Maroc : Bourse en baisse, expansion bancaire et mutation du crime organisé

La Bourse de Casablanca recule de 2,66% au T3-2026, Attijariwafa bank s'implante au Ghana et un rapport de l'ONU révèle la transformation des réseaux criminels en Afrique.

Maroc : Bourse en baisse, expansion bancaire et mutation du crime organisé
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Une Bourse de Casablanca en repli, malgré des secteurs résilients

La place financière casablancaise a clôturé le troisième trimestre 2026 sur une note négative, avec un indice MASI en baisse de 2,66% à 17 733,06 points. Cette contre-performance intervient dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et d'incertitudes sur les marchés internationaux, mais elle masque des dynamiques sectorielles contrastées.

Le MASI 20, qui concentre les valeurs les plus liquides, affiche un recul plus marqué (-4%), tandis que l'indice ESG, composé des entreprises les mieux notées en matière environnementale, sociale et de gouvernance, progresse de 1,39%. Cette divergence illustre une tendance lourde : les investisseurs marocains privilégient de plus en plus les acteurs alignés sur les critères de durabilité, même dans un marché globalement orienté à la baisse.

Parmi les secteurs en hausse, les mines se distinguent avec une progression de 14,85%, portée par la reprise des cours des phosphates et des métaux industriels. À l'inverse, les télécommunications (-12,35%) et les matériaux de construction (-10,78%) subissent des pressions structurelles, liées respectivement à la concurrence accrue sur le marché des données et au ralentissement du secteur du BTP.

L'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a par ailleurs délivré en septembre 2026 un agrément et 31 visas pour des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), signe d'une activité réglementaire soutenue malgré le contexte morose. Ces agréments, accordés à des acteurs majeurs comme CDG Capital Gestion ou Wafa Gestion, pourraient contribuer à dynamiser le marché à moyen terme, en élargissant l'offre de produits financiers accessibles aux investisseurs institutionnels et particuliers.


Attijariwafa bank accélère son expansion en Afrique anglophone

Le groupe bancaire marocain a annoncé ce jeudi 1er octobre 2026 la signature d'un accord pour acquérir 55,22% de Société Générale Ghana, aux côtés du fonds de pension ghanéen SSNIT, qui détiendra 5% du capital. Cette opération, soumise aux autorisations réglementaires, marque une étape clé dans la stratégie d'internationalisation d'Attijariwafa bank, qui renforce ainsi sa présence en Afrique subsaharienne.

Avec cette acquisition, le groupe marocain confirme son ambition de devenir un acteur panafricain de premier plan, en capitalisant sur son expertise en matière de banque universelle. Société Générale Ghana, qui compte une centaine d'agences et plus de 500 000 clients, offre une plateforme idéale pour déployer le modèle d'affaires d'Attijariwafa bank, combinant services aux particuliers, aux entreprises et aux institutionnels.

Cette expansion intervient dans un contexte de croissance soutenue du secteur bancaire en Afrique de l'Ouest, où le Ghana se distingue par une stabilité macroéconomique relative et un marché financier en développement. Pour le Maroc, cette implantation représente également une opportunité de renforcer ses liens économiques avec l'Afrique anglophone, dans la lignée de la stratégie royale visant à positionner le pays comme un hub continental.


Crime organisé : quand les réseaux se reconvertissent dans l'économie légale

Un rapport de l'Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la justice (UNICRI), présenté lors du 15e Congrès de l'ONU pour la prévention du crime à Abou Dhabi, révèle une mutation profonde des réseaux criminels transnationaux. Intitulé « Criminalité et justice dans un monde en mutation », l'étude montre que la baisse globale des homicides (passés de 5,9 à 5,2 pour 100 000 habitants entre 2015 et 2023) ne traduit pas un affaiblissement des organisations criminelles, mais leur reconversion vers des activités moins visibles et plus lucratives.

En Afrique du Nord, et particulièrement au Maroc, cette transformation prend plusieurs formes. Les réseaux, historiquement impliqués dans le trafic de stupéfiants ou la contrebande, investissent désormais des secteurs comme l'immobilier, les énergies renouvelables ou la logistique, où les marges sont élevées et les risques pénaux moindres. Le rapport souligne également l'infiltration croissante de ces acteurs dans les marchés publics, notamment via des montages financiers opaques ou des partenariats avec des entreprises légales.

Cette évolution pose un défi majeur aux autorités marocaines, qui doivent adapter leurs outils de lutte contre le blanchiment et la corruption. Le rapport de l'UNICRI recommande notamment un renforcement de la coopération régionale, ainsi qu'une meilleure traçabilité des flux financiers, pour contrer ces nouvelles formes de criminalité. « Les réseaux ne disparaissent pas, ils se professionnalisent », note l'étude, qui appelle à une approche plus holistique, combinant répression et prévention.


Ce qu'il faut retenir

  1. Un marché financier en tension : La Bourse de Casablanca affiche un recul au troisième trimestre, mais les indices ESG et miniers résistent, reflétant des dynamiques sectorielles contrastées. L'activité réglementaire de l'AMMC reste soutenue, avec 32 agréments délivrés en septembre.
  2. Une expansion bancaire stratégique : Attijariwafa bank franchit une nouvelle étape en Afrique anglophone avec l'acquisition de Société Générale Ghana, consolidant sa position sur un marché en croissance.
  3. Une criminalité en mutation : Les réseaux criminels se reconvertissent vers des activités légales, posant de nouveaux défis en matière de régulation financière et de lutte contre le blanchiment. Le rapport de l'UNICRI souligne l'urgence d'une réponse coordonnée à l'échelle régionale.

Dans un environnement économique marqué par les incertitudes géopolitiques et les transformations structurelles, ces trois sujets illustrent les défis et les opportunités auxquels le Maroc est confronté : modernisation de son marché financier, internationalisation de ses champions économiques, et adaptation de ses outils de sécurité aux nouvelles formes de criminalité.