Maroc : chasse aux abords des villes, pesticides controversés et tensions frontalières

Entre régulation défaillante de la chasse près des zones urbaines, autorisation de pesticides controversés aux États-Unis et pression migratoire à Ceuta, le Maroc fait face à des défis sociaux et environnementaux complexes.

Maroc : chasse aux abords des villes, pesticides controversés et tensions frontalières
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Quand la chasse devient un danger public aux portes des villes

À Harbil, dans la périphérie de Marrakech, des habitants dénoncent une pratique qui transforme leur quotidien en cauchemar. Depuis plusieurs semaines, des coups de feu retentissent à proximité immédiate des habitations, parfois dès l’aube, selon des témoignages recueillis par Kech24. Le problème ne se limite pas à une nuisance sonore : des projectiles auraient frôlé des logements, semant la panique parmi les enfants et les familles.

Le phénomène s’inscrit dans un contexte d’urbanisation accélérée. Les zones autrefois désertes, où la chasse était tolérée, sont désormais englobées dans des quartiers résidentiels. Pourtant, les périmètres de sécurité – ces zones tampons où la chasse est normalement interdite près des agglomérations – ne semblent pas avoir été actualisés. Les autorités locales, sollicitées par les riverains, n’ont pas encore apporté de réponse claire sur les mesures envisagées pour encadrer cette pratique.

Cette situation n’est pas isolée. Dans d’autres régions du pays, des associations de protection des animaux et des collectifs citoyens alertent sur la multiplication des incidents liés à la chasse non régulée. Le ministère de l’Intérieur, dans un communiqué publié fin juillet, avait pourtant rappelé l’obligation de respecter les distances légales et les périodes de chasse autorisées. Mais sur le terrain, l’application de ces règles reste inégale, faute de moyens de contrôle suffisants.


Pesticides "éternels" : le Maroc exposé aux choix controversés de Washington

L’administration américaine a approuvé début août cinq nouveaux pesticides, malgré les alertes répétées de la communauté scientifique. Ces substances, classées parmi les PFAS – ces "polluants éternels" dont la persistance dans l’environnement et les effets sur la santé humaine sont documentés depuis des années –, sont désormais autorisées pour un usage agricole aux États-Unis. Une décision qui inquiète au Maroc, où les importations de produits phytosanitaires en provenance des États-Unis représentent une part significative du marché.

Les PFAS, utilisés dans une large gamme de produits industriels et domestiques (poêles antiadhésives, textiles imperméables, mousses anti-incendie), sont désormais dans le viseur des régulateurs européens. L’Union européenne a adopté en 2025 une définition stricte de ces substances, interdisant leur utilisation dans la plupart des applications. Mais aux États-Unis, la classification reste plus permissive : les cinq pesticides récemment approuvés échappent à cette définition fédérale, bien que plusieurs études indépendantes les considèrent comme des PFAS.

Pour le Maroc, cette divergence réglementaire pose un défi sanitaire et environnemental. Les sols et les nappes phréatiques du pays, déjà fragilisés par des décennies d’agriculture intensive, pourraient être exposés à une nouvelle source de contamination. Les associations écologistes marocaines, comme l’Observatoire marocain de l’environnement, appellent à une révision urgente des normes d’importation des produits phytosanitaires. "Nous ne pouvons pas nous permettre d’être le dépotoir des substances que d’autres pays refusent", déclare un responsable de l’ONG, qui demande une harmonisation avec les standards européens.

Jusqu’à présent, Rabat n’a pas réagi officiellement à cette décision américaine. Mais la question pourrait s’inviter dans les prochains échanges commerciaux entre les deux pays, alors que le Maroc cherche à renforcer ses exportations agricoles vers l’UE – un marché où les normes sanitaires sont de plus en plus strictes.


Ceuta : la pression migratoire comme levier diplomatique ?

Les images des 50 000 migrants massés à la frontière de Ceuta, début août, ont fait le tour des médias internationaux. Pour la première fois depuis 2021, l’enclave espagnole a connu un afflux aussi massif, rappelant les crises migratoires qui avaient ébranlé les relations entre le Maroc et l’Espagne il y a cinq ans. Mais cette fois, le contexte est différent : Rabat semble utiliser cette pression comme un outil de négociation, dans un jeu diplomatique complexe avec Madrid et Bruxelles.

Selon Le Monde, les autorités marocaines auraient délibérément assoupli les contrôles aux abords de la frontière, laissant passer des milliers de personnes en quelques heures. Une stratégie qui n’a rien d’improvisé, si l’on en croit le ministère de l’Intérieur marocain. Dans un communiqué publié le 2 août, le département dirigé par Abdelouafi Laftit évoque "l’interaction de plusieurs facteurs intriqués", sans citer explicitement une volonté politique. Pourtant, les analystes y voient une réponse à deux dossiers sensibles : le statut de Ceuta et Melilla, que le Maroc considère comme des territoires occupés, et le blocage des négociations sur l’élargissement de l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc.

Pour Rabat, la question des enclaves espagnoles est un sujet de souveraineté nationale. Depuis 2022, le Maroc a progressivement durci sa position, refusant toute coopération avec l’Espagne sur les questions migratoires tant que Madrid ne reconnaîtra pas la "marocanité" de Ceuta et Melilla. Une ligne rouge que le gouvernement espagnol, sous pression de ses partenaires européens, refuse de franchir.

Cette crise intervient à un moment où l’Union européenne cherche à relancer son partenariat avec le Maroc, notamment dans le domaine de la transition énergétique. Mais Bruxelles semble réticent à s’engager sur des dossiers sensibles sans une stabilisation des flux migratoires. "L’UE ne peut pas financer des projets structurants avec un partenaire qui instrumentalise la migration", confie un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

À Ceuta, la situation reste tendue. Les autorités espagnoles ont renforcé les patrouilles et érigé des barrières supplémentaires, tandis que des milliers de migrants, majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne, attendent une opportunité pour traverser. Pour beaucoup d’entre eux, le Maroc n’était qu’une étape : leur objectif reste l’Europe. Mais entre les mains de Rabat, leur présence devient un argument de poids dans une partie d’échecs géopolitique où les pions sont des vies humaines.