Maroc : emploi, énergie et data centers, les défis économiques du 10 août
Le Maroc fait face à des tensions sur l’emploi des diplômés, une stratégie énergétique en héritage et un potentiel numérique à concrétiser. Trois enjeux clés pour l’économie.
Diplômés surqualifiés : un marché du travail à l’épreuve des réalités
Plus de 43 % des jeunes diplômés marocains âgés de 25 à 34 ans occupent aujourd’hui un emploi dont le niveau de qualification est inférieur à leur formation. Un chiffre en hausse de neuf points depuis 2019, selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) citées par la Banque mondiale dans son dernier rapport sur la croissance et l’emploi au Maroc. Ce phénomène de « surqualification » révèle un décalage persistant entre le système éducatif et les besoins du marché du travail.
Les secteurs les plus touchés ? Les services, où les diplômés se retrouvent souvent cantonnés à des postes administratifs ou commerciaux sans lien avec leur spécialisation. Les filières universitaires traditionnelles, comme le droit ou les sciences humaines, sont particulièrement exposées, tandis que les formations techniques et professionnelles peinent à attirer suffisamment d’étudiants. Résultat : une main-d’œuvre qualifiée sous-utilisée, et des entreprises qui peinent à recruter des profils adaptés à leurs besoins.
Pour les jeunes concernés, cette situation se traduit par une précarité accrue. Beaucoup acceptent des contrats temporaires ou des salaires inférieurs à leurs attentes, dans l’espoir d’une évolution qui tarde à venir. Un cercle vicieux, alors que le Maroc mise sur une économie de la connaissance pour diversifier ses sources de croissance.
Énergie : une stratégie qui dépasse les clivages politiques
Le 19 juillet, une ligne électrique de cinquante kilomètres a été mise sous tension à Lamharza Essahel, dans la province d’El Jadida. Un chantier de 486 millions de dirhams mené par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), destiné à alimenter la future station de dessalement de Casablanca – la plus grande d’Afrique. Sa mise en service est prévue pour février 2027, et son exploitation sera confiée à un consortium pour trente ans.
Ce projet illustre une caractéristique majeure de la politique énergétique marocaine : sa continuité. Depuis 2009, le Royaume s’est doté d’une stratégie claire, traversant trois majorités politiques – l’Istiqlal d’Abbas El Fassi, le PJD pendant dix ans, puis le RNI d’Aziz Akhannouch. Une stabilité rare, qui a permis au Maroc de devenir un leader régional en énergies renouvelables, avec des projets comme Noor Ouarzazate ou la centrale solaire de Midelt.
Pourtant, cette stratégie n’est pas sans défis. Le mix énergétique reste dépendant des importations de gaz et de pétrole, et les retards dans certains chantiers – comme le gazoduc Maroc-Nigeria – rappellent les contraintes géopolitiques et logistiques. Surtout, le prochain gouvernement héritera d’un paysage énergétique en pleine mutation, sans l’avoir entièrement façonné. Un paradoxe : le Maroc sait planifier, mais peine à associer pleinement sa classe politique aux choix structurants.
Data centers et IA : le Maroc peut-il devenir un hub continental ?
Le Maroc dispose d’atouts majeurs pour s’imposer comme un leader africain dans les data centers et l’intelligence artificielle (IA), estime The Conversation France. Dans un article publié ce mois-ci, le média souligne que le développement de ces infrastructures répond à une demande croissante, portée par l’essor de l’IA et la digitalisation des économies.
Plusieurs facteurs jouent en faveur du Royaume. D’abord, sa position géographique : à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, il offre une connectivité idéale pour les entreprises cherchant à desservir plusieurs marchés. Ensuite, ses infrastructures télécoms, parmi les plus avancées du continent, avec des câbles sous-marins comme 2Africa ou Medusa, qui relient l’Afrique à l’Europe et à l’Asie.
Enfin, le Maroc bénéficie d’un écosystème en maturation. Des acteurs locaux, comme Inetum ou OCP Group, investissent dans le cloud et l’IA, tandis que des partenariats internationaux – avec des géants comme Microsoft ou Huawei – se multiplient. Pourtant, des obstacles persistent. Le coût de l’énergie, encore élevé malgré les progrès des renouvelables, et la concurrence de pays comme l’Afrique du Sud ou le Kenya, mieux dotés en infrastructures, pourraient freiner cette dynamique.
Pour transformer ce potentiel en réalité, le Maroc devra accélérer sur deux fronts : la formation de talents locaux en data science et cybersécurité, et l’adoption d’un cadre réglementaire attractif pour les investisseurs étrangers.
Pêche côtière : Safi, symbole d’une filière en difficulté
Au port de Safi, les débarquements de pêche côtière et artisanale ont chuté de 37 % au premier semestre 2026, selon l’Office national des pêches (ONP). Avec seulement 14 039 tonnes débarquées, contre près de 22 300 tonnes à la même période en 2025, la baisse est brutale. La valeur marchande suit la même tendance, reculant de 42 % pour s’établir à 95,5 millions de dirhams.
Les poissons pélagiques, qui représentent l’essentiel des captures, sont les plus touchés (-37 % en volume, -48 % en valeur). Seuls les poissons blancs résistent, avec une légère hausse de 1 % en volume. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. D’abord, les conditions climatiques : les changements dans les courants marins et la hausse des températures affectent les stocks de poissons. Ensuite, la pression sur les ressources, avec une flotte de pêche souvent vieillissante et des pratiques peu durables.
Enfin, la concurrence internationale pèse sur les prix. Les importations de poissons congelés, souvent moins chers, grignotent les parts de marché des pêcheurs locaux. Pour Safi, port historique de la pêche marocaine, cette crise est un signal d’alarme. La filière, qui emploie des milliers de personnes, devra se réinventer – entre modernisation des techniques, diversification des espèces ciblées et renforcement des contrôles pour lutter contre la pêche illégale.
Ce qu’il faut retenir
- L’emploi des jeunes diplômés reste un défi structurel, avec 43 % des 25-34 ans en situation de surqualification. Un enjeu pour l’adéquation entre formation et marché du travail.
- La stratégie énergétique marocaine, lancée en 2009, traverse les alternances politiques. Mais son avenir dépendra de la capacité du prochain gouvernement à en assumer l’héritage.
- Les data centers et l’IA offrent une opportunité pour le Maroc, à condition de surmonter les défis énergétiques et réglementaires.
- La pêche côtière, notamment à Safi, illustre les fragilités d’une filière confrontée au changement climatique et à la concurrence internationale.