Maroc : déficit budgétaire, phosphate et stockage solaire, les signaux économiques du 15 septembre
Le Maroc affiche un déficit budgétaire de 56,9 milliards de dirhams à fin août, tandis que le phosphate et le stockage solaire émergent comme leviers stratégiques. Analyse des enjeux économiques du jour.
Le Maroc traverse une séquence économique marquée par des tensions budgétaires persistantes, des repositionnements stratégiques dans des secteurs clés et une accélération de sa transition énergétique. Ce mardi 15 septembre 2026, trois dynamiques se détachent : un déficit public en légère aggravation, le phosphate comme atout géopolitique face aux tensions sur les engrais, et une avancée majeure dans le stockage d’énergie solaire. Des signaux qui dessinent les contours d’une économie en mouvement, entre contraintes structurelles et opportunités industrielles.
Un déficit budgétaire maîtrisé, mais des recettes en demi-teinte
La Trésorerie Générale du Royaume (TGR) a publié ce matin son bulletin mensuel des finances publiques pour le mois d’août. Le déficit budgétaire s’élève à 56,9 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 5,2 % par rapport à la même période en 2025. Une progression contenue, mais qui interroge dans un contexte de reprise économique annoncée.
Les recettes ordinaires, en hausse de 5,5 % à 286,6 MMDH, portent la croissance des rentrées fiscales. Les impôts directs (+12,7 %) et les droits de douane (+8,8 %) tirent particulièrement leur épingle du jeu, reflétant une activité économique plus dynamique que prévu. Pourtant, cette performance masque des fragilités. Les recettes non fiscales, notamment les dividendes des entreprises publiques, restent en deçà des attentes. "La hausse des recettes douanières est encourageante, mais elle ne compense pas encore le ralentissement des transferts des MRE [Marocains Résidant à l’Étranger], traditionnellement un pilier des finances publiques", observe un économiste basé à Casablanca.
Le solde positif de 16,8 MMDH dégagé par les comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA) atténue partiellement le déficit. Mais cette dépendance aux fonds extrabudgétaires pose question sur la soutenabilité à moyen terme. "Le Maroc a fait le choix d’une relance par l’investissement public, ce qui explique en partie l’élargissement du déficit. La vraie interrogation porte sur la capacité à générer des recettes pérennes, notamment via une réforme fiscale plus inclusive", analyse un rapport récent de la Banque mondiale.
Le phosphate, nouvel enjeu de souveraineté occidentale
Dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement en engrais, le Maroc confirme son rôle central sur l’échiquier géopolitique. Une analyse du Washington Institute for Near East Policy met en lumière la position stratégique du Royaume, premier exportateur mondial de phosphate et détenteur des plus grandes réserves prouvées.
Le think tank américain souligne que les restrictions chinoises sur les exportations de phosphate ont créé une vulnérabilité majeure pour les pays occidentaux, dépendants de ces intrants pour leur sécurité alimentaire. "Le Maroc émerge comme le principal point d’ancrage d’une stratégie de diversification. Son industrie phosphatière, intégrée de la mine à l’engrais fini, offre une alternative crédible à la Chine", indique le document. Le groupe OCP, fer de lance de cette filière, a d’ailleurs annoncé en juin dernier un plan d’investissement de 130 milliards de dirhams d’ici 2030 pour accroître ses capacités de production et verdir sa chaîne de valeur.
Cette reconnaissance internationale intervient alors que le Maroc renforce ses partenariats avec l’Afrique subsaharienne, où la demande en engrais explose. "Le phosphate n’est plus seulement une ressource économique, mais un levier diplomatique. Le Maroc utilise son avantage comparatif pour consolider son influence sur le continent, tout en répondant à une demande mondiale structurellement tendue", explique un diplomate européen en poste à Rabat.
Benguerir : le Maroc passe à l’échelle dans le stockage solaire
OCP Green Energy a franchi une étape décisive dans la transition énergétique du pays en mettant sous tension le premier système de stockage par batteries à grande échelle au Maroc. Installé sur le site minier de Benguerir, ce dispositif de 25 MW / 125 MWh, utilisant la technologie Lithium Fer Phosphate (LFP), permet de stocker jusqu’à cinq heures d’électricité solaire.
Cette avancée répond à un double défi : l’intermittence des énergies renouvelables et la pression sur le réseau électrique marocain, en particulier dans les zones industrielles. "Le stockage par batteries est la clé pour décarboner les sites miniers et industriels, tout en garantissant une alimentation continue. Benguerir est un laboratoire pour le reste du pays", souligne un responsable d’OCP Green Energy.
Le projet s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des énergies renouvelables, qui vise 52 % de la capacité électrique installée d’ici 2030. Mais il illustre aussi les limites actuelles : le coût des batteries reste élevé, et leur recyclage pose question. "Le Maroc a les ressources solaires et les infrastructures pour devenir un leader régional. Mais il lui faut encore résoudre l’équation économique et environnementale du stockage", tempère un expert en transition énergétique.
Élections 2026 : les partis en ordre de bataille économique
À huit jours du scrutin législatif du 23 septembre, les partis politiques accélèrent leur cadence et affinent leurs propositions économiques. Le Rassemblement National des Indépendants (RNI), au pouvoir, mise sur un bilan de réformes sociales et de développement territorial. "Les cinq dernières années ont permis de concrétiser des projets structurants, comme les programmes de protection sociale ou les investissements dans les infrastructures. Notre priorité reste l’emploi et la réduction des inégalités régionales", a déclaré Aziz Akhannouch lors d’un meeting à Chichaoua.
Face à lui, le Parti Démocratique National (PDN) tente de se réinventer. Son secrétaire général, Khalid Bekkali, défend une ligne "libérale-sociale" et mise sur les jeunes et les compétences. "Nous voulons rompre avec une pratique politique dominée par l’argent et les réseaux. Notre projet repose sur l’innovation, la transparence et une fiscalité plus juste", a-t-il expliqué lors d’un entretien avec Hespress.
Ces positionnements reflètent une campagne où l’économie occupe une place centrale. Les électeurs sont appelés à trancher entre continuité et rupture, dans un contexte marqué par des défis persistants : chômage des jeunes, dépendance aux importations énergétiques, et pression sur les finances publiques. "Les partis ont compris que les promesses sociales ne suffisent plus. Il faut des propositions concrètes sur la compétitivité, la transition écologique et la souveraineté industrielle", estime un politologue.
Ce qu’il faut retenir
- Finances publiques : Le déficit budgétaire s’élève à 56,9 MMDH à fin août, en légère hausse. Les recettes fiscales progressent, mais les transferts des MRE et les dividendes des entreprises publiques restent en deçà des attentes.
- Phosphate : Le Maroc confirme son rôle stratégique dans les chaînes d’approvisionnement en engrais, face aux restrictions chinoises. Une opportunité économique et diplomatique, notamment en Afrique subsaharienne.
- Énergie solaire : Le projet de stockage par batteries de Benguerir marque une avancée majeure pour l’intégration des renouvelables. Un pas vers l’autonomie énergétique, mais des défis économiques persistent.
- Élections : Les partis en lice pour les législatives du 23 septembre placent l’économie au cœur de leur campagne. Le RNI mise sur son bilan, tandis que le PDN défend une rupture avec les pratiques politiques traditionnelles.
Dans un contexte régional et mondial incertain, le Maroc joue ses cartes industrielles et énergétiques pour consolider sa position. Mais les tensions budgétaires et les attentes sociales rappellent que la croissance ne suffira pas : il faudra aussi de la redistribution.