Maroc : dessalement, énergie et diplomatie, les chantiers géopolitiques du 15 octobre
Le Maroc accélère ses projets industriels et énergétiques tout en naviguant entre coopération militaire en Afrique et tensions régionales. Analyse des enjeux stratégiques.
Le Maroc aborde ce jeudi 15 octobre 2026 une séquence géopolitique et économique où se croisent ambitions industrielles, défis énergétiques et équilibres diplomatiques. Entre la relance de grands chantiers structurants et les tensions persistantes en Afrique, le royaume cherche à consolider sa position régionale tout en sécurisant ses approvisionnements stratégiques.
Dessalement et énergie : l’équation industrielle du Maroc
Les salons elec expo, EneR Event et Tronica Expo, qui se tiendront du 25 au 28 novembre à Casablanca, offrent un aperçu des priorités marocaines. Au cœur des discussions : le dessalement de l’eau, devenu un enjeu de souveraineté nationale. Selon les organisateurs, ces infrastructures hydriques représentent un marché croissant pour les industriels locaux, alors que le pays mise sur des technologies moins énergivores pour réduire sa dépendance aux précipitations.
L’Italie, invitée d’honneur de ces salons, illustre l’orientation internationale du Maroc. Rome et Rabat ont renforcé leurs partenariats dans les énergies renouvelables et les technologies industrielles, avec des projets conjoints dans l’éolien et le solaire. Ces collaborations s’inscrivent dans une stratégie plus large : diversifier les alliances économiques pour limiter l’exposition aux fluctuations des marchés européens, tout en attirant des investissements dans des secteurs à haute valeur ajoutée.
L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a toutefois révélé un signal inquiétant : l’actif net sous gestion des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) a reculé de 3,44 % en une semaine, pour s’établir à 791,9 milliards de dirhams au 2 octobre. Cette baisse, la plus marquée depuis six mois, touche particulièrement les fonds monétaires (-12,38 %) et obligataires, reflétant une prudence accrue des investisseurs face aux incertitudes macroéconomiques. Si le marché actions résiste mieux (-2,85 %), cette tendance interroge sur la capacité du Maroc à mobiliser des capitaux pour ses grands projets, alors que les taux d’intérêt restent élevés.
Coopération militaire : le Tchad et la France tournent une page
À Paris, le président tchadien Mahamat Idriss Déby et son homologue français Emmanuel Macron ont scellé, le 13 octobre, les bases d’un nouvel accord de coopération militaire. Ce rapprochement marque un tournant après deux années de tensions, durant lesquelles N’Djamena avait rompu son partenariat de défense avec la France et exigé le départ des soldats français stationnés sur son sol.
Les détails de l’accord restent confidentiels, mais les déclarations officielles insistent sur une « coopération rénovée », centrée sur la formation des forces tchadiennes et la lutte contre le terrorisme au Sahel. Pour le Maroc, ce réchauffement franco-tchadien est à double tranchant. D’un côté, il pourrait stabiliser une région où Rabat a des intérêts économiques et sécuritaires, notamment au Niger et au Mali. De l’autre, il rappelle la compétition d’influence entre le royaume et l’Algérie, qui entretient des relations étroites avec le Tchad.
La diplomatie marocaine a d’ailleurs multiplié les initiatives en Afrique ces derniers mois, cherchant à consolider son rôle de médiateur et de partenaire économique. La visite du roi Mohammed VI au Rwanda en septembre, où il a signé plusieurs accords dans les énergies renouvelables, s’inscrit dans cette dynamique. Pourtant, les tensions avec l’Algérie persistent, notamment autour du dossier du Sahara occidental, où les positions restent irréconciliables.
Afrique : entre compétition et coopération
Le Rwanda, qui accueillera en 2027 un Grand Prix de Formule 1, incarne une autre facette de la géopolitique africaine : l’utilisation du sport comme levier d’influence. Le président Paul Kagame a fait de cet événement une vitrine internationale, malgré les critiques sur son coût et son utilité économique. Pour le Maroc, qui mise lui aussi sur la diplomatie sportive (futsal, football, équitation), cette stratégie rwandaise pose une question : jusqu’où un État peut-il investir dans des projets phares pour renforcer son soft power, sans fragiliser ses finances publiques ?
Au Burkina Faso, la junte dirigée par Ibrahim Traoré réinterprète l’héritage de Thomas Sankara, figure révolutionnaire assassinée en 1987. Le mémorial dédié à Sankara, initialement conçu par ses partisans, est aujourd’hui utilisé par le régime pour légitimer son pouvoir. Cette instrumentalisation de l’histoire, observée dans plusieurs pays africains, montre comment les régimes autoritaires cherchent à s’ancrer dans une narration nationale, quitte à réécrire le passé. Pour le Maroc, qui entretient des relations complexes avec Ouagadougou, cette évolution pourrait compliquer les négociations sur des projets miniers et énergétiques dans la région.
Ce qu’il faut retenir
- Industrie et souveraineté : Le Maroc accélère ses projets de dessalement et d’énergies renouvelables, mais la baisse des actifs sous gestion des OPCVM révèle une frilosité des investisseurs, qui pourrait freiner ces ambitions.
- Diplomatie africaine : La reprise de la coopération militaire entre la France et le Tchad ouvre une nouvelle page, mais les tensions avec l’Algérie et la compétition d’influence en Afrique subsahent.
- Soft power et limites : Le Rwanda et le Maroc misent sur le sport pour renforcer leur image, mais ces stratégies soulèvent des questions sur leur rentabilité et leur durabilité.
- Mémoire et pouvoir : Au Burkina Faso, l’instrumentalisation de l’héritage de Sankara rappelle que l’histoire reste un enjeu politique majeur en Afrique.
Dans un contexte régional marqué par les rivalités et les incertitudes économiques, le Maroc continue de jouer sur plusieurs tableaux : partenariats industriels, diplomatie sportive et équilibrisme géopolitique. Reste à savoir si ces leviers suffiront à concilier développement interne et influence externe.