ses voisins.
Ce qu’il faut retenir
- Un paysage politique fragmenté : Le PAM arrive en tête des législatives, mais sans majorité absolue, ce qui pourrait ralentir les réformes, y compris dans le sport.
- Des Lions de l’Atlas en transition : La sélection nationale, en reconstruction, doit confirmer son potentiel face à des adversaires africains de plus en plus solides.
- Un championnat en quête de stabilité : Les clubs marocains brillent en Afrique, mais leur modèle économique reste fragile, malgré les investissements dans les infrastructures.
- Le football comme levier diplomatique : Le Maroc utilise son influence sportive pour renforcer ses liens en Afrique, mais les tensions régionales rappellent les limites de cette stratégie.
Alors que le pays se prépare à accueillir le Mondial 2030, le football marocain doit relever un double défi : performer sur le terrain tout en consolidant ses bases économiques et institutionnelles. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si le Maroc peut transformer l’essai de ses ambitions sportives.