Maroc : emploi, incendies et irrigation, les défis sociaux du 4 août

Le Maroc fait face à des enjeux sociaux majeurs : hausse de l'emploi contre revenu, incendies forestiers dans le Rif et l'Atlas, et blocage d'un projet d'irrigation à Kalaat Sraghna. Analyse des tensions et des réponses publiques.

Maroc : emploi, incendies et irrigation, les défis sociaux du 4 août
Photo de Mike Newbry sur Unsplash

Emploi contre revenu : une hausse qui cache des déséquilibres

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié ce mardi des chiffres révélateurs sur l'évolution du marché du travail au Maroc. Au deuxième trimestre 2026, 10,64 millions de personnes occupent un emploi contre revenu, soit une augmentation de 279 000 postes par rapport au premier trimestre (+2,7%). Cette progression, plus marquée en milieu urbain (+187 000) qu'en milieu rural (+92 000), porte le taux d'emploi contre revenu à 38,2% au niveau national.

Derrière ces chiffres se dessinent cependant des réalités contrastées. Le taux d'emploi reste fortement genré : 61,1% pour les hommes contre seulement 15,4% pour les femmes. Cette disparité, bien que structurelle, interroge dans un contexte où les politiques publiques mettent l'accent sur l'inclusion économique. Par ailleurs, la concentration urbaine (61,9% des emplois contre revenu) souligne les limites des stratégies de développement rural, alors que le pays mise sur la diversification de son tissu économique.

L'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC) prépare une réponse ciblée avec le lancement d'une "Agence Digitale Immersive" dédiée aux métiers des soins. Ce projet pilote, financé en partie par l'Agence belge de développement (Enabel), vise à répondre à la pénurie de compétences dans le secteur de la santé. Un appel d'offres a été lancé pour sélectionner le prestataire chargé de concevoir ce dispositif, qui pourrait servir de modèle pour d'autres secteurs en tension.

Incendies forestiers : 100 hectares partis en fumée

Deux incendies distincts ont ravagé 100 hectares de couvert forestier ce week-end dans le nord du pays. Le premier, dans la forêt de Laânoussar (province de Sefrou), a détruit 70 hectares et mobilise encore les équipes d'intervention ce mardi. Le second, dans la forêt de Khandak El Kahla (province de Chefchaouen), a été maîtrisé après avoir consumé 30 hectares.

Ces sinistres interviennent dans un contexte de sécheresse persistante et de températures élevées, facteurs aggravants pour la propagation des feux. L'Agence nationale des eaux et forêts a indiqué que les opérations d'extinction se poursuivaient dans la province de Sefrou, sans préciser l'origine des départs de feu. Ces événements rappellent la vulnérabilité des écosystèmes forestiers marocains, alors que le pays a connu ces dernières années une augmentation des surfaces brûlées.

La gestion des risques incendie reste un défi majeur pour les autorités, qui doivent concilier protection des espaces naturels et développement économique des zones rurales. Ces incendies surviennent alors que le Maroc a lancé plusieurs programmes de reboisement et de prévention, avec un accent particulier sur les régions montagneuses comme le Rif et l'Atlas.

Irrigation à Kalaat Sraghna : un projet communal bloqué depuis cinq ans

Un projet d'irrigation collective dans la province de Kalaat Sraghna cristallise les tensions entre les attentes des agriculteurs et les lenteurs administratives. Lancé il y a plus de cinq ans pour convertir plusieurs douars (Oulad Mouslim, Oulad Hchad, Oulad Msabah et Diar) au système d'irrigation localisée, ce programme piloté par le Bureau régional d'investissement de Marrakech-Safi n'a toujours pas abouti.

Le député Abdel Rahim Waamro a interpellé le ministre de l'Agriculture sur ce dossier, soulignant que malgré les avancées initiales, "les travaux finaux restent en suspens". Ce blocage illustre les difficultés récurrentes dans la mise en œuvre des politiques agricoles, alors que le Maroc cherche à optimiser sa consommation d'eau face au stress hydrique.

Le projet s'inscrivait dans le cadre des programmes nationaux visant à économiser l'eau d'irrigation, un enjeu crucial pour un pays où l'agriculture représente 80% de la consommation en eau. Son enlisement pose la question de l'efficacité des mécanismes de suivi et de coordination entre les différents acteurs institutionnels, alors que les agriculteurs concernés avaient été encouragés à s'engager dans cette transition.

Ce qu'il faut retenir

Ces trois sujets dessinent les contours des défis sociaux auxquels le Maroc est confronté en ce début août 2026. La hausse de l'emploi contre revenu, bien que positive, révèle des inégalités persistantes entre zones urbaines et rurales, ainsi qu'entre hommes et femmes. Les incendies forestiers rappellent la vulnérabilité des écosystèmes face au changement climatique, tandis que le blocage du projet d'irrigation à Kalaat Sraghna met en lumière les difficultés de mise en œuvre des politiques publiques au niveau local.

Ces enjeux appellent des réponses coordonnées, alliant innovation (comme le projet d'agence digitale de l'ANAPEC) et efficacité administrative. Ils soulignent également l'importance d'une approche territoriale dans la conception des politiques sociales et environnementales, alors que le pays cherche à concilier développement économique et préservation de ses ressources naturelles.