Maroc : après les législatives, l'économie entre attentes et défis internationaux
Le PAM confirme sa victoire aux législatives, tandis que les tensions UE-USA sur la régulation numérique et les enjeux géopolitiques pèsent sur les perspectives économiques marocaines.
Le PAM confirme sa victoire, l'économie en attente de réformes
Les résultats définitifs des élections législatives marocaines du 23 septembre 2026, publiés ce samedi par le ministère de l'Intérieur, ont confirmé la victoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM). Avec 102 sièges sur 395 à la Chambre des représentants, le parti devance le Rassemblement National des Indépendants (RNI, 68 sièges) et le Parti de la Justice et du Développement (PJD, 37 sièges). Cette confirmation intervient après le dépouillement complet des voix par les commissions régionales, présidées par des magistrats, et le dépôt des procès-verbaux à la Cour constitutionnelle.
À Casablanca, première circonscription du pays en nombre de sièges, la continuité l'emporte : 14 des 26 députés sortants conservent leur mandat, soit 54 % de la délégation. Les 12 nouveaux élus, dont trois dans la circonscription d'Aïn Chock, reflètent une ouverture partielle, mais limitée. Cette stabilité relative contraste avec les attentes d'un renouvellement plus marqué, alors que l'économie marocaine reste confrontée à des défis structurels : déficit budgétaire, dépendance aux secteurs traditionnels comme le tourisme et la pêche, et nécessité de diversifier les investissements.
Les marchés financiers, déjà en hausse depuis le 20 septembre, pourraient réagir positivement à cette clarification politique. Cependant, les analystes soulignent que l'impact économique dépendra des réformes annoncées par la future coalition gouvernementale, dont la formation pourrait prendre plusieurs semaines.
Régulation numérique : le Maroc entre deux feux
L'Union européenne et les États-Unis s'affrontent sur un terrain qui concerne directement le Maroc : la régulation des plateformes numériques. Le gouvernement américain a officiellement demandé à intervenir dans le recours engagé par X (ex-Twitter) et Elon Musk contre une amende de 120 millions d'euros infligée par Bruxelles en décembre 2025. Washington conteste la portée extraterritoriale du Digital Services Act (DSA), arguant que cette réglementation européenne pourrait s'appliquer aux entreprises américaines opérant au Maroc, un partenaire clé des deux blocs.
Pour le Maroc, cette tension pose un dilemme stratégique. Le pays, qui a fait de l'innovation technologique un pilier de sa croissance, héberge déjà des hubs numériques et des centres de données internationaux. Une adoption trop rapide des standards européens pourrait dissuader les investissements américains, tandis qu'un alignement sur Washington risquerait de compliquer les relations commerciales avec l'UE, premier partenaire économique du royaume.
Cette situation intervient alors que le Maroc a récemment renforcé sa coopération avec les Émirats arabes unis dans le domaine de l'intelligence artificielle, un secteur en pleine expansion mais encore peu régulé. Les prochains mois seront décisifs pour définir une position équilibrée, alors que le nouveau gouvernement devra arbitrer entre attractivité économique et conformité aux normes internationales.
Stabilisation de Gaza : le Maroc engagé, mais à quel prix ?
La Force internationale de stabilisation à Gaza (ISFA), mise en place après l'accord de cessez-le-feu de juin 2026, entre dans une phase opérationnelle. Le Maroc, aux côtés du Kosovo, s'apprête à déployer un contingent de 500 soldats dans la région de Rafah, selon le général américain Jasper Jeffers, commandant de l'ISFA. Cette participation, annoncée dès juillet, s'inscrit dans la continuité de la diplomatie marocaine au Proche-Orient, mais soulève des questions sur son impact économique et sécuritaire.
Le coût financier de cette mission n'a pas été communiqué, mais les précédents engagements militaires du Maroc à l'étranger (comme au Yémen ou en République centrafricaine) ont souvent pesé sur le budget de la défense, déjà sous pression. Par ailleurs, cette implication pourrait influencer les relations commerciales avec les pays arabes hostiles à l'initiative, notamment l'Algérie et l'Iran, qui ont critiqué le rôle des États-Unis dans la région.
Sur le plan intérieur, cette décision divise. Si une partie de l'opinion publique soutient une intervention humanitaire, d'autres voix s'interrogent sur la légitimité d'un engagement militaire dans un conflit aussi complexe. Le nouveau gouvernement, une fois formé, devra justifier ce choix face à une population préoccupée par les questions économiques et sociales.
Ce qu'il faut retenir
- Stabilité politique, incertitudes économiques : La confirmation des résultats des législatives ouvre la voie à la formation d'une coalition, mais les attentes en matière de réformes économiques restent élevées. Le PAM, bien que vainqueur, devra composer avec des partenaires aux priorités divergentes.
- Régulation numérique : un équilibre délicat : Le Maroc se trouve au cœur d'une bataille géopolitique entre l'UE et les États-Unis sur la régulation des plateformes numériques. Sa position future pourrait influencer son attractivité pour les investisseurs technologiques.
- Engagement à Gaza : un pari risqué : Le déploiement de troupes marocaines dans la bande de Gaza renforce la présence internationale du royaume, mais expose Rabat à des tensions diplomatiques et financières. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l'impact de cette décision.
Dans un contexte marqué par des défis internationaux et des attentes internes fortes, l'économie marocaine devra naviguer entre prudence et ambition pour maintenir sa croissance.