Société marocaine : l'État proche à Almería, absent à Tamansourt

Société marocaine : pendant que Rabat déploie un dispositif consulaire à Almería, des éleveurs et villages ruraux attendent toujours l'État.

Société marocaine : l'État proche à Almería, absent à Tamansourt
Photo de Sourajit Hazra sur Unsplash

Une géographie marocaine du soin à deux vitesses

Le même État qui ouvre ses consulats le week-end à Almería peine à boucher un trou de chaussée à Tamansourt. La presse marocaine de ce 27 avril dessine, sans le dire, une cartographie inégale de la sollicitude publique : intense quand il s'agit des Marocains du monde, intermittente quand il s'agit des Marocains de l'intérieur. Ce n'est pas un procès, c'est un constat de proximité.

Almería, vitrine d'une diplomatie de proximité

Selon Hespress, le Consulat général du Royaume à Almería poursuit un dispositif exceptionnel ouvert le week-end pour faciliter l'accès des Marocains de la province aux prestations consulaires. Le texte officiel parle d'« adapter l'offre aux besoins croissants » des MRE et invoque les Hautes Instructions royales pour placer ces préoccupations « au centre de l'action consulaire ».

Sur le papier, c'est une mécanique qui fonctionne. La diplomatie consulaire marocaine, depuis plusieurs années, mise sur l'agilité : guichets mobiles, ouvertures élargies, dématérialisation. Le réflexe est juste, l'enjeu massif — les transferts des MRE pèsent toujours plus lourd que les IDE dans la balance des paiements. L'État sait ce qu'il doit à ses expatriés. Il sait aussi ce qu'il leur demande.

La question commence là où s'arrête Almería : avec quelle énergie le même État traite-t-il les Marocains qui n'ont pas franchi la Méditerranée ?

Kelaâ des Sraghna, Rehamna, Tamansourt : la liste des oubliés

À Kelaât Sraghna, vingt éleveurs sont passés à travers les mailles du dispositif national de reconstitution du cheptel, rapporte Kech24 en relayant une question écrite du député istiqlalien Layachi El Ferfar. Leur tort : avoir suivi leurs bêtes vers les pâturages du Gharb et de Settat pendant la phase de recensement, puis être rentrés trop tard pour le marquage. Résultat administratif : pas de soutien. Résultat humain : un cheptel d'environ 2 500 têtes laissé hors filet, dans une région où l'élevage est l'économie principale du monde rural et où la sécheresse a déjà fait l'essentiel du travail de destruction.

À Rehamna, le député Abdellatif Ezzaim interpelle le ministère de l'Équipement et de l'Eau sur un autre sujet brûlant : la généralisation des matfiyat, ces bassins de collecte des eaux pluviales qui ont fait leurs preuves dans plusieurs bassins versants. Selon Kech24, la province semi-aride continue de cumuler années de sécheresse et raréfaction des nappes, sans que cette solution éprouvée ne soit déployée à grande échelle.

À Tamansourt, c'est l'image qui frappe : une fosse au milieu de la route à Jouamiâa, signalée depuis des mois, que les riverains balisent eux-mêmes avec des moyens de fortune, faute d'intervention de la commune, toujours selon Kech24. Une ville nouvelle censée incarner la modernité urbaine post-2008 réduite à des dispositifs citoyens improvisés pour éviter l'accident.

Trois localités, trois ministères, un même fil rouge : la politique publique existe, elle est même bien conçue dans son principe, mais elle s'arrête à la dernière borne kilométrique avant le citoyen.

Les milliards bloqués que l'IGF passe au crible

Ce décalage entre l'annonce et le terrain a désormais un auditeur : l'Inspection générale des finances. Selon Hespress, l'IGF a accéléré ses missions sur des marchés de travaux bloqués au sein d'institutions et d'entreprises publiques, et passe au crible 67 marchés audités, en se concentrant sur la régularité des ordres de service, la disponibilité des emprises et le respect du cahier des clauses administratives générales. Plusieurs milliards de centimes sont en jeu.

C'est précisément là que se joue la crédibilité de la promesse publique. Un projet de bassin pluvial à Rehamna, une route entretenue à Tamansourt, un dispositif de soutien à l'éleveur de Kelaât Sraghna — tout cela passe par des marchés. Quand les marchés se grippent, ce ne sont pas des chiffres qui s'embourbent : ce sont des villages qui attendent.

Ce qu'il faut retenir

Almería montre ce que l'administration marocaine sait faire quand elle décide d'aller vers le citoyen. Kelaât Sraghna, Rehamna et Tamansourt rappellent qu'à l'intérieur des frontières, ce même citoyen attend parfois des mois pour qu'on bouche un trou ou qu'on l'inscrive sur une liste. La fracture n'est pas idéologique, elle est administrative et géographique. L'audit lancé par l'IGF sur les marchés bloqués sera un test : si les milliards immobilisés se débouchent, la promesse publique reprendra du sens. Sinon, la liste des oubliés s'allongera, dossier après dossier, question parlementaire après question parlementaire.