Maroc : emploi, énergie et diaspora, les défis sociétaux du 10 août
Plus de 43% des jeunes diplômés marocains sous-employés, une stratégie énergétique qui traverse les majorités politiques, et la Journée des MRE comme levier de développement : les enjeux sociétaux du jour.
Le diplôme ne protège plus du sous-emploi
Au Maroc, le diplôme de l’enseignement supérieur n’est plus une garantie d’accès à un emploi à la hauteur des qualifications. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), citées par la Banque mondiale dans un rapport récent, 43 % des jeunes diplômés âgés de 25 à 34 ans occupent aujourd’hui un poste dont le niveau de qualification est inférieur à leur formation. Ce taux, en hausse de neuf points depuis 2019, révèle un décalage croissant entre le système éducatif et les besoins du marché du travail.
Le phénomène de la « surqualification » touche particulièrement les secteurs où la demande en main-d’œuvre qualifiée reste limitée, malgré une offre abondante. Les causes sont multiples : une croissance économique insuffisante pour absorber les nouveaux diplômés, des filières universitaires peu alignées sur les besoins des entreprises, et une préférence persistante pour les emplois publics, perçus comme plus stables mais saturés. La Banque mondiale souligne que cette situation risque d’alimenter la frustration des jeunes, déjà confrontés à un taux de chômage élevé (13,5 % en 2025, selon le HCP), et de freiner la productivité globale du pays.
Pour y remédier, les autorités misent sur des réformes structurelles, comme la refonte des filières professionnelles et le développement de l’apprentissage. Mais ces mesures, annoncées depuis plusieurs années, peinent à produire des effets concrets. En attendant, le Maroc continue de former des diplômés dont les compétences ne trouvent pas preneur, un paradoxe dans un pays qui ambitionne de devenir un hub régional pour les industries high-tech et les services.
Une stratégie énergétique qui survit aux alternances politiques
Le Maroc a inauguré le 19 juillet dernier une ligne électrique de 50 kilomètres à Lamharza Essahel, dans la province d’El Jadida. Un chantier de 486 millions de dirhams, mené par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), qui alimentera la future station de dessalement de Casablanca – la plus grande d’Afrique. Mise en service prévue en février 2027, elle sera exploitée par un consortium privé pendant trente ans. Ce projet, comme bien d’autres, est le fruit d’une stratégie énergétique lancée en 2009, qui a traversé trois majorités politiques successives : l’Istiqlal d’Abbas El Fassi, le PJD pendant une décennie, puis le RNI d’Aziz Akhannouch.
Cette continuité est rare dans un paysage politique marqué par les alternances et les clivages. Elle s’explique par une approche pragmatique, où les grands projets énergétiques sont conçus comme des infrastructures critiques, indépendamment des couleurs partisanes. Le Maroc a ainsi réussi à diversifier son mix énergétique, avec une part croissante des énergies renouvelables (42 % de la capacité installée en 2025, selon l’ONEE), tout en sécurisant ses approvisionnements en eau et en électricité.
Pourtant, cette stratégie ne fait guère débat dans l’arène politique. Les partis marocains, focalisés sur des enjeux plus immédiats comme le pouvoir d’achat ou la réforme de la fonction publique, semblent peu intéressés par les questions énergétiques. Une indifférence qui contraste avec l’urgence climatique et les défis de la transition écologique. Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, héritera d’un secteur énergétique en pleine mutation – mais sans avoir eu à en assumer la responsabilité politique.
Les Marocains du monde, acteurs clés du « Maroc 2030 »
La Journée nationale des Marocains résidant à l’étranger (MRE), célébrée chaque 10 août, est bien plus qu’une tradition. Elle incarne un pacte renouvelé entre le Royaume et sa diaspora, présentée comme un « levier incontournable » pour les grands chantiers du pays. Sous le thème « Les MRE au service des chantiers du Maroc 2030 », cette édition met en lumière le rôle croissant des compétences et des investissements de la diaspora dans le développement national.
Avec plus de 5 millions de Marocains vivant à l’étranger, selon les estimations du ministère des Affaires étrangères, la diaspora représente un capital humain et financier considérable. Les transferts de fonds, qui ont atteint 115 milliards de dirhams en 2025 (soit 8 % du PIB), financent des projets immobiliers, des entreprises locales et des initiatives sociales. Mais au-delà des apports financiers, les MRE sont de plus en plus perçus comme des ambassadeurs du savoir-faire marocain, notamment dans les secteurs de la technologie, de la santé et de l’innovation.
Pourtant, cette relation reste inégale. Si certains membres de la diaspora s’investissent activement dans des projets locaux, d’autres se heurtent à des obstacles administratifs ou à un manque de reconnaissance. Les défis sont nombreux : simplification des procédures d’investissement, meilleure intégration des compétences étrangères dans les secteurs publics, et lutte contre les discriminations dont certains MRE sont victimes à leur retour. La Journée du 10 août est ainsi l’occasion de rappeler que la diaspora n’est pas seulement une source de devises, mais un partenaire à part entière du développement marocain.
La pêche côtière en crise : le cas de Safi
Le port de Safi, l’un des principaux hubs de la pêche côtière et artisanale au Maroc, traverse une période difficile. Selon les dernières statistiques de l’Office national des pêches (ONP), les débarquements ont chuté de 37 % au premier semestre 2026, passant de 22 230 tonnes en 2025 à 14 039 tonnes cette année. La valeur marchande des captures a suivi la même tendance, reculant de 42 % pour s’établir à 95,5 millions de dirhams, contre 165,6 millions l’an dernier.
Cette baisse touche particulièrement les poissons pélagiques (sardines, maquereaux), dont les débarquements ont diminué de 37 %, tandis que les poissons blancs résistent mieux (+1 %). Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : la surpêche, les changements climatiques qui perturbent les écosystèmes marins, et la concurrence des flottes industrielles, souvent mieux équipées. À cela s’ajoutent des problèmes structurels, comme l’absence de modernisation des infrastructures portuaires et la dépendance aux marchés internationaux, sensibles aux fluctuations des prix.
Face à cette crise, les professionnels du secteur réclament des mesures urgentes : quotas de pêche plus stricts, soutien à la modernisation des bateaux, et diversification des débouchés commerciaux. Le gouvernement, conscient de l’enjeu, a lancé en 2025 un plan de relance de la pêche artisanale, doté de 2 milliards de dirhams. Mais les résultats se font attendre, et les pêcheurs de Safi, comme ceux d’autres ports marocains, continuent de subir les conséquences d’un secteur en pleine mutation.
Ce qu’il faut retenir
- Un marché du travail en décalage : Plus de 43 % des jeunes diplômés marocains occupent des emplois sous-qualifiés, révélant un déséquilibre persistant entre formation et emploi. La réforme des filières professionnelles et l’apprentissage sont présentés comme des solutions, mais leur mise en œuvre reste lente.
- L’énergie, un sujet consensuel : La stratégie énergétique marocaine, lancée en 2009, a survécu à trois majorités politiques différentes. Pourtant, elle suscite peu de débats, malgré son importance pour la transition écologique et la sécurité des approvisionnements.
- La diaspora, un atout sous-exploité : Les Marocains résidant à l’étranger sont de plus en plus impliqués dans les grands projets du pays. Mais leur intégration reste inégale, entre obstacles administratifs et manque de reconnaissance.
- La pêche en difficulté : Le port de Safi illustre les défis du secteur, avec une baisse de 37 % des débarquements au premier semestre 2026. Les causes sont multiples : surpêche, changements climatiques et concurrence des flottes industrielles.