Géopolitique : le Maroc face aux enjeux africains et aux tensions régionales

Entre appel européen contre la colonisation en Cisjordanie et expansion gazière du Qatar en Afrique, le Maroc navigue dans un contexte géopolitique complexe ce 5 octobre 2026.

Géopolitique : le Maroc face aux enjeux africains et aux tensions régionales
Photo de Erfan Moradi sur Unsplash

Le 5 octobre 2026 s’ouvre sous le signe des équilibres géopolitiques pour le Maroc, pris entre des dynamiques régionales contrastées et des appels internationaux à l’action. Alors que les prévisions météorologiques annoncent des conditions instables sur une partie du territoire – un phénomène désormais récurrent en cette saison –, deux dossiers majeurs retiennent l’attention des chancelleries : la colonisation israélienne en Cisjordanie, où l’Europe cherche à mobiliser, et l’expansion stratégique du Qatar en Afrique, qui redessine les alliances énergétiques du continent.

L’Europe appelle à agir contre la colonisation israélienne : le Maroc dans l’équation ?

Plus de 500 anciens responsables européens, parmi lesquels des figures comme Dominique de Villepin, Alain Juppé ou Josep Borrell, ont signé une tribune publiée ce lundi dans Libération pour exiger une réaction ferme de l’Union européenne (UE) face à un projet de colonisation israélienne en Cisjordanie. Le texte cible spécifiquement le projet E1, dont les contrats pour la première tranche doivent être attribués prochainement par le gouvernement israélien. Les signataires soulignent que cette initiative, jugée illégale au regard du droit international, « menace la viabilité d’un État palestinien » et « sape les efforts de paix ».

Pour le Maroc, cette prise de position européenne résonne avec une diplomatie qui a toujours défendu la solution à deux États, tout en maintenant des relations pragmatiques avec Israël depuis la normalisation de 2020. Rabat a d’ailleurs joué un rôle discret mais actif dans les négociations passées, notamment en tant que président du Comité Al-Qods. Si le royaume n’a pas encore réagi officiellement à cet appel, son positionnement pourrait s’avérer crucial dans les semaines à venir, alors que l’UE cherche à mobiliser ses partenaires méditerranéens. Une éventuelle condamnation marocaine, même mesurée, serait perçue comme un signal fort par les capitales européennes, tandis qu’une neutralité prudente risquerait d’être interprétée comme un alignement sur les positions israéliennes.

Le Qatar mise sur l’Afrique pour diversifier ses relais énergétiques

À l’autre bout du spectre géopolitique, le géant qatari QatarEnergy accélère son expansion en Afrique, un continent devenu un enjeu stratégique pour les acteurs du Golfe. Fragilisé par les tensions au Moyen-Orient, le groupe mise sur des projets à « fort impact » pour sécuriser de nouveaux débouchés, selon Jeune Afrique. Si les détails des investissements restent confidentiels, cette stratégie s’inscrit dans une logique de diversification, alors que les marchés traditionnels du Qatar – l’Asie et l’Europe – subissent des pressions concurrentielles et géopolitiques.

Pour le Maroc, cette dynamique offre des opportunités, mais aussi des défis. Le royaume, qui a conclu des accords énergétiques avec plusieurs pays africains, pourrait tirer parti de cette présence qatarienne pour renforcer ses propres partenariats, notamment dans le gaz naturel et les énergies renouvelables. Cependant, cette concurrence accrue pourrait aussi compliquer ses ambitions de devenir un hub énergétique régional, d’autant que le Qatar dispose de moyens financiers et technologiques supérieurs. La visite récente du ministre marocain des Affaires étrangères en Afrique de l’Ouest, où plusieurs projets gaziers sont en discussion, prend ainsi une nouvelle dimension.

Brésil et Québec : deux scrutins qui interrogent les démocraties

Deux élections, à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, viennent par ailleurs rappeler les fragilités des systèmes démocratiques. Au Brésil, le premier tour de la présidentielle a réservé une surprise : Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite, a devancé le sortant de gauche Lula da Silva, qu’il affrontera au second tour le 25 octobre. Les sondages, qui donnaient Lula en tête, ont une nouvelle fois sous-estimé la résilience de la droite brésilienne, un phénomène déjà observé en 2018. Pour le Maroc, qui entretient des relations économiques et diplomatiques avec Brasilia, l’issue de ce scrutin pourrait influencer les échanges commerciaux, notamment dans les secteurs agricole et minier.

Au Québec, les élections générales de ce lundi mettent en lumière les limites du mode de scrutin. Malgré seulement 30 % des intentions de vote, le Parti québécois (PQ) pourrait remporter la majorité des sièges, selon les derniers sondages. Ce décalage entre la représentation populaire et le résultat final, déjà critiqué par le passé, relance le débat sur la réforme électorale. Si le Maroc n’est pas directement concerné par cette question, la montée des tensions autour des scrutins contestés – comme au Cameroun, où le silence de Paul Biya suscite des interrogations – rappelle l’importance de la légitimité électorale pour la stabilité politique.

Ce qu’il faut retenir

Ce 5 octobre 2026 illustre la complexité du positionnement marocain sur la scène internationale. Entre l’appel européen à agir contre la colonisation israélienne, qui teste sa diplomatie équilibrée, et l’expansion qatarienne en Afrique, qui redéfinit les alliances énergétiques, Rabat doit naviguer avec prudence. Les scrutins brésilien et québécois, bien que lointains, rappellent par ailleurs que les démocraties, y compris les plus établies, restent vulnérables aux distorsions politiques et électorales. Dans ce contexte, le Maroc continue de jouer sa partition : celle d’un acteur stable, mais dont les choix seront scrutés de près, tant par ses partenaires européens que par ses voisins africains.