Géopolitique : le Maroc face aux mutations du crime organisé et aux défis africains
Le Maroc observe l’évolution du crime transnational, désormais intégré à l’économie légale, tandis que l’Afrique explore des alternatives pour la CAN 2027 et renforce ses raffineries d’or.
Le Maroc se trouve ce vendredi 2 octobre 2026 à la croisée de dynamiques géopolitiques et sécuritaires qui redessinent les équilibres régionaux. Entre l’émergence de nouvelles formes de criminalité transnationale, les incertitudes autour de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2027 et les stratégies africaines pour valoriser leurs ressources, le royaume doit composer avec des enjeux qui dépassent ses frontières. Tour d’horizon des défis qui façonnent son environnement immédiat.
Le crime organisé se reconvertit, le Maroc en première ligne
Un rapport publié par l’Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la justice (UNICRI) lors du 15e Congrès de l’ONU pour la prévention du crime à Abou Dhabi révèle une mutation inquiétante : le crime organisé se détourne progressivement des activités violentes pour investir des marchés légaux, plus rentables et moins risqués. Si le taux d’homicides mondial a baissé de 12 % depuis 2015, cette tendance masque une réalité plus complexe. Les réseaux criminels, autrefois associés à des trafics illicites comme la drogue ou les armes, se reconvertissent dans des secteurs comme l’immobilier, les énergies renouvelables ou les technologies financières, brouillant les frontières entre économie légale et illégale.
Pour le Maroc, cette évolution n’est pas anodine. Le pays, situé à la jonction de l’Europe et de l’Afrique, reste un hub logistique pour les trafics traditionnels, mais aussi un terrain propice à l’infiltration de capitaux douteux. Les autorités marocaines, qui ont renforcé ces dernières années leur arsenal législatif contre le blanchiment d’argent, doivent désormais faire face à des réseaux plus discrets, capables de s’adapter aux régulations locales et internationales. Comme le souligne le rapport de l’UNICRI, "la baisse des violences ne signifie pas un affaiblissement des organisations criminelles, mais une adaptation stratégique à un environnement plus répressif".
Cette mutation pose un défi de taille pour Rabat, qui doit concilier attractivité économique et lutte contre les flux financiers illicites. Le Maroc, qui a obtenu en 2025 le statut de partenaire privilégié de l’Union européenne dans la lutte contre le crime organisé, se retrouve aujourd’hui en première ligne pour anticiper ces nouvelles formes de criminalité.
CAN 2027 : l’Afrique cherche des plans B, le Maroc en pole position
La Coupe d’Afrique des nations 2027, initialement prévue en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya, accumule les retards dans la préparation des infrastructures. Face à cette situation, la Confédération africaine de football (CAF) a commencé à sonder des pays capables d’accueillir la compétition en urgence. Selon Jeune Afrique, trois nations se détachent : le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud. Le royaume chérifien, qui a déjà accueilli avec succès la CAN 2019 et la Coupe du monde des clubs en 2022, apparaît comme le candidat le plus crédible.
Cette éventualité intervient dans un contexte où le Maroc cherche à consolider son leadership sportif et diplomatique sur le continent. Après avoir obtenu l’organisation de la Coupe du monde 2030 en co-organisation avec l’Espagne et le Portugal, Rabat mise sur le football comme levier d’influence. Une désignation pour la CAN 2027 renforcerait cette stratégie, tout en offrant une vitrine pour les infrastructures déjà existantes.
Cependant, cette perspective soulève des questions sur la capacité du Maroc à gérer plusieurs événements majeurs en peu de temps. Les autorités devront également composer avec les attentes des autres pays africains, qui pourraient voir dans cette désignation une forme de favoritisme. Pour l’instant, la CAF n’a pas encore officialisé de décision, mais les discussions avancent, et le Maroc semble bien placé pour jouer les sauveurs.
L’Afrique de l’Ouest mise sur les raffineries d’or, mais les défis persistent
L’Afrique de l’Ouest connaît un boom des raffineries d’or, avec des pays comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso ou le Mali qui cherchent à transformer localement leur production plutôt que de l’exporter brute. Cette stratégie, qui vise à capter une plus grande part de la valeur ajoutée, se heurte cependant à des obstacles majeurs. Comme le révèle une enquête de Jeune Afrique, si les artisans miniers peinent à se plier aux nouvelles régulations, les industriels, eux, restent réticents à alimenter ces raffineries.
Le Maroc, qui dispose déjà d’une expertise reconnue dans le secteur minier – notamment grâce à son industrie phosphatée –, observe cette évolution avec intérêt. Le royaume, qui a signé plusieurs accords de coopération minière avec des pays africains, pourrait jouer un rôle clé dans le développement de ces filières. Cependant, les défis logistiques et sécuritaires, notamment au Sahel, compliquent la donne.
Pour les pays ouest-africains, l’enjeu est double : d’une part, réduire leur dépendance aux marchés internationaux en transformant leur or sur place ; d’autre part, lutter contre les trafics illicites qui alimentent les réseaux criminels et les groupes armés. Une équation complexe, dans laquelle le Maroc pourrait trouver une opportunité pour renforcer ses partenariats économiques avec la région.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc se trouve aujourd’hui face à des défis géopolitiques et sécuritaires qui dépassent largement ses frontières. La mutation du crime organisé, désormais plus discret mais tout aussi dangereux, impose une vigilance accrue, notamment dans un contexte où les flux financiers illicites se mêlent à l’économie légale. Sur le plan sportif, l’éventualité d’accueillir la CAN 2027 en urgence offre au royaume une nouvelle occasion de briller, mais aussi de consolider son influence sur le continent. Enfin, le boom des raffineries d’or en Afrique de l’Ouest, bien que prometteur, se heurte à des réalités complexes, où le Maroc pourrait jouer un rôle de facilitateur.
Dans un environnement régional en pleine recomposition, le Maroc doit naviguer entre coopération, leadership et prudence. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer comment le royaume saura tirer parti de ces dynamiques, tout en préservant ses intérêts stratégiques.