Maroc : bénéfices publics records, allaitement et Sahara, les équilibres du 23 octobre

Le Maroc enregistre 22,6 Mds DH de bénéfices publics en 2024, relance l’allaitement maternel et négocie une résolution onusienne sur le Sahara. Les enjeux économiques, sociaux et géopolitiques du jour.

Maroc : bénéfices publics records, allaitement et Sahara, les équilibres du 23 octobre
Photo de Tatiana Zanon sur Unsplash

Le Maroc aborde ce vendredi 23 octobre 2026 avec une actualité aussi diverse que stratégique, où les succès économiques côtoient des chantiers sociaux de longue haleine et des négociations diplomatiques tendues. Entre des entreprises publiques en pleine renaissance financière, une mobilisation inédite autour de la santé maternelle et des tractations onusiennes sur le Sahara, le pays dessine les contours d’une journée où performance et équilibres restent les maîtres-mots.

Les entreprises publiques marocaines signent leur meilleur exercice depuis une décennie

Les comptes sont tombés, et ils sont sans appel. Selon le Rapport sur l’État actionnaire 2024-2025 publié par l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE), les entreprises et établissements publics marocains ont enregistré un bénéfice net consolidé de 22,6 milliards de dirhams en 2024, contre 6,8 milliards l’année précédente. Un bond spectaculaire, qui efface même les pertes de 1,8 milliard enregistrées en 2022.

Ce rebond, le plus marqué depuis dix ans, doit beaucoup à deux acteurs clés : l’OCP, dont les performances ont été dopées par la hausse des prix des engrais et une demande internationale soutenue, et l’ONEE, qui a enfin redressé la barre après des années de déficits structurels. Avec 57 entités sous sa tutelle – 35 entreprises publiques, 15 établissements et 7 participations –, l’État actionnaire pèse désormais 67 % du PIB national, employant près de 87 000 personnes.

Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs, des questions persistent. Le rapport de l’ANGSPE souligne que cette embellie reste fragile, dépendante de facteurs exogènes comme les cours des matières premières ou la conjoncture énergétique. Surtout, il rappelle que seulement 13,5 milliards de bénéfices sont attendus pour 2025, soit une baisse de 40 % par rapport à 2024. Une prudence qui interroge : ces résultats exceptionnels marquent-ils un véritable tournant, ou simplement un rattrapage après des années de vaches maigres ?

L’allaitement maternel, un enjeu de santé publique relancé par l’INDH

À Oued Amlil, dans la province de Taza, une journée de formation organisée jeudi sous l’égide de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) a remis sur le devant de la scène un sujet souvent relégué au second plan : l’allaitement maternel exclusif. Destinée aux médiateurs et médiatrices communautaires, cette session s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sensibiliser les familles marocaines à l’importance des 1 000 premiers jours de la vie de l’enfant – une période cruciale pour le développement cognitif et physique.

Les chiffres, eux, restent préoccupants. Selon les dernières données du ministère de la Santé, seulement 35 % des nourrissons marocains sont allaités exclusivement au sein pendant les six premiers mois, bien en deçà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les raisons ? Un mélange de manque d’information, de pressions sociales et de difficultés pratiques, notamment pour les mères actives, dont le congé maternité reste limité à 14 semaines.

Cette initiative locale, qui combine exposés théoriques et ateliers pratiques, pourrait cependant marquer un tournant. En ciblant les relais communautaires – souvent des femmes issues des mêmes milieux que les bénéficiaires –, l’INDH mise sur un effet multiplicateur. Reste à savoir si ces efforts parviendront à inverser une tendance lourde, dans un pays où les traditions et les normes sociales pèsent encore lourdement sur les choix en matière de santé infantile.

Sahara : le premier draft de la résolution onusienne marque des ruptures, mais les négociations restent ouvertes

Les tractations autour du conflit du Sahara occidental viennent de franchir une étape clé. Selon Médias24, qui a eu accès au draft zéro de la résolution onusienne préparé par les États-Unis – traditionnellement chargés de piloter le dossier –, ce premier texte introduit sept changements majeurs par rapport aux années précédentes. Parmi les évolutions les plus notables : une insistance accrue sur la nécessité d’une solution politique mutuellement acceptable, une mention renforcée des droits humains dans les territoires concernés, et une ouverture plus explicite au rôle des acteurs régionaux, dont l’Algérie.

Pourtant, ce document reste un compromis fragile, soumis aux aléas des négociations au sein du Conseil de sécurité. La version finale, qui doit être votée le 31 octobre, pourrait encore subir des modifications substantielles. D’autant que les positions des différents membres du Conseil restent divergentes : si les États-Unis et la France soutiennent globalement l’approche marocaine, d’autres pays, comme la Russie ou l’Afrique du Sud, pourraient pousser pour des formulations plus favorables au Front Polisario.

Ce qui est certain, c’est que ce draft marque une rupture avec le statu quo. En mettant l’accent sur une solution politique – et non plus seulement sur le cessez-le-feu –, il ouvre la voie à de nouvelles dynamiques. Mais dans un dossier aussi sensible, où chaque mot compte, le Maroc devra jouer finement pour préserver ses intérêts, tout en évitant une escalade des tensions avec ses voisins maghrébins.

La recherche marocaine s’illustre à l’international

Autre motif de fierté ce vendredi : neuf chercheurs de l’Université Moulay Ismaïl (UMI) de Meknès figurent dans l’édition 2026 du classement Stanford-Elsevier, qui recense les 2 % des scientifiques les plus influents au monde. Une performance qui confirme le rayonnement croissant de la recherche marocaine, notamment dans des domaines comme la chimie, les sciences de l’environnement et l’ingénierie.

Ce classement, basé sur des indicateurs bibliométriques issus de la base de données Scopus, évalue à la fois le volume des publications et leur impact scientifique. Pour l’UMI, cette distinction est le fruit d’une stratégie de long terme, combinant renforcement des infrastructures, partenariats internationaux et incitations à la publication.

Mais au-delà de la reconnaissance symbolique, ces résultats posent une question plus large : comment traduire cette excellence académique en retombées concrètes pour le pays ? Entre la fuite des cerveaux, le manque de financements et la lenteur des transferts technologiques, le Maroc peine encore à transformer ses succès scientifiques en leviers de développement économique. Un défi que le gouvernement El Mansouri, qui a fait de l’innovation une priorité, devra relever dans les mois à venir.


Ce vendredi 23 octobre 2026, le Maroc navigue entre succès économiques, avancées sociales et équilibres géopolitiques. Si les bénéfices records des entreprises publiques et la visibilité internationale de ses chercheurs dessinent une image de dynamisme, les défis structurels – santé maternelle, négociations sur le Sahara, valorisation de la recherche – rappellent que les performances d’aujourd’hui ne garantissent pas les progrès de demain. Une journée où le pays, une fois encore, joue sa partition sur plusieurs tableaux.