Maroc : entre chiens errants, carburants et liberté de la presse, les signaux qui comptent

Le Maroc avance entre urgences sanitaires, soubresauts économiques et progrès fragiles de la liberté de la presse. Trois fronts où se joue l'équilibre du pays.

Maroc : entre chiens errants, carburants et liberté de la presse, les signaux qui comptent
Photo de waa towaw sur Unsplash

Quand les chiens errants deviennent une question d'État

À Marrakech, le quartier de Jnan Ourad est devenu un laboratoire involontaire des dysfonctionnements municipaux. Des meutes de chiens errants y rôdent en plein jour, transformant les trottoirs en zones à risque. Les habitants dénoncent une double menace : sanitaire d’abord, avec des animaux qui fouillent les poubelles et propagent potentiellement des maladies ; sécuritaire ensuite, après des attaques signalées contre des passants, notamment des enfants et des personnes âgées.

Le problème n’est pas nouveau, mais son acuité interroge. Pourquoi ces meutes se concentrent-elles près des commerces fréquentés ? Pourquoi les autorités locales peinent-elles à endiguer le phénomène, alors que des solutions existent – stérilisation, refuges, campagnes de sensibilisation ? La réponse tient peut-être moins à un manque de moyens qu’à une absence de priorisation. À Marrakech, ville touristique par excellence, l’image prime souvent sur les réalités moins reluisantes. Les chiens errants, eux, ne font pas la différence entre un visiteur étranger et un habitant du quartier. Ils rappellent simplement que la propreté et la sécurité ne se décrètent pas – elles se gèrent, au quotidien, avec des moyens concrets.


Carburants : le dirham respire, le portefeuille aussi

Bonne nouvelle pour les automobilistes marocains : après trois hausses consécutives, les prix des carburants reculent enfin. Le diesel, carburant roi au Maroc, voit son prix baisser d’un dirham le litre, tandis que l’essence perd 1,10 dirham. Une bouffée d’oxygène pour les ménages, dont le pouvoir d’achat reste sous pression malgré une inflation en léger repli.

Cette baisse intervient dans un contexte économique tendu. Le dirham s’est apprécié de 0,3 % face à l’euro la semaine dernière, une performance qui contraste avec sa dépréciation de 0,1 % face au dollar. Bank Al-Maghrib, qui n’a pas procédé à des adjudications sur le marché des changes, maintient pourtant des réserves de change solides – 469 milliards de dirhams, en hausse de 21,2 % sur un an. Ces chiffres, rassurants sur le papier, masquent une réalité plus complexe : la dépendance aux fluctuations des cours pétroliers et aux aléas géopolitiques.

Pour les Marocains, la baisse des carburants est une victoire à court terme. Mais elle pose une question plus large : jusqu’à quand le pays pourra-t-il absorber les chocs externes sans réformes structurelles ? La réponse dépendra en partie de la capacité du Maroc à diversifier ses sources d’énergie – et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.


Liberté de la presse : le Maroc progresse, mais le combat continue

Le Maroc a gagné 15 places dans le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), passant de la 120e à la 105e position sur 185 pays. Une progression notable, qui place le Royaume en troisième position dans le monde arabe, derrière la Mauritanie et les Comores. Avec un score de 50,55 points, le pays sort de la catégorie "situation très grave" pour entrer dans celle, moins alarmante mais toujours préoccupante, de "situation difficile".

Les chiffres détaillés révèlent des contrastes saisissants. Le Maroc brille sur le plan politique (85e rang), mais trébuche sur les indicateurs économique (127e) et juridique (108e). Ces écarts illustrent une réalité complexe : si les autorités semblent moins répressives qu’auparavant, les contraintes économiques et légales continuent de peser sur le travail des journalistes. La concentration des médias entre les mains de quelques groupes proches du pouvoir, les pressions financières sur les titres indépendants, et un cadre juridique encore restrictif limitent la liberté d’informer.

Pourtant, cette amélioration n’est pas anodine. Elle coïncide avec une période de tensions diplomatiques et de repositionnement géopolitique, où le Maroc mise sur son soft power pour renforcer son influence. Dans ce contexte, une presse moins muselée peut servir d’outil de légitimation – à condition que les progrès ne s’arrêtent pas aux portes des palais.


Diplomatie : le consulat américain, symbole d’un partenariat qui se renforce

L’inauguration du nouveau consulat américain à Casablanca Finance City n’est pas qu’un événement protocolaire. Elle marque une étape dans le partenariat entre Rabat et Washington, déjà renforcé par les Accords d’Artemis et la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La présence de hautes personnalités, dont le conseiller royal Fouad Ali El Himma et le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, envoie un message clair : le Maroc compte sur les États-Unis comme allié stratégique, et réciproquement.

Pourtant, derrière les discours officiels, des questions persistent. Quel est le véritable poids de ce partenariat dans un contexte international marqué par les rivalités sino-américaines et les recompositions géopolitiques ? Les États-Unis, engagés sur plusieurs fronts, peuvent-ils offrir au Maroc plus qu’un soutien diplomatique et militaire ? Et surtout, comment ce rapprochement se traduit-il concrètement pour les Marocains – au-delà des déclarations d’intention ?

Une chose est sûre : dans un monde où les alliances se redessinent, le Maroc mise sur sa stabilité et son positionnement africain pour attirer les investissements. Le consulat de Casablanca, avec son implantation dans le quartier des affaires, en est le symbole. Reste à savoir si cette diplomatie portera ses fruits – ou si elle restera cantonnée aux discours.


Ce qu’il faut retenir

Trois fronts, trois réalités. D’un côté, des problèmes concrets – chiens errants, prix des carburants – qui rappellent que la gestion du quotidien reste un défi pour les autorités locales. De l’autre, des signaux encourageants, comme la progression dans le classement RSF, qui montrent que le Maroc avance, même lentement, sur la voie des réformes. Enfin, une diplomatie active, où le partenariat avec les États-Unis se renforce, mais où les retombées pour les citoyens restent à prouver.

Le Maroc de 2026 est un pays en mouvement, tiraillé entre ses ambitions internationales et ses défis internes. Les prochains mois diront si ces avancées sont durables – ou si elles ne sont que des ajustements tactiques dans un jeu plus large. Une chose est certaine : les Marocains, eux, attendent des résultats. Pas des symboles.