Maroc : digitalisation du change, emploi itinérant et fin d'un programme culturel
Le Maroc lance SARF pour moderniser le change de devises, déploie un dispositif itinérant pour l'emploi dans le Haut Atlas et voit l'Andalousie mettre fin à un programme d'enseignement de l'arabe en vigueur depuis 1985.
La plateforme SARF, ou comment le Maroc tourne la page du cash
Le Maroc a officiellement lancé, le 15 juin dernier, la plateforme SARF, une initiative de l’Office des changes visant à moderniser et sécuriser les opérations de change de devises. Ce système, déjà opérationnel, marque un tournant dans un secteur longtemps caractérisé par la circulation importante de liquidités et des pratiques hétérogènes. Conçue pour les professionnels agréés, SARF digitalise et standardise les transactions, offrant une traçabilité en temps réel et une conformité renforcée aux réglementations en vigueur.
Pour les Marocains résidant à l’étranger, cette réforme pourrait simplifier leurs opérations de change lors de leurs retours au pays. Finies les files d’attente interminables et les incertitudes sur les taux appliqués : SARF promet des transactions instantanées et transparentes. Une évolution qui s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation financière, alors que le Royaume cherche à attirer davantage d’investissements étrangers et à faciliter les échanges économiques.
Reste à voir comment les acteurs traditionnels du secteur, habitués à des méthodes moins régulées, s’adapteront à ce nouveau cadre. L’Office des changes mise sur une transition progressive, mais la résistance au changement pourrait freiner l’adoption massive de la plateforme.
Un dispositif itinérant pour l’emploi dans le Haut Atlas
Le Haut Atlas, souvent perçu comme une région enclavée et éloignée des dynamiques économiques nationales, va bientôt accueillir un dispositif inédit pour rapprocher les jeunes et les femmes du marché du travail. Une caravane itinérante, dédiée à l’emploi et à l’entrepreneuriat, sillonnera les provinces de Taroudant, Al Haouz, Chichaoua et la préfecture de Marrakech dans les prochaines semaines. L’objectif : offrir un accompagnement de proximité, des ateliers pratiques et des rencontres directes avec des entreprises locales.
Cette initiative répond à un double défi. D’une part, elle vise à réduire les inégalités territoriales en matière d’accès à l’emploi, un enjeu crucial alors que le Maroc cherche à diversifier ses pôles économiques au-delà des grandes villes. D’autre part, elle s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation des ressources humaines locales, souvent sous-exploitées dans les zones rurales.
Les provinces ciblées par ce dispositif figurent parmi celles qui ont récemment bénéficié de projets d’investissement validés par la Commission nationale des investissements. Une coïncidence qui souligne une volonté politique de rééquilibrer le développement économique du pays. Cependant, le succès de cette caravane dépendra de sa capacité à créer des opportunités durables, et non seulement ponctuelles.
L’Andalousie met fin à un programme culturel maroco-espagnol historique
L’Andalousie a annoncé la fin du Programme de langue arabe et de culture marocaine (PLACM), en vigueur depuis 1985. Cette décision, effective à partir de la rentrée scolaire 2027-2028, s’inscrit dans l’accord politique ayant permis la formation du nouvel exécutif régional, dirigé par le Parti populaire (PP) avec le soutien de Vox. Le PLACM, issu d’un accord de coopération culturelle signé entre le Maroc et l’Espagne en 1980, permettait aux élèves d’origine marocaine – ainsi qu’à tout élève intéressé – de suivre des cours d’arabe et de culture marocaine en dehors du cursus scolaire traditionnel.
Cette suppression marque un tournant dans les relations culturelles entre les deux pays, alors que l’Espagne reste une destination majeure pour la diaspora marocaine. Le PLACM était souvent perçu comme un pont entre les deux rives de la Méditerranée, favorisant l’intégration des jeunes Marocains tout en promouvant la langue arabe dans un contexte européen.
Les motivations politiques derrière cette décision sont claires : le PP et Vox, partis de droite et d’extrême droite, ont régulièrement critiqué les programmes d’enseignement des langues minoritaires, les jugeant contraires à une vision unifiée de l’identité espagnole. Pour le Maroc, cette mesure pourrait compliquer les efforts de préservation de la langue arabe parmi sa diaspora, tout en envoyant un signal négatif sur la coopération éducative bilatérale.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc avance sur plusieurs fronts pour moderniser son économie et renforcer son attractivité. La plateforme SARF, en digitalisant le change de devises, répond à un besoin de transparence et d’efficacité, même si son adoption par les acteurs traditionnels reste un défi. Le dispositif itinérant dans le Haut Atlas, quant à lui, illustre une volonté de rééquilibrer les opportunités économiques au-delà des grandes villes, même si son impact à long terme reste à évaluer.
Enfin, la fin du PLACM en Andalousie rappelle que les relations culturelles entre le Maroc et l’Espagne ne sont pas à l’abri des aléas politiques. Une décision qui pourrait avoir des répercussions sur l’intégration des Marocains en Espagne et sur la coopération éducative entre les deux pays.